C’était ça ou mourir est un très bon livre. C’est ce que pensait notre journaliste Thibaut Kaeser avant la polémique du 21 septembre. Il le maintient, et il a raison. Qu’il soit écrit par un humain – signataire ou porte-plume –, par une intelligence artificielle (IA) ou avec son aide, un livre peut être bien écrit. Suffisamment bien, d’ailleurs, pour que nous ne puissions dire avec certitude s’il est l’œuvre d’un homme. De là le séisme provoqué par les accusations portées contre Thélyson Orélien: nous ne parvenons peut-être plus à déceler ce que le pape a qualifié sur X d’«étincelle d’humanité» qui manque aux algorithmes.

Las, cette affaire a éclaté en France qui n’est plus ce pays qui «brille comme un phare culturel, artistique et spirituel» vanté par Léon XIV à Paris. Elle a été partiellement noyée dans la récupération idéologique, puis effacée par les soubresauts de la campagne présidentielle. Il faudrait de la sérénité pour mener la réflexion suscitée par le «cas» Orélien. Qui nous montre que, si nous étions prêts à accepter de l’IA un peu partout, y compris pour envoyer des missiles sur des cibles humaines, nous demandons de la pureté en littérature.

Hypocrisie? Contradiction? Légèreté? Sentimentalisme peut-être: nous imaginons l’écrivain tremper sa plume dans l’encrier, nous entendons le cliquetis de sa machine à écrire, nous voyons son visage éclairé par la seule lumière de son écran d’ordinateur. Derrière le livre, il y a quelqu’un. Un démiurge, un créateur, mais un homme, avec qui nous partageons des sentiments et une commune condition. Nous touchons ici le point réellement sensible et douloureux: si ce créateur est une machine et que nous pensons lui ressembler, notre propre humanité est mise en doute. Serions-nous alors ces hommes qui, selon la crainte de Saint-Exupéry, «n’entendent plus que le robot, ne comprennent plus que le robot, se font robots»?

La lecture, ce loisir sérieux, révèle la profondeur de cette question admirablement cernée par le Saint-Père dans son encyclique: ce qui est en jeu c’est bien notre essence même, notre «magnifique humanité».