En écrivant sa première encyclique Léon XIV ne songeait ni au championnat suisse de basketball ni au championnat du monde de hockey sur glace. Pourtant, ces deux compétitions qui ont connu leur aboutissement durant la dernière quinzaine illustrent parfaitement la Magnifique humanité que loue le pape. Un basketteur fribourgeois prenant dans ses bras un coéquipier après un panier les rapprochant d’un nouveau titre national, un hockeyeur suisse tombant à genoux lorsque le titre mondial lui échappe: notre humanité s’exprime dans le bonheur et dans l’échec, dans le dépassement de soi et le constat de nos limites.
C’est en partie ce qui nous distingue des machines et de l’intelligence artificielle qui «ne connaissent ni la joie ni la douleur». Le pape ajoute à cela les relations – d’amour et d’amitié –, la responsabilité et la conscience morale. Cette dernière nous permet de discerner le bien et le mal et de reconnaître l’égale dignité d’autrui. Raison pour laquelle le Saint-Père critique l’usage de l’intelligence artificielle dans le cadre de la guerre, jugeant qu’elle en abaisse le seuil moral. Comme toute technologie qui permet de «frapper sans voir le visage de l’autre», qui se trouve ainsi «réduit à une donnée».
Cette déshumanisation, dangereuse et inquiétante, n’est pas le fait de la seule intelligence artificielle. L’UDC, qui use d’artifices intelligents avec son initiative «Pas de Suisse à dix millions» (votation du 14 juin), efface les hommes derrière les chiffres: si une limite arbitraire de population est atteinte, la politique d’asile est durcie. Le parti va plus loin avec une initiative sur laquelle nous voterons ultérieurement et qui réclame des contingents annuels pour l’accueil de personnes – 5000 au maximum – dont la vie est menacée dans leur pays. Cette logique des nombres ne connaît ni joie ni douleur, ni responsabilité ni conscience. En lui donnant la primauté sur l’homme, nous déshumanisons l’autre – et sa déshumanisation ne va pas sans la nôtre. Or, dans ces temps durs qui sont les nôtres, comme l’écrit Léon XIV, «nous avons le devoir urgent de rester profondément humains».