Le mois de mai, symbole de beauté et de vie nouvelle, est traditionnellement associé à la Vierge Marie. Une jolie raison de visiter les grottes mariales jurassiennes. Dans la région de Delémont, on désengourdit ses sens au printemps et enhardit sa foi en la mère de Jésus.

La grotte du Vainé dédiée à Notre-Dame de Lourdes, dans la forêt de Le Mergé, au-dessus de Courtételle. Mélanie Chappuis

Arriver dans le Jura, c’est être accueilli chaleureusement, d’abord par les habitants, avant de se laisser porter par la spiritualité ambiante. Noël Pedreira, aumônier en EMS et coordinateur du tout nouvel espace d’écoute de Notre-Dame du Vorbourg, nous cueille au sortir du train en gare de Courfaivre. Sur la vingtaine de grottes mariales réparties dans le Jura, dont quelques-unes artificielles, il en a sélectionné trois, aidé en cela par Carine Vallat, présidente du conseil de paroisse de Courfaivre, et Dominique Cuttat, secrétaire à la cure de Courtételle et gardienne de la grotte du Vainé.

Le périple commence dans la forêt du Chenal, au sein d’une nature en pleine effervescence, le long d’un chemin entre plaine et arbres et d’une petite rivière que l’on remonte jusqu’à sa source, dans la grotte de la Bâme. «Avant, raconte Carine Vallat, en 1500 et quelques, il y avait les sorcières qui, armées de leur bâton, frappaient le sol et provoquaient des grêles terribles depuis là-haut». Croit-elle à ces histoires? «Quand même, elles avaient fait un pacte avec…». On tait son nom, on ne sait jamais, et on continue notre petite escalade parmi les érables et les tilleuls en direction de la Bâme – grotte en patois. Nous sommes salués à l’entrée par une imposante croix en béton et une délicate statuette de Jésus. Celle représentant sa maman ne règne pas encore dans la caverne, «c’est que la Bâme n’est pas très connue, je viens à peine d’en parler à l’Assemblée de la collectivité cantonale, la collectivité ecclésiastique cantonale catholique romaine du Jura» explique Carine Vallat qui, elle, connaît le lieu depuis enfant. «Je viens depuis toujours pour me ressourcer. L’eau est pure, on peut la boire».

Surtout depuis que la grotte est gardée par Jésus. On observe l’eau souterraine remontant doucement à la surface, et couler paisiblement le long du ruisseau qui se jettera plus bas dans la Sorne. Et on boit quelques gorgées à cette source en se sentant privilégiés. La présidente du conseil de paroisse de Courfaivre admet pourtant qu’elle se recueille et adresse ses prières à Marie plutôt à Notre-Dame du Vorbourg qu’ici à la Bâme.

Le sanctuaire marial des Jurassiens

Carine Vallat et Noël Pedreira devant la petite grotte de la Bâme dans la forêt du Chenal, à Courfaivre. Mélanie Chappuis

On se retrouve donc dans cet autre lieu plus officiel dédié à la Vierge. Ici aussi, il faut grimper, mais sur une petite route que peuvent emprunter les voitures. On arrive au sommet d’un éperon rocheux devant une vue époustouflante, où se dresse une chapelle qui faisait partie d’un ancien château. «Elle a une énergie particulière, raconte Noël Pedreira. Il n’y a pas que les dévots à Marie qui viennent. Elle surplombe la région, il y a un calme, une paix. Les personnes qui ressentent les énergies telluriques disent qu’il y a des endroits, notamment là, au deuxième rang, où il y a vraiment quelque chose qui vient du sous-bois de la terre». On s’attarde un peu entre les bancs avant de longer les murs parsemés d’ex-voto datant du 18e siècle, qui valent largement le déplacement.

Et puis il y a la dévotion à Marie. «Avec le pendant tendre et affectueux de la religion, les gens ont l’impression qu’ils sont dans un catholicisme moins figé, peut-être», poursuit l’aumônier et coordinateur de l’espace d’écoute du lieu. Cet espace se trouve justement dans le second lieu à haute fréquence vibratoire. Il s’agit d’un petit salon dans la bâtisse attenante, chaleureux et propre à la confidence. «Nous sommes sept personnes d’âges et de conditions diverses, prêtres, enseignants, médecins, théologiens, compagnons spirituels, à disposition de toute personne qui souhaite poser quelque chose de difficile, puis retrouver un souffle pour repartir un peu autrement». On resterait bien, mais d’autres grottes nous attendent.

Notre-Dame du Vainé

Parmi elles, la grotte du Vainé, dédiée à Notre-Dame de Lourdes. Dominique Cuttat l’embellit chaque semaine grâce à la fleuriste de l’église qui, tous les vendredis, lui donne des fleurs à apporter à Marie. Nichée dans une forêt enchanteresse, elle est la grotte des contes de notre enfance, petit refuge bordé de verdure, au pied de laquelle coule, ici aussi, une rivière entre les mousses.  Au bas des escaliers qui y mènent, une croix en bois entre deux grands bouleaux tels des disciples. La statue de la Vierge regarde arriver les visiteurs depuis sa grotte, souriante et tendre. Face à cette présence, des prières, des louanges, des présents ou des pièces d’un franc servant à entretenir la grotte.

L’entrée de Sainte Colombe, sur la route d’Undervelier. Une impressionnante grotte de 30 mètres creusée naturellement dans la rocher. Mélanie Chappuis

«Parfois il y en a trois, parfois trente, c’est comme ça que je mesure la fréquence des visites», explique la gardienne des lieux. «Mais quand je monte le vendredi matin, en général il n’y a que moi. Je prononce deux ou trois je vous salue Marie, je range, je fleuris l’endroit, c’est mon petit moment privilégié.» Le lieu est si préservé qu’on hésiterait presque à en parler si le partage n’était pas une expérience fondamentale du christianisme. La prière du chapelet, au retour du pèlerinage de Lourdes, est une occasion de se recueillir à plusieurs, le dimanche après l’Ascension, qui a lieu cette année le 24 mai. Les pèlerins partent depuis la cabane du tourne-cul (Dominique s’excuse, mais c’est son nom) et entament une ascension dans la forêt de Le Mergé jusqu’à Notre-Dame du Vainé. Le déplacement dure à peine quelques minutes, mais les escaliers qui mènent à la grotte rendent l’accès compliqué pour les personnes entravées dans leurs mouvements.

La grotte de Sainte Colombe

Celles-ci préfèreront à la grotte du Vainé celle de Sainte Colombe. A quelques pas d’Undervelier, le site naturel s’ouvre par un porche impressionnant sur une salle de 30 mètres creusée naturellement dans la roche. Elle a l’avantage de se trouver au bord de la route, entre forêts jurassiennes et pitons calcaires. Au cœur de la grotte jaillit une source karstique dont l’eau permettrait de guérir maladies et infirmités. Chaque année, lors de l’Assomption, les brancardiers du Jura organisent un pèlerinage qui rassemble une foule considérable. La grotte est dédiée à Sainte Colombe, une jeune princesse espagnole y ayant trouvé refuge avant de mourir en martyre à Sens, au 4e siècle.

Selon d’autres sources, la grotte serait celle de saint Colomban, le célèbre moine missionnaire irlandais dont le nom aurait été féminisé. Les nombreux pèlerins d’origine espagnole qui y viennent semblent avoir eu raison de la version irlandaise de l’histoire. A l’intérieur, pléthore de plaques en marbre remercient sainte Colombe pour son aide dans toutes les langues. L’espagnol prime largement. D’ailleurs, le couple d’une septantaine d’années rencontré le jour de notre visite répond dans un mélange de français et d’espagnol. Ils ont pris la route depuis Bienne (BE) comme «tous les trois ou quatre mois». Ils ont amené des bougies «et une bouteille, para los nietos», confient-ils. Une bouteille bientôt remplie d’eau miraculeuse pour les petits-enfants. On se promet de revenir nous aussi, peut-être tous les ans, depuis Genève.