L’amour endure tout. Cette phrase de saint Paul (1 Cor 13, 7) a été tant de fois répétée qu’elle ressemble presque à un slogan. Un peu comme certaines phrases du Petit Prince. Si ce n’est que, biblique, elle a peu de chances de se trouver sur des étuis à lunettes et des trousses d’école. Sagesse émoussée, sentences qu’on entend sans les écouter: saint Paul devient un poète pour mariage comme Saint-Exupéry a été rangé parmi les fabulistes pour enfants – le monde a des erreurs qui sont des terreurs. Ma foi! Dans un temps où tout passe, proclamer que l’amour ne passera pas ou écrire qu’un lien humain mérite soin et patience ne peut guère susciter davantage qu’une de ces tapes sur l’épaule qui pardonnent la naïveté.

Dieu merci, si certains esprits sont étriqués, la vie est plus grande. Et l’on peut constater, chose prodigieuse, que l’amour, bel et bien, supporte tout, endure tout. Le témoignage de personnes soutenant un proche malade, comme celui livré dans le récent documentaire de la Fribourgeoise Chloé Hetzel intitulé Loin des regards, nous le prouve. L’amour est éprouvé, la patience aussi, lorsque la maladie s’invite dans la vie quotidienne, et plus encore lorsque cette maladie est celle d’Alzheimer et remet en question notre façon de concevoir une relation humaine. Un ami reste-t-il un ami s’il ne nous reconnaît pas, nous interrogions-nous déjà il y a deux ans (EM18/2024)? «Ma grand-mère était toujours ma grand-mère», dit plus loin Luana Menoud-Baldi, responsable d’Alzheimer Fribourg, en parlant du lien lorsque deux personnes ne vivent plus tout à fait dans le même monde.

Notre société, revenant peut-être malgré elle à ce que les générations précédentes ont connu, s’appuiera toujours plus sur les proches aidants face au vieillissement de la population. C’est-à-dire qu’elle comptera toujours plus sur l’amour que nous nous porterons les uns aux autres – étrange paradoxe dans un monde déchristianisé. Mais elle ne devra pas profiter de cet amour: il est essentiel qu’elle aussi soit aimante et aidante, et qu’elle n’abandonne pas les proches qui font face à un «deuil blanc».