Il faudra bien, un jour, parler du temps. Non du temps qu’il fait – même si c’est un sujet en soi –, mais du temps qu’il faut. Du temps qu’il faut pour vivre en homme libre et apaisé, et non en esclave pressé, sans motif réel, par le temps, justement. L’occasion de cette réflexion pourrait nous être donnée par les Genevois qui ont décidé le 14 juin (52,8% de oui) que leurs commerces pourraient ouvrir deux dimanches par an. Et par le Conseil des Etats qui, cinq jours plus tôt, rejetait le principe d’autoriser douze ouvertures dominicales par année (contre quatre aujourd’hui). Le vote était serré à Berne, il a fallu la voix du président de la Chambre pour trancher.

Soyons honnêtes. Sans même parler de la question des travailleurs – auxquels, comme souvent, on pense peu – ou de l’heure de la messe, personne n’a vraiment envie de faire ses courses le dimanche. L’ouverture dominicale des magasins ne répond pas à un besoin, elle crée une opportunité. De façon assez ironique, la loi modifiée à Genève est abrégée «LHOM» (acronyme de loi sur les heures d’ouverture des magasins), alors qu’elle se soucie moins de l’homme que de l’économie. Si on se souciait vraiment de lui, en ces temps de surmenage quasi généralisé – 30% de la population suisse active seraient en état d’épuisement émotionnel –, on lui proposerait plutôt de se ménager. On ne le pousserait pas à courir faire des courses quand il n’en a plus à faire.

Notre rapport au temps est compliqué, contrarié. Notre temps libre est enchaîné, conditionné par toutes sortes d’activités «nécessaires» qui noircissent nos agendas. A tel point qu’il est judicieux de se demander si c’est le travail qui nous épuise ou si nous sommes épuisés parce que le temps de repos est devenu un temps à occuper activement. La religion, tant décriée, a plus de bon sens que le monde politique libéral: elle prévoit des temps de calme, des temps de relâche, des temps de repos, à consacrer à Dieu, à soi, aux siens. Pour le bien de l’esprit et du corps, un temple à entretenir. Parce que l’homme est un homme, et non un client.