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Soirée ouvrière, camarade!

Les femmes ont joué un rôle important dans la lutte ouvrière. Les femmes ont joué un rôle important dans la lutte ouvrière. Arte

Pas de cortèges du 1er mai cette année pour les travailleurs. A la place, Arte propose un voyage dans l’Europe ouvrière du 18e siècle à nos jours.

Les humains ont du cœur. Ils peuvent être généreux. Et solidaires! Regardez comment tout le monde applaudit sur les balcons le soir pour soutenir le personnel médical, les petites mains des grandes surfaces et les nettoyeurs… A force d’entendre ces applaudissements, on en viendrait presque à se demander si le soutien massif et soudain aux professions les plus dévalorisées ne cache pas un malaise profond de la société.

Si le Covid-19 révèle (parfois) le meil­leur, il met en tout cas immanquablement à nu toutes les inégalités, rappelant à quel point des pans entiers de la société sont vulnérables et dépendants du système économique dominant, en Suisse comme ailleurs. «Si on dit que la classe ouvrière a disparu, l’exploitation, elle, existe toujours, rappelle Stan Neumann. Le problème, c’est qu’on en a moins conscience et que les moyens de la combattre ont de ce fait diminué.»

Trois siècles de lutte

Dans Le temps des ouvriers, le cinéaste français de 71 ans rappelle ce que les travailleurs européens doivent aux damnés de la terre, qui ont lutté trois siècles durant pour obtenir des droits. «La nature du travail a changé, estime Stan Neumann dans un interview. L’atomisation et l'individualisation ont détruit les anciennes solidarités, l'ancienne culture ouvrière; du moins ses aspects les plus visibles. Car elle continue d’irriguer souterrainement notre conception du ‘vivre-ensemble’.»

Sa série documentaire, racontée par le chanteur Bernard Lavilliers, est diffusée d’une traite par Arte. A travers quatre épisodes d’une heure, elle revisite le luddisme anglais, les révolutions françaises de 1830 à la Commune, le Front populaire, l'auto­gestion ouvrière pendant la guerre civile espagnole et, bien sûr, 1968.

Tout au long de son récit, le réalisateur donne la parole à des ouvriers d’aujourd’hui et fait appel à l’éclairage d’une douzaine d’intellectuels dont Jacques Rancière et Xavier Vigna. Il évoque aussi certains aspects moins connus de l’histoire. On apprend par exemple que pour Marx, convaincu de la supériorité du prolétariat allemand, l’échec de la Commune de Paris avait un côté positif, «car le centre de gravité du mouvement ouvrier européen allait se déplacer vers l'Allemagne». La vérité, estime le cinéaste, est toujours un peu plus complexe que les images d’Epinal, «lesquelles, bien sûr, deviennent à leur tour partie prenante de l'histoire, comme images agissantes».

Cédric Reichenbach

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