L’image est écœurante. Elle n’a pas la violence des clichés des guerres qui déchirent ce monde, mais elle en contient toute l’horreur. Elle montre le ministre israélien de la Sécurité nationale Itamar Ben-Gvir le poing levé – sur une autre photo, il brandit une bouteille de champagne. Son cœur bat de joie, comme celui du bourreau plébiscité par le philosophe Joseph de Maistre en 1821, à l’adoption d’une loi sur la peine de mort par la Knesset le 30 mars. Son visage incarne l’impatience de tuer au nom de l’Etat.

Ainsi, Israël punira de mort – c’est la peine par défaut – les personnes jugées pour des actes de terrorisme meurtriers commis «dans l’intention de nier l’Etat d’Israël». Il y aurait bien des choses à dire sur ce texte taillé sur mesure pour les Palestiniens. L’Europe, d’ailleurs, s’en est émue. C’est dire, au vu de sa traditionnelle apathie face à l’Etat hébreu qui a dépassé déjà bien des limites, morales comme territoriales. Il y aurait aussi des choses à dire sur la nécessité de régresser de près de deux siècles pour dire avec Victor Hugo, que l’on pensait sur ce point désuet, que «la peine de mort est le signe spécial et éternel de la barbarie». Ou de reculer de quarante-cinq ans pour citer Jean Jaurès avec Robert Badinter avant l’abolition de la peine de mort dans une France pas toujours avant-gardiste: «La peine de mort est contraire à ce que l’humanité depuis 2000 ans a pensé de plus haut et rêvé de plus noble».

Il n’y a pas à revenir sur l’inutilité de la peine de mort comme frein au crime, sur ce qu’elle contient de désespérance ou sur le fait qu’on n’efface ni ne compense un assassinat par un autre, fût-il légal. Il n’y a pas à philosopher. Parce que nous ne sommes pas Dieu, qui seul a le pouvoir de reprendre la vie. Et parce qu’Itama Ben-Gvir ne philosophe guère, avec son air satisfait et son pin’s en forme de nœud coulant. Celui-ci ressemble à ceux qu’on voit dans les albums de Lucky Luke, comme si l’ignominie était chose légère. Cela tranche avec la gravité de la question génésiaque à laquelle, comme nous tous, le ministre israélien sera un jour appelé à répondre: qu’as-tu fait de ton frère?