Sera-ce cette fois? Les deux ou trois célébrités déplacées en France – parmi des milliers d’autres personnes – réussiront-elles là où les koalas au poil fumant, les restes d’arbres calcinés et l’interdiction des lampions le 1er août échouent depuis des années? Les milliers d’hectares de végétation partis en fumée ces dernières semaines (page 10) suffiront-ils à initier dans nos esprits le début d’une prise de conscience? Notre planète est malade, et notre société aussi, incapable de se mettre à son chevet. Parce que ça ne nous concerne jamais vraiment. Parce qu’il n’y a, pour la plupart des hommes, tout simplement pas de feu l’été. La preuve: on nous interdit d’en allumer pour griller nos cervelas.

Ces problèmes sont toujours loin, et toujours ceux des autres. Le président étatsunien blâme le Canada qui exporte sans taxe les scories de ses incendies (730 feux non maîtrisés le 27 juillet); son pays n’est pas concerné, la sécheresse n’étant à ses yeux pas une question globale. Tandis que pour le conseiller fédéral en charge de l’environnement, le problème est justement trop global: pourquoi agir, si les autres ne le font pas d’abord? Toujours, nous nous déresponsabilisons. Toujours, nous nous désolidarisons. C’est la faute d’un mégot. Ou à pas de chance. Mais cela n’a rien à voir avec nos comportements ni notre paresse – l’assoupissement moral menace là où se surdéveloppe le confort.

La carte suisse est aussi rouge pour le danger d’incendie de forêt qu’elle l’était après le vote sur l’impôt énergétique proposé par les vert’libéraux (92% de non en 2015). Elle dit une menace telle qu’il suffira d’une étincelle pour allumer le feu comme à Loèche (VS) en 2003 (plus de 300 hectares détruits). La sécheresse est en cause. Celle qui contraint des paysans à anticiper leur désalpe et à réduire leurs troupeaux. Celle qui va de pair avec des vagues de chaleur qui ont provoqué la mort d’au moins 12’000 personnes en juin dans dix pays européens. Celle qui est liée au réchauffement provoqué par l’activité humaine, ainsi que le répètent les scientifiques. Dont l’inquiétude brûlante ne nous fait ni chaud ni froid. Notre indifférence aussi est alarmante.