Les petits Romands feront-ils, le 17 août, leur retour en classe sous un soleil de plomb ou les premiers cours seront-ils épargnés par une nouvelle canicule? La question préoccupe les responsables qui ne peuvent allonger la période de vacances et doivent donc composer avec la chaleur.

Tous les petits Romands profitent d’une semaine de vacances de plus que les Bernois, qui ont repris le chemin de l’école le 10 août. Et certains d’un peu plus, les Valaisans recommençant le 20 et les Fribourgeois le 27. Tous retrouveront le goût des longues vacances le 2 juillet 2027 – hormis les Valaisans qui termineront cette nouvelle année scolaire le 25 juin. «Tous les cantons ont le même nombre de jours de vacances, mais ils se répartissent différemment. En octobre, à Pâques et en février, les vacances sont plus courtes en Valais que dans d’autres cantons», explique Pierre Antille, collaborateur scientifique à la direction du service de l’enseignement.
En Valais, la date du début du cours est depuis plusieurs années liée à la fête de l’Assomption. L’idée que la rentrée interviendrait toujours plus tôt durant l’été est ainsi démentie. Il en va de même dans le reste du pays: en 1987, comme cette année, les classes bernoises avaient pour la plupart rouvert le 10 août; les vaudoises et les jurassiennes le 17, les autres dans la deuxième moitié du mois.
Un calendrier peu flexible
Compte tenu des épisodes caniculaires appelés à se multiplier, la rentrée ne devrait-elle pas être reportée? «Il est difficile d’adapter le calendrier scolaire aux vagues de chaleur qui sont de plus en plus récurrentes. Ce d’autant plus que la première vague cette année est déjà arrivée en mai. Et on sait qu’une interruption estivale trop importante n’est pédagogiquement pas recommandée: il ne faudrait pas dépasser sept à huit semaines», répond Pierre Antille.
C’est un inconvénient que des études soulignent depuis des années, parlant de summer learning loss – la perte d’apprentissage de l’été. En outre, plus les vacances sont longues, plus les inégalités se creusent, tous les parents ne pouvant travailler les acquis scolaires avec leurs enfants. Et le report de la rentrée – une prérogative cantonale – raccourcirait la période d’études avant les vacances d’automne.
De toute manière, il ne serait pas possible de modifier les dates à brève échéance, selon Anna Tanner. En charge de la formation, la conseillère municipale de Bienne met en évidence des contraintes de contrats, d’horaires des enseignants et d’organisation des parents. En revanche, «les enseignants sont libres d’adapter les leçons, d’aller au lac ou à la piscine ou de visiter un musée où il fait un peu plus frais». Cela s’est fait avant les vacances scolaires, alors que les températures étaient déjà élevées.

Quand le bâtiment ne va pas…
Trois jours avant la fin des cours, le canton du Valais avait émis une mise en garde en raison d’une vague de chaleur de degré 4 annoncée par MétéoSuisse. «En cas d’avis de degré 3, le canton demande aux directions d’école de prendre des mesures préventives. En cas de degré 4, c’est lui qui fixe les règles, précise Pierre Antille. On évite les activités sportives et à l’extérieur, on met une casquette et de la crème solaire si on sort et on permet aux enfants de s’hydrater en classe.»
Ce dernier élément est particulièrement important, souligne Delphine Berthod, médecin cantonal, car «les enfants, surtout les plus jeunes, sont plus vulnérables à la déshydratation et aux coups de chaleur». De conserve avec sa collègue Margaux Bressan, coordinatrice pour la promotion de la santé et prévention, la Valaisanne relève que, si «les recommandations de comportements individuels sont utiles et efficaces, il est important d’agir sur des mesures structurelles comme l’aménagement du territoire et l’urbanisme pour éviter les îlots de chaleur».
La question des bâtiments se pose également. «Les plus récents résistent bien à la chaleur grâce à leur isolation et au système de dalles actives», fait remarquer Pierre Antille. La responsabilité est alors communale. Anna Tanner le sait bien, Bienne comptant de nombreux bâtiments scolaires construits dans les années 1960. D’autres critères prévalaient alors: «Aujourd’hui, on sait qu’il faut placer les stores à l’extérieur, que les fenêtres ne doivent pas donner sur le sud et qu’il faut placer beaucoup de verdure près des bâtiments».
Bienne a inscrit dans son programme de législature l’aménagement de l’infrastructure scolaire pour «garantir une atmosphère optimale pour l’apprentissage». Les montants en jeu sont conséquents, le débat politique important, entre autres quant à l’opportunité d’installer des climatiseurs. Dans la cité seelandaise, un accord politique manque pour lancer un test avec une classe. En Valais, il n’est pas envisagé d’y recourir, «pour des raisons d’exemplarité énergétique», dit Pierre Antille.
La discussion dépasse les enjeux purement scolaires, ainsi que le souligne Anna Tanner: «Nous sommes préparés à affronter le froid, mais pas les grandes chaleurs. Cela concerne également les EMS, les crèches et le fonctionnement de la société. Nous devrons nous adapter».