Simon Ehammer médaillé Spécial

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  • Haies, javelot, poids, saut en longueur ou à la perche: aucune discipline ne rebute Simon Ehammer. Haies, javelot, poids, saut en longueur ou à la perche: aucune discipline ne rebute Simon Ehammer. Bertrand Monnard

    A 22 ans, il est totalement polyvalent et tutoie les plus grands en décathlon comme en saut en longueur: Simon Ehammer vient de décrocher le bronze dans cette seconde discipline aux Mondiaux d’Eugene (Etats-Unis). Portrait de cet Appenzellois surdoué au tempérament de feu.

    Entraîneur de saut en longueur au Stade Genève, Frédy Auberson a côtoyé le nouveau prodige de l’athlétisme suisse récemment médaillé de bronze aux Mondiaux d’Eugene (Etats-Unis). Il connaît son tempérament: «Lors d’un concours disputé à Schaffhouse, il avait balancé une chaise en l’air après avoir manqué un saut. J’avais été choqué sur le moment. Mais, aujourd’hui, je me rends compte que c’est grâce à son caractère qu’il est arrivé là où il en est». En 2017, lors des Championnats d’Europe juniors de décathlon à Grosseto, en Italie, furieux d’avoir raté son concours, Simon Ehammer avait décidé de s’en aller avant la dixième épreuve, le 1500 mètres. Il avait fallu un appel de sa mère pour le persuader d’aller jusqu’au bout. «J’étais tellement déçu de ce que j’avais fait», avait-il expliqué ensuite.

    «Ce qui me frappe chez lui, c’est ce mélange de sympathie et d’assurance. Il est gonflé, mais sympa. Il n’a peur de rien ni de personne», racontait récemment Michel Herren, du site athle.ch. Patron du meeting lausannois Athletissima, Jacky Delapierre est aussi sous le charme: «Malgré son ambition et son potentiel hors norme, Simon ne se prend pas le chou, il reste décontracté.»

    Dans un sport de plus en plus spécialisé, l’Appenzellois de 80 kilos pour 1,84 mètre sait tout faire ou presque. Il figure dans l’élite mondiale aussi bien en longueur qu’en décathlon, épreuve dont il est l’un des grands favoris aux Championnats d’Europe qui ont lieu en ce moment à Munich. A Eugene, il est devenu le premier Suisse à remporter une médaille lors de Mondiaux depuis Viktor Röthlin en marathon il y a sept ans. «Cela me remplit de bonheur. Je suis heureux d’avoir pu écrire l’histoire de l’athlétisme suisse», déclarait-il après son exploit.

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    Des records et un avenir

    En mars, il a été sacré vice-champion du monde de décathlon en salle derrière le Canadien Damian Warner, champion olympique en titre. Puis, en mai, lors du décathlon de Götzis en Autriche, il a battu les records suisses de la discipline avec 8377 points et du saut en longueur avec un bond à 8,45 mètres – la meilleure performance mondiale de l’année. «Il est à l’aube d’une toute grande carrière», assure Frédy Auberson. 

    Sa vitesse naturelle constitue son principal atout. Il vaut 10,46 secondes sur 100 mètres, 13,48 sur 110 mètres haies et 47,27 sur 400 mètres, soit une seconde de mieux que la plupart des autres décathloniens. «C’est lors de la première journée d’un décathlon, où sont concentrées ces disciplines et la longueur, que Simon est le plus redoutable, analyse le Valaisan Flavien Antille, triple champion suisse. Il est moins à l’aise lors de la deuxième journée qui comprend les lancers – javelot et disque – et le 1500 mètres, l’endurance n’ayant jamais été son point fort.» Comment s’améliorer? En corrigeant ses points faibles ou en privilégiant ses points forts? Flavien Antillle a toujours choisi la deuxième option: «L’entraînement d’un décathlonien étant déjà éprouvant, le plus important est d’avoir du plaisir, de ne pas se prendre la tête avec ce qui marche moins bien. C’est, je crois, la philosophie de Simon. Comme il occupe souvent la tête à la fin de la première journée, cela booste son moral». C’est aussi grâce à la vitesse, selon Frédy Auberson, que l’Appenzellois saute aussi loin. «Il part comme un sprinter, puis il a une réactivité du pied exceptionnelle sur la planche.» Sa technique, selon l’expert genevois, est aussi simple qu’efficace. «Au lieu de faire des doubles ciseaux comme d’autres, Simon saute en extension, en ramenant ses jambes à la hauteur de sa poitrine, quasi à l’horizontale. Certains se demandent comment il peut sauter aussi loin avec une technique aussi basique. Mais de plus en plus de jeunes l’imitent.»

    Figure de proue

    Né le 7 février 2000 à Stein (AR), Simon Ehammer a fait du football et de l’athlétisme durant son enfance sans survoler ses adversaires: «J’étais plutôt petit. Je n’ai commencé à connaître un certain succès que vers l’âge de 15 ans». Il conserve aujourd’hui les entraîneurs de son adolescence, les frères René et Karl Wyler. Ce dernier dirige aussi la classe de sport-études où le jeune Simon a passé sa maturité. «A son entrée, il ne remplissait pas tous les critères, mais je l’ai accepté à l’intuition: il était aussi cool qu’ambitieux.»

    Le médaillé d’Eugene est la tête d’affiche d’un athlétisme suisse qui n’a jamais connu de période aussi faste. En dehors de la médaille de Simon Ehammer, sept autres Suisses ont atteint des finales aux Etats-Unis, du jamais-vu. Avant cela, il y a eu la médaille de bronze de Mujinga Kambundji sur 200 mètres aux Mondiaux de Doha en 2019, la 4e place du relais 4x100 mètres féminin aux Jeux olympiques de Tokyo et, ce printemps, la médaille d’argent du Vaudois Loïc Gasch en saut en hauteur aux Mondiaux en salle de Belgrade. Et la relève est là: pas moins de 31 Suisses – un record – ont pris part au début de ce mois aux Mondiaux juniors de Cali en Colombie. Jacky Delapierre ne cache pas sa fierté: «De nombreux spécialistes se demandent comment un si petit pays peut posséder autant d’athlètes de haut niveau dans un sport aussi universel. Les structures mises en place en vue des Européens de Zurich en 2014 continuent à porter leurs fruits».

    Simon Ehammer a déjà le regard fixé sur les Jeux de Paris en 2024. «Désormais, je suis entré dans le cycle olympique, disait-il à Eugene. Je dois considérer chaque expérience comme une étape vers les JO.» Et Flavien Antille d’ajouter: «Il aura 28 ans aux Jeux de Los Angeles en 2028. C’est l’âge idéal pour un décathlonien».

    Bertrand Monnard

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