Dans les musées ce printemps

L’an dernier, l’incertitude planait sur les musées. Cette année, les fermetures ne semblent plus à l’ordre du jour et les programmes sont bien arrêtés. Voici donc ce qu’on devrait voir d’intéressant en Suisse et en Europe dans la première moitié de 2022.

26A EM02Premier constat même si on le sait depuis longtemps: la Suisse n’a pas à rougir de ce qu’elle propose dans ses musées et ses galeries. La pandémie a montré à quel point les institutions helvétiques savent rebondir en dépit des difficultés. En comparaison avec les pays voisins, aux programmes souvent peu lisibles, cette réactivité est un bon point de plus à mettre au crédit de l’offre muséale d’ici. Une preuve de la richesse, de la diversité et de la solidité (osons le mot!) qui se vérifie dans les expositions prévues dans les mois qui viennent. On commence par voir les choses en technicolor avec une rétrospective sur Georgia O’Keeffe chez Beyeler (ouverture des portes le 23 janvier); passée par le Centre Pompidou, elle mettra en lumière une artiste phare de l’art moderne américain encore assez peu connue en Europe avec ses paysages désertiques du Nouveau-Mexique aux formes érotiques. Une autre grande première concerne Gabriele Münter, une remarquable expressionniste du Blaue Reiter montrée par le Zentrum Paul Klee à Berne (29.01). Deux événements qu’on ne manquera pour rien au monde!

SUISSE ROMANDE

Une semaine avant, l’Hermitage dévoilera les trésors de la Fondation des Treilles (avant le néo-impressionniste Achille Laugé fin juin); basée à Tourtour, dans le Var, elle amènera sur les hauts de Lausanne des chefs-d’oeuvre de Braque, d’Alberto Giacometti et de Fernand Léger collectionnés par Anne Gruner Schlumberger. Au bord du lac, le Musée d’art de Pully se basera lui aussi sur une collection privée, mais suisse, pour parler de la Belle Epoque et de l’Art Nouveau.

A Genève, toujours dès fin janvier, le Musée d’art et d’histoire (MAH) proposera sa deuxième «carte blanche» en conviant Jean-Hubert Martin; cet historien de l’art revisitera la collection d’un musée dont on se demande quel est le destin: patrimonial, contemporain ou fourre-tout? Peut-être se consolera-t-on avec l’accrochage Surimono, sur les estampes japonaises, qui démarrera plus tard (18mars)? Espérons!

En plus de la finalisation du quartier muséal Plateforme 10 (voir ci-contre), le Musée cantonal des beaux-arts (MCBA) risque fort de remporter le match Genève vs Lausanne avec Résister, encore (lancement le 18 février). Un thème accrocheur, tout comme celui sur le train qui convoquera Edward Hopper et Giorgio De Chirico au même moment, à partir du 17 juin, où Gustave Buchet aura sa rétro méritée, cet artiste vaudois ayant joué un beau rôle entre cubisme, futurisme et purisme durant l’entre-deux-guerres.

Non loin de là, le Musée Jenisch, à Vevey, soufflera ses 125 ans en 2022. On y verra notamment un tir groupé d’expositions démarrant le 8 avril: Art cruel, les Chemins détournés de Pietro Sarto, de l’Atelier de Saint-Prex, et un Oskar Kokoschka vu comme un Grand voyageur. Au Musée d’art et d’histoire de Neuchâtel, il s’agira de ne pas rater la rétrospective, qui a déjà démarré, sur le cinéaste et photographe Henry Brandt, l’auteur inoubliable de Quand nous étions petits enfants et de Chronique de la planète bleue (jusqu’au 29mai). Et n’oublions pas les propositions photographiques du musée des beaux-arts du Locle avec The New Black Vanguard ou quand les frontières entre l’art et lamode se brouillent (5 février).

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DE BERNE À DAVOS

A Berne, le Kunstmuseum se retourne sur deux artistes suisses contemporains: Jean-Frédéric Schnyder (4 fév.), qui sera aussi exposé à la Kunsthalle; tandis qu’il n’y en aura pas que pour les Bodyshells de la période américaine, années 1960-1970, d’Heidi Bucher (8 avril). Au musée des beaux-arts bernois, on aura encore le temps d’apprécier les nabis de la collection Hanholser/Jaeggli (dès le 13 mai); leurs Bonnard, Vuillard et Vallotton retourneront ensuite à la délicieuse Villa Flora, à Winterthur, où le Kunstmuseum proposera une Italie entre nostalgie et tourisme de masse (pour le 12mars). Le Kunsthaus de Zurich, l’extension de David Chipperfield et ses nouvelles surfaces d’exposition hébergeant la collection Bührle, discutée, accueilleront Yoko Ono en mars, les esquisses de Rudolf Koller en mai et Fellini en juin. Mais c’est le Rietberg qui donne bien plus envie avec la question de la figuration dans l’islam et le christianisme, un sujet épineux abordé dès le 4 février.

Et dans les musées dont on parle moins? L’Aargauer Kunsthaus, qui sait se singulariser, propose Nicole Eisenman (fin janvier) avant de regarder de plus près sa propre collection (mi-mai). Le Musée des Beaux-Arts de Soleure s’interroge sur «la netteté du flou» d’ici trois semaines: y verra-t-on plus clair? Le Kirchner Museum, à Davos, aborde précisément «le mythe de Davos» par le double flanc de la peinture expressionniste et de la littérature grâce à La Montagne magique de Thomas Mann, un sujet très helvétique sinon mythique (jusqu’au 30 octobre, l’accrochage est déjà visible).

PICASSO VERSUS LE GRECO

Le Kunstmuseumde Saint-Gall questionnera l’amour parfait à partir de Pâques. Celui de Lucerne se prépare pour une grande expo consacrée à David Hockney (pour l’été). Avant cela, on aura le temps d’aller à Bâle pour vérifier que l’essentiel s’y passe. Art Basel a déjà ses dates, du 16 au 19 juin. Après avoir laissé à Jenny Holzer le soin de concevoir un hommage à Louise Bourgeois (dès le 19 février), c’est au seuil de l’été que le Kunstmuseum présentera un duel de titans entre Picasso et Le Greco. C’est à ce moment-là que la Fondation Gianadda devrait lancer sa grande exposition estivale. Hélas, rien n’est pour l’heure annoncé. Un signe d’inquiétude au milieu d’une mer de propositions alléchantes. Soyons donc positifs.

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Plateforme 10 en juin

Le 15 juin 2022, le bâtiment qui abrite le MUDAC (design et arts appliqués) et l’Elysée (photographie) sera officiellement inauguré. Le public a déjà pu visiter le chantier en juin. L’enthousiasme est grand, et pas seulement dans le canton de Vaud. Pour la région lémanique et la Suisse, c’est une excellente nouvelle en termes de culture, d’attractivité et de vie urbaine: sera alors concrétisé le projet Plateforme 10, le nouveau quartier des arts, sis à un jet de pierre de la gare de Lausanne qui, elle, commence ses propres chantiers. Le MCBA, inauguré en 2019, sera désormais flanqué de deux musées dynamiques proposant un éventail d’expositions allant des beaux-arts à la photo en passant par le design. Ce sera complet. Et complémentaire. Après le Bündner Kunstmuseum à Coire, le Zentrum Paul Klee à Berne, l’extension du Kunsthaus de Zurich et bientôt celle de Beyeler avec l’architecte grison Peter Zumthor, qui a conçu les thermes de Vals, Lausanne se distingue, laissant à Genève le triste bonnet d’âne du pays.

TK

 

L’offre de Paris

27A EM02Début mars, Paris propose «un printemps finlandais » avec Akseli Gallen-Kallela, qui sut si bien représenter le Kalevala, l’épopée nationale des anciens Finnois (musée Jacquemart-André), pendant que les lumières d’Albert Edelfelt illuminent le Petit Palais. Un peu plus tard, cette excellente adresse fera toute sa place au Ferrarais Giovanni Boldini, dont les portraits d’élégantes sont une des plus belles réussites de la Belle Epoque. Une première française qu’on n’osait plus espérer!

MODE ET PEINTURES

En février, James McNeill Whistler vient à Orsay en provenance de la prestigieuse collection newyorkaise Frick avant que l’Orangerie ne s’intéresse à la fibre décorative des impressionnistes. Si Le Louvre ouvre une fenêtre étonnante sur les primitifs portugais (juin) – existe-t-il un Giotto lusophone? –, il se joint à cinq institutions parisiennes prestigieuses pour un Yves Saint Laurent aux musées, un événement qui durera quatre mois (dès fin janvier). Beaubourg prépare une exposition monstre sur la Nouvelle Objectivité allemande (mai) alors que le musée du Luxembourg s’apprête à revisiter les années folles à travers le prisme féminin (mars).

TK

 

De Londres à Rome

28B EM02La rétro Raphaël de la National Gallery (révélation à Pâques) se profile comme le grand rattrapage de l’événement romain gâché en 2020 à cause de la Covid. La Tate Modern propose jusqu’en avril l’art des Britanniques originaires des Caraïbes avant un Walter Sickert voué à aimanter les fous de Degas. Quant au British Museum, il consacre une longue exposition au monde de Stonehenge (dès février).

LE MYSTÈRE VREL, LE GÉNIE DE DONATELLO

Filons ensuite pour Munich où l’Alte Pinakothek se penche sur une énigme, le fascinant Jacobus Vrel, parfois confondu avec Vermeer (jusqu’en juin). La documenta de Kassel, qui se tient tous les cinq ans, débute le 18 juin. Et Vienne là-dedans? Le Leopold Museum célèbre la gloire de la capitale des Habsbourg époque 1900 (mi-mars). Séjournons enfin dans le Bel paese. Au Palazzo Reale de Milan, avant Titien et l’image de la femme (février), on peut apprécier la peinture italienne de l’entre-deux-guerres avec son «retour à l’ordre» et ses louvoiements avec le fascisme (jusqu’au 27.02). Le Museo du Novecento consacre jusqu’à fin mars une grande expo à Mario Sironi, un des représentants emblématiques de cette période aussi créative qu’ambiguë sur laquelle le MASI de Lugano se penchera fin mai. Le palais Strozzi à Florence fait un triomphe à Donatello, un des génies de la Renaissance (mi-mars). A Rome, la Galerie Borghèse présente le classicisme du Bolognais Guido Reni entre nature et sacré (février). Enfin, la Biennale de Venise débutera le 23 avril peu après que la collection Peggy Guggenheim aura jeté son dévolu sur la magie du surréalisme. En gondole!

TK

 

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L’art brut en Suisse

Des deux côtés de la Sarine, plusieurs expositions valorisent les créateurs d’art brut. A Bâle, le Musée Tinguely expose leurs écrits. A Lausanne, le MCBA se focalise sur Aloïse Corbaz. A Martigny, la Fondation Gianadda traite de Bernard Dubuffet, inventeur du terme d’art brut.


Bonnard à Grenoble

Le musée de Grenoble, en partenariat avec Orsay, propose une très belle et convaincante exposition sur Pierre Bonnard (1867-1947). Bien mieux qu’une rétrospective en long et en large, l’accrochage livre des clefs pour percevoir la sensibilité d’un artiste singulier. Avec une précision exhaustive.


La lumière dans la nuit

Cet ouvrage sur Georges de La Tour (1593-1652) est sans contredit le plus complet à ce jour. Grâce à l’excellence des reproductions pleine page, il est aussi le plus beau qui ait jamais été publié sur ce peintre lorrain du 17e siècle, un immense caravagesque!

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