La Suisse est neutre et doit le rester. Le plus sûr moyen de s’en assurer est de l’inscrire dans la Constitution. Bonne idée? Oui, mais pas neuve: la neutralité est déjà inscrite dans la Constitution. Celle-ci demande à l’Assemblée fédérale et au Conseil fédéral de «préserver la sécurité extérieure, l’indépendance et la neutralité de la Suisse». A moins de n’avoir aucune confiance en ces deux instances, les citoyens peuvent sereinement refuser, le 27 septembre, l’initiative que défend l’UDC – laquelle est du reste bien représentée dans les deux instances mentionnées.

On a déjà, dans l’histoire récente, dépensé de l’argent et de l’énergie plus utilement qu’en provoquant cette campagne de votation. Néanmoins, celle-ci pourrait être – cela ne signifie pas qu’elle l’est – une occasion de réfléchir à notre conception de la neutralité. Notre pays s’y est brièvement confronté en 2022. Imposer des sanctions à la Russie revenait-il à prendre le parti de l’Ukraine? Ne pas lui en imposer revenait-il à prendre le parti de la Russie? Le silence est-il neutre ou indifférent? Face à la réalité, la neutralité paraissait bien mal définie.

Suivant Christoph Blocher, l’UDC en propose donc une définition: elle est «perpétuelle et armée», et hors de toute alliance. Et le parti interdit les «mesures coercitives non militaires contre un Etat belligérant» – le précédent russe est à l’origine de l’initiative. Mais celle-ci aurait pu aller plus loin. En garantissant l’accueil de réfugiés des deux camps. Ou en scellant l’interdiction de vendre des armes à des pays en guerre. Mais l’UDC préfère – avec le Centre et le PLR cette fois – autoriser la vente de matériel de guerre à certains pays même s’ils sont engagés dans des conflits (le peuple se prononcera sur cet autre sujet en novembre). Dix-sept membres de l’Union européenne figurent sur la liste, ainsi que, parmi quelques autres encore, les Etats-Unis. Outre qu’il n’est pas certain que Vladimir Poutine interprète de telles ventes comme le respect d’une stricte neutralité, cela ressemble beaucoup à de l’opportunisme. La neutralité serait-elle un modèle d’affaires?