500 ans de Longeborgne (VS)

Frère François, ermite (le 3e depuis la gauche), est entouré par des membres des Amis de Longeborgne. Frère François, ermite (le 3e depuis la gauche), est entouré par des membres des Amis de Longeborgne.

A quinze minutes à pied de Bramois (VS), un petit havre de paix à flanc de rocher abrite des communautés et des ermites depuis 500 ans. Visite de l’ermitage de Longeborgne habité à l’année par un frère bénédictin entouré de Bramoisiens engagés attachés au lieu.

33A EM01«Suivez le chemin de croix, je viens vous chercher.» Sous un beau ciel bleu et son soleil de midi, je m’engage sur le sentier enneigé qui monte jusqu’à l’ermitage de Longeborgne. Après quelques mètres, je rencontre un homme priant à genoux devant une station, un chapelet à la main. Plus loin je trouve, comme convenu, Mary Laurence Micheloud; nous repartons toutes deux vers les hauteurs. Le chemin zigzague pressé contre le rocher; le chant de la Borgne l’accompagne. Au sol, de la sciure. «Ce sont les bénévoles de Longeborgne qui l’ont déposée pour faciliter la montée», explique la quinquagénaire qui anime les messes à l’ermitage depuis plus de dix ans. Pour le 500e anniversaire du lieu, elle a réalisé un calendrier avec des photos du site et des environs pour le faire connaître. «Je tenais aussi à offrir un souvenir aux personnes trop âgées pour se rendre sur place», explique-t-elle.

Pour accéder à l’ermitage, il faut passer par une entrée décorée pour l’Année de la miséricorde avec l’inscription: «Une porte est ouverte, notre coeur plus encore». En contrebas, des vignes blanchies par la neige; du côté du rocher, un petit complexe avec plusieurs espaces se distingue de la pierre où il est en partie creusé. Mary Laurence pénètre dans la chapelle, consacrée à Notre-Dame de Compassion, patronne de l’ermitage. Relié à celle-ci, un autre lieu de prière est dédié à saint Antoine de Padoue. Les chapelles ont été classées monuments historiques en 1981. Leurs parois sont recouvertes d’ex-voto, ces tableaux offerts en remerciement pour un voeu exaucé ou une grâce obtenue. En tout, 185 ex-voto, le plus ancien peint en 1662, ont été déposés à Longeborgne – c’est la plus grande collection du Valais. «Elle compte ceux d’artistes de renom comme les Ritz, Dallèves, Olsommer et Menge», précise fièrement Mary Laurence.

GARDIEN À L’ÉCOUTE

Ce lieu, habité depuis 1522 (voir encadré), est réputé pour accueillir des pèlerins qui ont des difficultés à avoir des enfants. «Dans ces chapelles, des mamans et des grands-mamans sont venues prier pour leurs enfants. Ici, je me sens reliée à mes ancêtres», partage Christine Emery qui dirige un groupe de chanteurs lors des célébrations du carême et aux fêtes mariales. Elle est l’un des cinq membres des Amis de Longeborgne qui me reçoivent à l’heure du café et du digestif dans la salle àmanger de l’ermitage parfumée à l’odeur d’une fondue fraîchement dégustée. «L’ermitage est un lieu de prière où l’on peut déposer ses soucis et ses fardeaux. Après la messe, je viens souvent prendre un café ici avec Frère François, toujours très à l’écoute», ajoute-t-elle avec un regard bienveillant en direction du frère bénédictin, attablé lui aussi.

A 83 ans, il est le gardien, responsable d’une communauté dont il est actuellement le seul représentant à l’ermitage. «Mon rôle est d’accueillir les personnes qui cherchent à rencontrer un prêtre ou à recevoir les sacrements. Je célèbre la messe tous les jours. Certains pèlerins viennent régulièrement, d’autres sonnent à la porte en cas de besoin ou en quête d’espoir ou de pardon. » Originaire des Franches-Montagnes («J’ai du sang de cheval dans les jambes!»), Frère François Huot ajoute: «Je n’ai pas choisi d’être ici. J’ai été envoyé ici il y a 19 ans pour aider deux confrères du même monastère bénédictin implanté au Bouveret ».

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«C’est une grâce du lieu: se rendre accessible à tous.»Frère François est épaulé par l’abbé Joël Pralong, mis à disposition par le diocèse pour remplacer le gardien deux fois par semaine. Historien spécialiste du Moyen Âge, le bénédictin ne craint pas la solitude. Elle est toute relative, comme il l’explique avec humour: «Je suis ermite la nuit, quand je dors. Le jour, c’est difficile de trouver du temps, car je dois répondre au téléphone et aux e-mails, cuisiner, préparer les liturgies, etc. Mais c’est une grâce du lieu: se rendre accessible et être à l’écoute de tous».

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PROMESSE

Cette après-midi, c’est la tablée de bénévoles qui écoute l’octogénaire en silence. «S’ils n’étaient pas là pour me donner un coup de main, je serais mort depuis longtemps», lance Frère François, faisant sourire ceux qui l’entourent. Et tapotant deux grosses boîtes de chocolat: «A l’approche des fêtes, je suis gâté». Comptant 852 membres, l’association des Amis de Longeborgne a été créée en 1996 pour sauver les ex-voto. Ses affiliés donnent de leur temps, travaillant au jardin ou à l’entretien des chemins, et versent une cotisation pour restaurer le site. Chacun a ses raisons de s’engager. Membre du comité, Jean-Claude Balet y venait enfant avec ses parents en «petit pèlerinage». Chef de chantier au service des monuments historiques et archéologie, il participe aux travaux sur le site depuis une quarantaine d’années. «Quand tu t’occupes des travaux, tu fais automatiquement partie du comité», s’exclame-t-il en plaisantant. «Avie!», rebondit son voisin. Pour Jean-Marc Ambord, président des Amis de Longeborgne, l’attachement est double: «En 1968, j’étais servant de messe ici. Puis, bien plus tard, alors que ma femme était gravement malade, j’ai promis de faire quelque chose pour ce lieu si elle s’en sortait. J’ai tenu parole».

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COMPLEXE TROGLODYTIQUE

Le Valaisan a proposé de replanter 1500m2 de vigne. «Une douzaine d’habitants du village la travaillent bénévolement. On se donne parfois rendez-vous à 8h du matin en semaine», nous apprend-il. Si autrefois le vin était élaboré sur place, c’est aujourd’hui une cave de Bramois qui vinifie les récoltes.

34A EM01«Dans

ce complexe troglodytique, des communautés vivaient presque en autarcie avec leurs vignes, leurs ruches, leur potager et leur volaille», raconte Raphaël Marclay, président du comité du 500e, en marchant entre les plantations et la falaise. C’est qu’en plus des chapelles appréciées des visiteurs, ces Bramoisiens connaissent Longeborgne dans ses moindres recoins. Qu’ils me font découvrir. «Au Moyen Âge, ces grottes naturelles, où ont été aménagées les chapelles et une partie de l’habitat des ermites, servaient de refuge aux habitants de Bramois en cas de conflit. Ils pouvaient y entreposer leurs biens», poursuit Jacques Emery, secrétaire des Amis de Longeborgne.

Nous entrons dans une de ces excavations où se dressent un autel poussiéreux et des bancs en bois. Sur le côté, un prie-Dieu et un matelas à même le sol en pierre. «C’est là que dormait le Père Hugues, bénédictin belge qui vécut en ermite ici de 1945 à sa mort vingt ans plus tard», précise Jean-Marc Ambord. Un escalier nous conduit jusqu’à une galerie d’arcades à la hauteur du clocher datant de 1954. Jean-Claude Balet sait lire dans les murs et les décombres de ces pièces modifiées au cours du 19e siècle. «Nous aimerions redonner vie à ces espaces en réaménageant des chambres », explique le chef de chantier. Des travaux ont déjà permis de remettre à neuf l’habitat de Frère François qui comprend une chambre, une cuisine, une salle de bains, un bureau, une salle d’accueil et un magasin.

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À L’ÉCART

«Ce lieu est différent d’une église ou d’une abbaye, relève Jacques Emery. A l’écart des institutions, il reçoit des marginaux et des personnes qui peuvent se sentir rejetées par l’Eglise, comme les divorcés. Et d’autres, parce qu’ici on dit la messe face au bon Dieu, pas face au peuple». La Covid-19 n’a pas arrêté les visiteurs, au contraire. «On n’a jamais vendu autant de bougies que lors du semi-confinement d’avril 2020. Les gens ont besoin de se ressourcer», constate le secrétaire de l’association. Le site vit essentiellement de dons privés, de la vente de lumignons et des cotisations des bénévoles.

A côté de lui, Frère François sourit: «Les gens viennent avec leurs préoccupations: mon rôle est d’essayer d’apporter paix et espoir. Je me demande: ‘Qu’est-ce que Dieu aimerait dire à cette personne?’ Pour ma part, je ne me soucie pas de l’avenir et me contente de faire ce que le Seigneur me demande aujourd’hui», conclut-il avant d’aller regarder en ligne les résultats des épreuves de ski alpin. Et de s’exclamer joyeusement: «Marco Odermatt a gagné!».

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Histoire à découvrir

Le 15 juin 1522, une communauté franciscaine fonde l’ermitage de Longeborgne; sept frères prennent possession des lieux qui comprennent un oratoire dédié à Notre-Dame de Compassion. Au milieu du 17e siècle, le site est habité par des ermites laïcs; de 1907 à 1919 par des capucins; enfin arrivent deux Pères bénédictins de l’abbaye de Maredsous, en Belgique. La Fondation et l’association des Amis de Longeborgne veulent profiter du 500e anniversaire de l’ermitage pour le faire connaître et élargir le cercle des donateurs. Un guide artistique et historique sur Longeborgne sera imprimé à 26’000 exemplaires et diffusé en Suisse. Un ouvrage avec des récits de pèlerins, les étapes de la construction ainsi que des informations sur la géologie, la faune et la flore, préfacé par Frère François Huot. Un vernissage se déroulera le 15 juin 2022, puis une fête le dimanche suivant sur place: messe, raclette, musique et visites guidées attendent les pèlerins du 500e.

PrC 

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