Relégué au second plan par les attaques de Donald Trump contre le pape, bien plus médiatisées, le voyage en Afrique de Léon XIV permet à ce dernier d’affirmer son style et ses thèmes. En attendant une encyclique sur l’intelligence artificielle, il a dénoncé l’accaparement des richesses en Angola.

Votre peuple porte «une joie que même les circonstances les plus défavorables n’ont pas su éteindre», a relevé le pape dans un discours en portugais adressé aux représentants des autorités, de la société civile et du corps diplomatique à son arrivée à Luanda, en Angola le 18 avril. Il a cité «la douleur, l’indignation, les déceptions et les défaites» que le pays a connues et appelé à «briser» la «chaîne d’intérêts» qui conduit à réduire «la vie elle-même à une marchandise d’échange» – l’Angola a connu de nombreuses périodes sombres: du 17e au 19e siècle, il a notamment été l’une des plaques tournantes de la traite d’esclaves.
Dénoncer l’exploitation

En présence du président João Lourenço, Léon XIV a encouragé «ceux qui ont déjà choisi le bien, la justice, la paix, la tolérance, la réconciliation», saluant les «millions d’hommes et de femmes de bonne volonté qui constituent la première richesse de ce pays». Il a indiqué espérer «la conversion de ceux qui choisissent des voies opposées», dénonçant «des intérêts puissants» qui mettent la main sur les «richesses matérielles». L’Angola possède de nombreuses réserves de pétrole et d’importantes mines de diamant, mais quatre Angolais sur dix vivraient sous le seuil de pauvreté, d’après la Banque mondiale. «Combien de souffrances, combien de morts, combien de catastrophes sociales et environnementales sont engendrées par cette logique d’exploitation», s’est indigné le pape.
Le Saint-Père a exhorté à ne pas avoir «peur de la dissidence», à ne pas étouffer «les visions des jeunes et les rêves des anciens» et enfin à «gérer les conflits en les transformant en chemins de renouveau». «Faites passer le bien commun avant celui de votre camp», a-t-il poursuivi. Si cette position provoquera des réactions hostiles dans l’immédiat, l’histoire vous donnera raison, a assuré Léon XIV. «La joie et l’espoir qui caractérisent votre jeune société» s’opposent «à toute résignation et à toute tentation de repli sur soi».
Cette attitude permet de résister aux «despotes du corps et de l’esprit» qui souhaitent «rendre les âmes passives et les passions tristes, enclines à l’inertie, dociles et asservies au pouvoir», a affirmé le natif de Chicago.
Des joies factices

«Ensemble, vous pouvez faire de l’Angola un projet d’espérance», a-t-il encouragé en invitant les autorités à laisser l’Eglise «favoriser l’émergence d’un modèle juste de coexistence libéré des esclavages imposés par des élites aux fortunes considérables et aux joies factices».
La veille, le pape avait célébré la messe à Douala, au Cameroun. Méditant sur le récit de la multiplication des pains, il avait souligné que les yeux des indigents «répètent la question posée par Jésus à ses disciples: que faites-vous pour toutes ces personnes?». Cette interrogation est adressée à tous, y compris «à tous ceux qui ont la responsabilité sociale et politique de veiller sur le peuple et sur son bien». Aujourd’hui, «où Dieu est-il face à la faim des peuples?», a-t-il lancé avant de répondre: dans «tout geste de solidarité et de pardon, toute initiative pour le bien».
Au moment de mettre sous presse le 20 avril, Léon XIV n’était pas encore arrivé au terme de son voyage africain. Après l’Angola, il devait se rendre en Guinée équatoriale avant de regagner Rome le 23 avril. Ce premier grand déplacement a débuté le 13 avril: le pape s’est d’abord rendu en Algérie. L’ancien général de l’ordre de Saint-Augustin a célébré la messe dans la basilique dédiée au Père de l’Eglise à Annaba, anciennement Hippone. Après avoir visité le site archéologique de la ville, où saint Augustin fut évêque de 395 à 430, Léon XIV a rendu hommage à l’engagement de la petite communauté catholique locale pour la charité et la paix.