On peut être déçu sans avoir d’attentes. L’absence, prévisible, d’accord sur le plastique au terme des négociations supplémentaires à Genève laisse ainsi un petit goût amer – peut-être celui des microplastiques que nous assimilons à notre insu. Des négociations pourraient reprendre. Un jour. En vue d’obtenir un résultat. Peut-être. Il faut avoir une foi à faire disparaître les sacs plastiques de l’estomac des cormorans pour croire qu’un traité changeant la donne puisse être conclu. Il y aura du plastique partout tant qu’il y aura des marchands de pétrole.
La facétieuse Helvétie, qui n’a guère de pétrole à vendre mais des idées, avait réclamé un accord fort et contraignant. Qui bannisse les plastiques à usage unique. Nul besoin de petit palmier rose pour agrémenter son cocktail ni de paille pour le siroter. Aucun besoin d’un méchant sac au logo d’une enseigne alors que les Tchèques – qui ont aussi des idées – ont inventé le filet à provisions il y a 99 ans. On ne peut que souscrire à la volonté des envoyés de Berne à Genève. Et on applaudirait son intention si la Confédération montrait l’exemple. Or, le Conseil fédéral a plusieurs fois rejeté l’idée d’interdire la vaisselle à usage unique dans la restauration à l’emporter – c’est, dit-il, l’affaire des cantons.
C’est le beau jeu du micropolluant que les uns et les autres se repassent. La Confédération attend qu’un traité le lui recommande, les cantons que la Confédération le leur ordonne, les acteurs économiques que les cantons prennent des mesures (qu’ils combattront), et le consommateur que les commerces ne lui proposent plus de plastique. Les poissons n’ont pas fini de boire l’eau du lac dans des bouteilles en PET…
En attendant que les décideurs se décident à décider quelque chose de décisif, peut-être nous revient-il, à nous, de modifier notre comportement. Ce n’est guère chose aisée, au vu de l’omniprésence du plastique dans notre environnement quotidien, mais nous avons sans aucun doute une petite marge de manœuvre. On peut par exemple boire la vie et le bonheur à pleines gorgées sans petit palmier en plastique. C’est du moins ce que prétendent les tortues.