Un homme court nu dans Jérusalem, et cela ne choque personne. Certes, il fait nuit. Pourtant, il a bien été vu puisque saint Marc en témoigne. Au moment de l’arrestation de Jésus, écrit-il, les disciples l’abandonnent, ainsi qu’un jeune homme qui «n’avait pour tout vêtement qu’un drap». Il lâche ce drap et «s’enfuit tout nu» (Mc 14, 51-52). Ce n’est qu’un personnage secondaire, donc le récit ne court pas après lui. Mais pourquoi ce détail? Est-ce une façon de nous faire entrevoir que Jésus, qui sera lui aussi dépouillé de sa tunique «tissée tout d’une pièce» (Jn 19, 23), échappera au bout du compte à ses tourmenteurs? Ou juste une manière d’insister sur la panique lâche de celui qui juge préférable de courir nu à travers la ville?
A l’autre bout de la Passion, deux hommes courent aussi: Pierre et le disciple que Jésus aimait (Jn 20, 4). Marie Madeleine a trouvé le tombeau vide, alors ils veulent voir. Voir quoi? On ignore ce qui motive leur course: crainte qu’on ait profané le tombeau, incrédulité face à un racontar de bonne femme ou espoir de la résurrection? Toujours est-il qu’ils courent. Et que, au bout de leur course, ils trouvent la foi: «Il vit, et il crut».
Pâques est donc une histoire de course à pied (et non aux œufs). Une course dans laquelle l’ordre d’arrivée importe peu, même s’il est précisé que Jean arrive en premier et Pierre en second. Est-ce cela qui l’a conduit à préciser plus tard que les chrétiens ne courent pas pour obtenir la première place, mais «pour une couronne qui ne se fane pas» (1 Co 9, 25)? Pardonnez la boutade: saint Pierre dit vrai, nous courons, comme Jean et lui, pour nous rapprocher du Christ. Même si quelquefois, comme le disciple de l’Evangile de Marc, nous courons loin de lui au risque de nous trouver «nus» au milieu du monde. Pâques est ainsi une belle occasion de chausser ses baskets de chrétien et de s’élancer, chacun à son rythme, dans la bonne direction.