Cela s’appelle du mépris. Il y a certes, dans le débat politique, beaucoup de jeu. Sur les mots, sur les chiffres. On y tolère la mauvaise foi. Le mensonge, hélas, s’y invite parfois. Et il y a le site Internet des partisans d’une baisse de la redevance radio-télévisée à 200 francs. Qui se situe au-delà de ce qu’une nature humaine ayant un peu d’honneur, c’est-à-dire de respect pour elle-même, peut oser. Du respect pour autrui, il n’y en a en tout cas nulle trace, et c’est pourquoi le mot «mépris» est opportun. Mépris du citoyen, pris pour un idiot.

L’initiative visant à faire passer la redevance de 335 (en fait 300, montant annoncé pour 2029) à 200 francs serait une réponse… à l’augmentation des primes d’assurance maladie et des loyers. Quelle impudence! L’un des parlementaires fédéraux membres du comité d’initiative est rémunéré par un assureur maladie. Lui et deux autres occupent des fonctions dirigeantes au sein d’associations immobilières. Que n’ont-ils utilisé ces leviers pour agir sur des factures représentant chaque année des milliers de francs? Un conseiller national UDC enregistré parmi les «supporteurs» de l’initiative, lors d’un débat consacré à la thématique en 2023, a suggéré, face au problème que représentent les loyers élevés, d’inciter les Suisses… à devenir propriétaires.

L’abîme séparant les arguments des initiants de leurs actions politiques est un signal d’alarme. Malgré son nom racoleur, «200 francs ça suffit», le texte ne vise aucunement à soulager le citoyen. Il vise à affaiblir la SSR pour jeter ledit citoyen en pâture aux groupes privés – pour des raisons idéologiques pour l’UDC, dogmatiques pour les libéraux. Le réel enjeu ne se situe pas dans une économie de 100 francs, mais dans l’octroi d’une priorité à un groupe soumis à des règles fixées par l’autorité politique (majoritairement bourgeoise) ou à des groupes aux intérêts purement économiques. Ou, pour l’écrire différemment, à la SSR – dont fait partie la RTS – ou à Teleblocher et des équivalents suisses de TF1, chaîne dont le rôle, selon un ancien responsable, est de vendre à Coca-Cola du «temps de cerveau disponible».