Alors que l’été s’achève et que le monde sort de sa torpeur, il est intéressant de constater que le stress climatique et la détresse politique ne nous poussent pas aux mêmes exils. Nous avons tenté de fuir la canicule dans l’espace, cherchant de l’ombre, de l’air, de la fraîcheur en un autre lieu. Nous tentons de fuir l’impéritie et l’incurie – de Donald Trump, des candidats à l’élection présidentielle française, des souverainistes britanniques, des politiciens allemands et d’autres encore – en un autre temps. Ce n’est pas qu’une question de mémoire: cela passe aussi par un livre ou un tableau aimé, par un air ou un film d’une époque aimée.
Au début du mois, Michel Voïta lisait, au demeurant fort bien, Victor Hugo à Villeneuve. Son choix de textes, dans la profusion des écrits du romancier, poète et dramaturge était original: le Vaudois a proposé des lectures peu connues. Sa sélection, toutefois, manquait peut-être de force. Car, pour parler de la laideur qui incite à la méchanceté (Le Crapaud), des femmes qui sont des anges (Lise) et des bêtises des petits enfants (Jeanne était au pain sec), on aurait trouvé des pages autrement plus puissantes dans Notre-Dame de Paris, Les Misérables ou Quatrevingt-treize. Mais il est vrai que, dans la pénombre confortable de l’Odéon, la prose de ces romans aurait détonné.
Il est surtout vrai que Michel Voïta a eu bien raison de ne retenir que de la poésie. C’est bien là ce qu’il faut à notre temps chahuté et ce qu’il nous faut, à nous que notre temps chahute. Non à la façon de Charles Baudelaire selon qui, «pour ne pas sentir l’horrible fardeau du Temps», il faut être toujours ivre, «de vin, de poésie ou de vertu». Nous avons plutôt besoin de poésie comme d’une tasse de thé: un temps suspendu, réconfortant, rassurant. Avec ses rythmes réguliers, ses rimes parfois prévisibles, la poésie redonne au monde un cadre, une sérénité, une paix – de la beauté. Et ce temps retiré fait du bien au cœur, à l’esprit et à l’âme avant que tous trois ne repartent affronter le quotidien et l’actualité. C’est la fin de l’été, le moment semble opportun: vous reprendrez bien un vers?