Aux Verrières, dans le Val-de-Travers (NE), les catholiques s’inquiètent pour leur petite chapelle dont le clocher menace de s’effondrer. Même si elle n’accueille guère plus de quatre messes par an, un projet de restauration est en cours. Trouver la somme nécessaire aux travaux est un défi.

Elle ne paie pas de mine, la chapelle des Verrières, et pourtant! Son intérieur invite au recueillement. Jérôme Favre

C’est loin, Les Verrières. A tel point que c’est presque en France. La frontière ne se trouve qu’à un petit kilomètre et l’on sent bien cette proximité, en fin d’après-midi, lorsque défilent les automobiles des frontaliers. En traversant la commune neuchâteloise, ils ne peuvent manquer d’apercevoir la petite chapelle dédiée à saint Nicolas de Flue: «C’est le seul édifice catholique de la région situé en bordure de route», indique Mathieu Conrath.

Rentré de Rome l’année dernière après avoir servi durant trois ans dans la Garde suisse pontificale, le Verrisan a la charge du projet de rénovation du petit édifice. A l’intérieur, celui-ci invite au recueillement et à la prière dans une atmosphère chaleureuse et boisée. A l’extérieur, il inspire davantage la pitié que la piété: la peinture de son portail est écaillée, certaines tuiles du clocher manquent à l’appel et une pièce de métal de sa base montre de façon ostentatoire son envie de s’en désolidariser.

«Le clocher est notre priorité parce qu’il menace de s’effondrer sur le toit», précise Mathieu Conrath. Assis sur le dernier banc, il indique du doigt le fil de la cloche – Jeanne-Marie-Christine – qui trahit l’emplacement du clocher. «La structure est en train de pourrir en raison d’infiltrations. Si le bois est mouillé, s’il y a de la neige et s’il pleut dessus…»

Le canon couvre la cloche

La charmante chapelle n’a connu qu’une seule restauration – des façades il y a soixante ans – au cours de sa brève histoire: Mgr Marius Besson, évêque du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg (qui comprend Neuchâtel), l’a bénie en mars 1943, quelques mois après son installation. Son installation, oui, car sa charpente avait été réalisée à Fribourg, puis transportée aux Verrières. Cette commande n’était pas sans lien avec la situation géographique du village qui, on l’a dit, se trouve presque en France: les Verrisans, faute de lieu de culte proche dans une région passée à la Réforme, traversaient la frontière pour se rendre à la messe. Jusqu’à ce que le tonnerre des canons de 1939 entraîne la fermeture des points de passage. Plus de paix, plus de messe.

«Cette chapelle représente l’expérience d’une communauté petite, mais qui vivait sa foi», commente l’abbé Christophe Mpevo, le prêtre répondant de la paroisse du Val-de-Travers qui réunit les catholiques de Couvet, de Travers, de Fleurier et des Verrières. Il ne se rend dans ce dernier village et dans la petite chapelle de bois pour des célébrations que quatre fois dans l’année. Mais, durant la guerre, la communauté tenait à prier chez elle. Malgré sa petite taille. Mgr Besson en parlait comme de la «minuscule communauté catholique de là-haut, si fervente et si pauvre», au moment où il relayait son appel à un soutien financier pour l’édification de la chapelle.

Huitante-trois ans plus tard, la toujours petite communauté locale – peut-être une cinquantaine de personnes se reconnaissent-elles catholiques, selon Mathieu Conrath – appelle à nouveau aux dons. Elle recherche un peu moins de 176’000 francs. Elle en a déjà récolté 90’000, ce qui permettra de restaurer le clocher et le toit. Mais il faut encore remplacer les fenêtres, la porte d’entrée, la clôture extérieure disparue et, si les moyens le permettent et les fidèles s’accordent sur ces points, repeindre en blanc le mur derrière l’autel et aménager quelques places de parking ainsi qu’un accès pour les personnes à mobilité réduite.

Restauré, l’édifice pourrait être ouvert plus souvent, aux fidèles comme aux visiteurs de passage. Jérôme Favre

Un lieu d’avenir

C’est un projet «réaliste», assure le paroissien de 27 ans qui relève que tout est fonctionnel dans cette petite chapelle équipée comme n’importe quelle église – elle dispose de sa sacristie, de son confessionnal et de son baptistère. D’ailleurs, «il y a eu des baptêmes et des mariages ces dernières années. C’est porteur d’avenir», se réjouit Mathieu Conrath. Le lieu a également accueilli des veillées de prière pendant l’avent et le carême et des prières de Taizé. Mais cela justifie-t-il vraiment de le maintenir alors que la paroisse n’est pas fortunée?

«La question de la désacralisation se pose pour d’autres lieux de culte de la région, mais pas pour celui-ci. La rénovation n’entraînera pas de frais supplémentaires – on n’installera par exemple pas de chauffage – et l’entretien de la chapelle coûte extrêmement peu.» Le Neuchâtelois évalue la facture à un peu moins de 4000 francs par an pour l’eau, l’électricité et les assurances. La chapelle peut en outre compter sur une contribution de la commune des Verrières.

En plus de l’attachement des gens de la région, le symbole que représente la petite chapelle motive Mathieu Conrath à s’investir pour elle. «C’est aussi un lieu dédié au saint patron de la paix, ce n’est pas rien dans ces temps troublés.» La chapelle des Verrières est également, ajoute l’abbé Mpove, un rappel que «ce n’est pas le nombre qui importe ni la taille de l’édifice, mais la présence et la vie de foi».