Victor Hugo pensait de son exil qu’il serait long – et, de fait, il a duré près de vingt ans. Il avait prévu de l’occuper à regarder l’océan. Ce qu’il a fait, cela se lit dans ses romans. Mais en regardant l’eau, depuis les îles de la Manche, il regardait aussi la France. Il y a du déchirement dans l’exil, surtout lorsqu’il est contraint. Même si la terre d’accueil est agréable, et nous voulons croire que la Suisse l’a été et le demeure. Théodore Agrippa d’Aubigné au 17e siècle, le premier écrivain exilé sur nos terres de notre série d’été culturelle, a trouvé à Genève un asile fécond. Ses pensées toutefois restaient tournées vers la France où se trouvait son cœur, comme celui de Hugo.

On chérit sa patrie comme on chérit un trésor. Sans l’avidité des chercheurs d’or, mais avec la conscience de sa valeur. C’est une chose somme toute évangélique puisque «là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur» (Mt 6, 21). Il ne s’agit pas d’amasser ni d’entasser – le vrai trésor n’est pas matériel, dit le Christ, qui sait bien qu’il est déposé en compte courant auprès de Dieu. Mais nous ne montons pas toujours si haut, nous avons aussi de plus petits trésors. Des choses sur lesquelles nous veillons. Des choses que nous trouvons sans les chercher, comme les pièces découvertes à Cœuve (JU) en 1840. Premier «trésor» de notre série d’été, elles lancent notre tournée de coffres forts qui n’en sont pas. Ou faut-il écrire qu’elles lancent notre «chasse», pour nous donner l’élan espiègle des enfants qui se cachent un œil et cherchent, sur leur carte, le point marqué par… une croix?

Peut-être faut-il, avec toutes nos excuses envers l’évangéliste, tordre sa phrase et comprendre que là où est notre cœur, là aussi sera notre trésor. Immense paradoxe! Le trésor qui se thésaurise peut perdre de sa valeur: les pièces des pirates rouillent et les milliards virtuels disparaissent au gré des fluctuations boursières. Le trésor qui se partage, en revanche, ne diminue pas, à l’image de la flamme du cierge pascal. C’est la bonne nouvelle de ce début d’été: nous aussi, nous avons un trésor. Partageons-la, partageons-le!