Les CFF ont mis en place des trains directs entre la Suisse romande et plusieurs destinations touristiques durant l’été. De la fin juin à la fin août, il sera possible de rallier Marseille en 3h30 depuis Genève et 4h30 depuis Lausanne. Entre le Léman et la mer, il y a bien des choses à voir.

A Marseille, la Vieille Charité réunit aujourd’hui des musées, des associations et une école. Bernard Pichon

Une étude menée par le bureau indépendant bernois INFRAS relève que chaque trajet en train représente jusqu’à 24 fois moins d’émissions de CO2 qu’en voiture thermique ou en avion. En Suisse romande comme ailleurs, on porte une attention accrue à la durabilité. Dans ce contexte, chaque été, le TGV Lyria propose du jeudi au lundi une liaison estivale entre Marseille et Lausanne et Genève.

Cet axe ne manque pas d’atouts pour séduire les plus blasés. Les arrêts (Lyon, Avignon, Aix-en-Provence) constituent autant de portes vers la Drôme, Arles, Nîmes et autre Saint-Tropez, accessibles sans stresser au volant.

Considérant cette diversité, on se met à rêver à une option hop-on hop-off qui permettrait de descendre en route et de reprendre son périple en sautant dans le train suivant. Malheureusement, cette bonne idée est un peu compliquée à réaliser en raison des fréquences du Lyria. Elle reste néanmoins faisable en combinant son itinéraire par segments avec les trains régionaux.

En rentrant de Marseille

Et les points forts du voyage offrent une telle diversité de découvertes et d’expériences qu’il serait coupable de les explorer au pas de course. A Marseille, une escale s’impose vers la basilique Notre-Dame de la Garde, emblématique de la ville, dont le style romano-byzantin se révèle particulièrement photogénique. Au sommet du clocher se dresse la statue fraîchement restaurée de la Vierge à l’Enfant, réalisée en cuivre doré à la feuille.

Cette «Bonne Mère» inspire une exposition temporaire (jusqu’à fin août) au musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MUCEM). Des déesses-mères antiques à la protectrice marseillaise, un parcours captivant dévoile la pluralité des vécus maternels.

Les murs de l’abbaye Saint-André n’ont pas à envier l’épaisseur de ceux du palais des Papes. Bernard Pichon

Tout proche, l’historique Panier, le quartier le plus pittoresque de la cité phocéenne, offre le contraste de ses fresques murales et d’une grandiose Vieille Charité, ancien hospice du 17e siècle, heureusement sauvé par Le Corbusier. C’est aujourd’hui un complexe culturel.

A propos d’architecture, classé troisième ensemble baroque en France après Paris et Versailles, Aix-en-Provence, plus au nord, ne se contente pas d’aligner ses nobles fontaines; la ville aligne aussi dans ses galeries de quoi gâter les amateurs d’art. La fondation Vasarely étonne par les dimensions spectaculaires des œuvres exposées.

Les amateurs de culture et viticulture visent le voisin Château La Coste. Par la volonté de Patrick McKillen, un milliardaire irlandais associé au chanteur de U2 Bono, la propriété s’est ouverte aux constructions de quelques stars de l’architecture contemporaine comme Jean Nouvel, Tadao Ando et Franck Gehri. Elle présente aussi des œuvres d’artistes aussi cotés que Calder, Richard Serra et Tom Shannon. Une araignée géante de Louise Bourgeois surveille ce véritable musée en plein air, évidemment doté d’un restaurant, Aix-en-Provence étant aussi une destination gourmande, bien au-delà de ses incontournables câlissons. Les marchés du samedi révèlent les produits du terroir et l’animation d’une ville estudiantine aux terrasses agréablement ombragées.

On y danse, on y danse

Certains initiés voient de la magie dans le chiffre 7. Après avoir franchi l’une des sept portes d’Avignon – dont le nom comporte d’ailleurs sept lettres –, ils peuvent gagner l’une des sept paroisses locales pour méditer dans la chapelle des Pénitents-Gris. Ce sanctuaire abrite la dernière des sept anciennes confréries avignonnaises. On y apprend qu’Avignon a accueilli… sept papes, bien sûr.

Avignon ce n’est pas que le pont de la chanson. Sauvegardé, le secteur historique – le plus vaste de France – invite à flâner à travers cinq siècles d’intrigues. Même en dehors de son bouillonnant festival estival, la ville exprime un quotidien joyeusement théâtralisé où chacun tient son rôle. Etudiants, visiteurs, artistes et musiciens des rues battent le pavé dans une ambiance bon enfant sous le regard pensif de Molière et Corneille, statufiés devant l’opéra.

A Avignon, la rue des Teinturiers borde la Durance, plus importante rivière de Provence et affluent du Rhône. Bernard Pichon

Dominant le Rhône, le palais des Papes ne fut pas seulement une prouesse architecturale; il fut, tout au long du 16e siècle, le véritable centre de gravité de la chrétienté occidentale. Entre ses épaisses murailles se sont joués les destins de l’Eglise et de l’Europe.

L’édifice tel qu’on le contemple aujourd’hui est une fusion audacieuse: le Palais Vieux de Benoît XII, austère et protecteur, s’imbrique dans le Palais Neuf de Clément VI, monument d’un faste inégalé. Plus grand bâtiment gothique au monde, il est le fruit d’une collaboration européenne avant l’heure, réunissant des architectes français et des fresquistes de l’école de Sienne.

Nés à la Belle Epoque, les bains Pommer d’Avignon sont un lieu atypique et unique en France. Leur visite retrace toute l’évolution de cet espace public durant près d’un siècle: histoire de la famille Pommer, pratiques hygiéniques de douches en baignoires. A quelques pas de là, longée par un filet d’eau et d’anciennes roues à aube, la rue des Teinturiers se donne des allures montmartroises.

Pour de plus vastes et luxuriants jardins, il faut emprunter le bus qui conduit à l’abbaye Saint-André. Un temps occupée par les religieuses du Cœur de Jésus, cette bâtisse est rachetée en 1913 par un peintre qui y fait réaliser de belles fresques représentant l’Annonciation. Le couvent est ensuite acquis par
Gustave Fayet, un artiste pluridisciplinaire injustement méconnu, à en juger par la qualité de ses aquarelles, céramiques et autres textiles exposés. Ses descendants assurent aujourd’hui l’entretien du sanctuaire classé et la mise en valeur de ses superbes plantations.