«La démocratie n’est pas garantie pour toujours.» Petr Pavel l’a dit sur le ton calme des grands discours dans la salle Vladislav, plus vieille que la démocratie. Et plus solide qu’elle, peut-être. Ses voûtes gothiques n’ont pas tremblé aux mots du président tchèque. Qui ont en revanche de quoi ébranler ceux qui ont des oreilles pour les entendre: nous pouvons perdre ce que nous considérons comme acquis. C’est une vérité à laquelle nous préférons sans doute ne pas songer. Or, «un pays qui a peur d’entendre la vérité perd sa capacité de réfléchir sur sa situation».

Ce discours marquait, le 28 octobre, l’anniversaire de l’indépendance de la Tchécoslovaquie. Celle d’après les Habsbourg. Celle de 1918. Celle dont le bonheur n’était pas garanti pour toujours puisqu’il devait partir en volutes sous l’éteignoir soviétique. En sus de l’affection possiblement envahissante des anciens Rouges, une autre menace s’élève aujourd’hui. Ce sont ces «écrans de fumée» qui remplacent le débat d’idées, ces contenus qui n’expliquent pas les faits mais les obscurcissent, ce «chaos de l’information».

Le contexte dans lequel s’exprimait Petr Pavel est bien sûr tchèque. Quelques jours plus tôt, des manifestants réclamaient au centre de Prague de continuer à payer la redevance radio-télé, espérant empêcher le démantèlement de l’audiovisuel public auquel est accusé de travailler le Premier ministre de droite populiste Andrej Babiš (lui-même propriétaire de médias). Mais le contexte est aussi plus large, si l’on pense aux fake news décomplexées, à l’art trumpien de détourner l’attention par des pitreries et, chez nous, à l’affaiblissement de nombreuses rédactions chargées d’assurer une information rigoureuse et de vérifier des faits – puisque tous ne parlent pas «en vérité et en toute honnêteté».

Pravda vítězi, promet la devise de la Tchéquie. La vérité vaincra. Et, grâce à elle, la démocratie se maintiendra. Mais elles ne le feront pas sans l’aide de ceux que Rome appelle les hommes et les femmes de bonne volonté, au nombre desquels nous sommes appelés à compter.