Il est des hasards de librairie qui sont providentiels. Voici que Jón Kalman Stefánsson nous offre (enfin!) un nouveau roman qui est comme un poème, Corps célestes à la lisière du monde. Il y fait dire à un pasteur islandais du 17e siècle: «Est-ce là mon rôle que de bénir ceux qui s’en vont dans le dessein d’assassiner?», tandis qu’un jeune homme qui part au combat se demande ingénument s’il obéit bien à «la volonté du Seigneur».

Il n’y a dans les lignes de l’Islandais aucune allusion aux temps imbéciles qui sont les nôtres. Sa plume est plus profonde, aussi profonde que les mots du Saint-Père lorsqu’il parle de paix. Celui qui a des oreilles, qu’il entende (Mt 11, 15)! Mais le pape cause toujours, et nos oreilles, comme celles des idoles, n’entendent pas (Ps 134, 17). Ainsi, une journaliste du service public, à une heure de grande audience, avançait qu’avant les attaques personnelles de Donald Trump, Léon XIV était «resté assez discret sur les conflits mondiaux». Comme si les premiers mots du pape n’avaient pas été «La paix soit avec vous tous». Comme s’il n’avait pas, dès ses premiers jours, appelé les journalistes à désarmer les mots ni clamé, élu le jour de la capitulation de l’Allemagne nazie, «Plus jamais la guerre!», ni prié pour l’Ukraine, pour Gaza et pour d’autres. Comme s’il n’avait pas, à Noël, répété 21 fois le mot «paix». Comme si 2000 ans d’Evangile ne pouvaient être qu’une réaction aux actes de Donald Trump.

Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux clivages, dans l’ennui éternel emportés sans retour (Alphonse de Lamartine pardonnerait ce pastiche), nous n’entendons les paroles de paix que lorsqu’elles se trouvent au cœur d’une guerre des mots. Le pape réclame inlassablement la paix? Fi! Les propos pacifistes du pape fâchent le président américain? Feu! En sommes-nous réellement arrivés au point où le désir de paix est un facteur de division? Celui qui divise, nous savons qui il est. Voulons-nous vraiment nous tourner vers lui? Au diable la mesquinerie! Que la paix nous soit une préoccupation constante et généreuse. C’est seulement ainsi qu’elle sera avec nous et qu’elle pourra advenir dans le monde.