Sur les murs blancs du home Saint-Sylve, au premier étage de l’établissement, des portraits inhabituels attirent le regard: ceux des résidents, photographiés lors de la soirée de gala annuelle. Tenues élégantes, poses assurées, sourires rayonnants ou plus timides… La fête s’est prolongée à travers une série d’images qui célèbrent la beauté et la dignité du grand âge.

Une tranquille assurance est ravivée sous l’œil bienveillant du photographe. DR

A l’origine de cette initiative, trois étudiantes de l’école de commerce et de culture générale de Martigny, dans le cadre de leur cours de projet social. Sensibles à l’importance de valoriser les personnes âgées, elles ont souhaité les mettre en lumière à l’occasion d’un moment fort de la vie du home de Vex (VS). «L’estime de soi chez les aînés peut être amoindrie, explique Ludivine Héritier, 17 ans. Ils étaient émerveillés de se voir en photo, cela leur a apporté confiance et joie. Quand je vois leurs sourires sur ces images, je me dis que l’objectif est atteint». 

Le jour du gala, en novembre dernier, les préparatifs ont été menés par les étudiantes avec minutie et délicatesse. Vêtements soigneusement choisis, coiffures impeccables, et même un brin de maquillage: chacun a eu droit à une mise en beauté digne de ce soir mémorable. «Beaucoup de résidentes, d’origine paysanne, n’étaient pas habituées à se maquiller, explique Barbara Santos Rodriguez, l’une des étudiantes. Réticentes au départ, elles se sont finalement laissé prendre au jeu. Et après un coup de blush ou de rouge à lèvres, elles se trouvaient belles en se voyant dans le miroir! Leur réaction était magnifique, c’était comme si elles retrouvaient une seconde jeunesse.» 

Une nouvelle jeunesse

L’élégance a encore sa place à l’heure de la fragilité, comme le montre cette résidente photographiée au home de Vex. DR

Dans le décor festif de la grande salle à manger, les jeunes femmes installent un petit studio improvisé. Un ami photographe amateur accepte de réaliser les portraits. Un fond sobre, une lumière douce, et surtout du temps «pour créer une relation de confiance»: Patrick Morend a su trouver la recette adaptée. «J’ai pu créer un lien avec chacune de ces personnes, con-fie-t-il, et on le voit dans les regards et les sourires.» Cette expérience était pour lui une première. Il en est pleinement satisfait, car les portraits parviennent à capter une présence profondément authentique. Au-delà des marques du temps, on y lit tantôt de l’assurance, tantôt de la malice, souvent une émotion discrète.

Résidents du home, personnel, familles et visiteurs ont découvert ces visages magnifiés lors de l’inauguration de l’exposition début février. Pour beaucoup, l’effet a été saisissant. «Même à plus de 90 ans, maman garde sa dignité. Elle a toujours été coquette et son âge n’est pas une raison pour cesser de l’être», confie Véronique, émue devant la photographie de sa mère, la mine épanouie dans son tailleur rose. Les soignants, eux aussi, découvrent les résidents sous un jour nouveau, loin du quotidien des soins.

Retrouver sa place 

Au-delà de l’aspect artistique, le projet s’inscrit dans une démarche éminemment humaine. En donnant aux personnes âgées la possibilité d’être au centre de l’objectif, les étudiantes leur ont offert un espace de reconnaissance. «Ces portraits révèlent bien plus que des visages, explique Geneviève Délèze-Delaloye, directrice du home Saint-Sylve. Ils mettent en lumière la beauté intérieure qui se dévoile dans un regard, un sourire, une posture ou un moment de complicité partagée. Ils nous rappellent que la beauté ne se résume pas à l’apparence, mais qu’elle réside dans l’histoire de chacun, dans les expériences vécues et la richesse des liens humains.» 

A de rares exceptions près, tous les résidents ont participé, soit 43 au total. Les photographies sont restées exposées durant trois semaines, puis chaque personne a reçu son portrait en mains propres. Pour la directrice du home, cette initiative illustre l’importance des projets intergénérationnels et créatifs au sein des institutions pour personnes âgées. Elle rappelle que la vieillesse ne se résume pas à un état de santé, mais qu’elle est aussi un temps de relation, de partage et de célébration. Geneviève Délèze-Delaloye estime qu’il faut «dire à nos aînés combien leur place est essentielle au sein de la communauté», à une étape de la vie où ils se sentent souvent mis de côté.

Trois étudiantes valaisannes ont relevé avec brio le défi de mener un projet social. AdP

«Les personnes âgées comptent, elles méritent d’être vues, regardées et reconnues, insiste-t-elle. L’exposition devient ainsi un moyen de lutter contre l’invisibilisation du grand âge et de proposer un autre regard, plus attentif et plus juste.» Pour Sylviane Saudan, responsable du service d’animation du home Saint-Sylve, cette initiative exprime également la philosophie de l’établissement: «Etre une maison pour vivre, plus qu’une institution de soins». 

A travers son objectif, le photographe a non seulement capté des instants de grâce, mais aussi contribué à changer le regard porté sur les personnes âgées. Pour le home de Vex et ceux qui le fréquentent, cette exposition restera le témoignage réconfortant d’une communauté solidaire et respectueuse des générations plus anciennes.