Lutte anti-bruit

Lausanne et d’autres villes testent depuis des années la réduction de la vitesse durant la nuit pour combattre le bruit. Lausanne et d’autres villes testent depuis des années la réduction de la vitesse durant la nuit pour combattre le bruit.

Il suffit d’un scooter pour réveiller des milliers de personnes. En Suisse, le bruit routier est devenu un problème de santé publique. Deux méthodes de lutte sont envisagées: vitesse à 30 km/h et radars intelligents. Explications.

Comme durant la Grande Guerre, où les poilus pouvaient identifier un obus à son sifflement, certains citadins finissent par reconnaître les véhicules les plus bruyants. Parmi les bolides dont le vacarme ulcère une partie des habitants des villes et qui peuvent provoquer chez eux une hausse des battements du coeur et de la pression: le fameux scooter T Max. Les conducteurs de ce véhicule de la marque japonaise Yamaha maximisent le bruit de trois façons: en utilisant un pot non réglementaire, en ouvrant la valve «sport» de leur véhicule et en moulinant la poignée des gaz plusieurs fois lorsqu’ils accélèrent. L’effet est brutal. Et peut, selon le parcours et la distance parcourue, déranger ou réveiller des milliers de personnes.

1000 FRANCS D’AMENDE

En 2019, l’étude SiRENE a démontré qu’environ un quart de la population suisse vit dans des zones où la valeur limite de bruit du trafic routier, ferroviaire et aérien est systématiquement dépassée. Les coûts de la santé liés à ce problème sont estimés à 2,6 milliards de francs.

Le semi-confinement a accru la sensibilité au bruit.Les récentes périodes de semi-confinement, silencieuses par nature, ont accru la sensibilité de la population au bruit. La police, qui prend le phénomène très au sérieux, n’hésite pas à médiatiser ses opérations de lutte contre le vacarme routier. Lors d’une action menée fin octobre à l’entrée du pont du Mont-Blanc à Genève, le conducteur d’un scooter doté d’un pot d’échappement non homologué a reçu 1000 francs d’amende. La police du bout du lac a mené 160 opérations qui, de janvier à octobre, ont entraîné 277 contraventions liées au bruit.

En juin, dans les communes de Lausanne, Crissier, Prilly, Lutry et dans la région de Morges, 24 véhicules ont été acheminés au Service des automobiles pour un contrôle et 21 ont été déclarés non conformes. «Ces dernières années, les forces de police ont redoublé d’efforts pour lutter contre le tapage nocturne, mais la police manque souvent des ressources humaines nécessaires», résume la conseillère nationale socialiste argovienne Gabriela Suter, qui préside la Ligue suisse contre le bruit.

Les habitants, eux non plus, n’acceptent plus de se laisser casser les oreilles. Aux Charmilles (GE), une pétition a été déposée auprès de la Ville pour demander un ralentissement de la vitesse à 30 km/h. D’autres quartiers ont participé à une consultation mise en place par l’Etat pour diminuer le bruit sur des axes situés à proximité d’habitations.

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CESSEZ CE VACARME!

19A EM01Pour réduire le vacarme, ce qui est une obligation légale, les cantons et les communes ont recours à deux méthodes: la pose de revêtements phono-absorbants et la limitation de la vitesse. La première mesure est inopérante face aux véhicules bruyants. En revanche, «le passage à 30 km/h, comme celui mis en place à Lausanne durant la nuit, est une mesure facile, peu coûteuse et efficace», estime Caroline Marti, députée socialiste et présidente de la section genevoise de l’Association transports et environnement (ATE). Une autre piste explorée par les autorités est celle des radars intelligents. Comme ceux de Lorin Voutat, directeur de Securaxis, start-up romande qui travaille sur la production d’un radar antibruit intelligent. Déjà mandatée pour effectuer des mesures sur des axes où la vitesse a été limitée à Genève et à Fribourg, son entreprise cherche à homologuer et à produire un radar intelligent en collaboration avec l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) et la Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève.

Ce système devrait permettre de flasher un véhicule bruyant sur la base d’une mesure instantanée de l’émission de ses décibels. «Les lois nécessaires doivent être rapidement adoptées au niveau fédéral», commente Gabriela Suter qui précise que des radars antibruit flashant et verbalisant les contrevenants sont à l’essai en France depuis l’automne dans cinq villes et que la police taïwanaise utilise des appareils de ce type depuis le début de l’année.

MINORITÉ DE CHAUFFARDS

En avril, la Ligue suisse contre le bruit a présenté plus de 17’000 signatures à la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga, cheffe du Département de l’environnement, des transports de l’énergie et de la communication. «Notre pétition a augmenté la pression sur le Parlement», assure Gabriela Suter. En juin, une motion de la Commission de l’environnement, de l’aménagement du territoire et de l’énergie a également été transmise au Conseil fédéral. Celui-ci doit maintenant élaborer un paquet de mesures, dont des interdictions de circuler sur certains tronçons pour les véhicules trop bruyants et la mise en place de radars anti-bruit. «Le gouvernement doit agir efficacement contre les véhicules modifiés illégalement et sanctionner plus fortement les conducteurs, jusqu’au retrait du permis de conduire», ajoute Gabriela Suter.

Caroline Marti rappelle aussi l’importance de l’homologation des véhicules: «Il faut revoir les critères sur le bruit légal». Dans le viseur de la présidente de l’ATE Genève: les clapets «sport» des scooters et autres gros cubes, mais aussi les systèmes d’amplification électronique du bruit qui permettent à un véhicule électrique de «produire le rugissement délicieux d’un gros moteur à essence» – dixit un fabricant.

Peut-on agir sur des normes européennes? «Oui, répond le directeur de Securaxis, Lorin Voutat. La Suisse pourrait interdire certains pots et clapets. » D’autant qu’une minorité de chauffards fait du bruit: des mesures réalisées sur une route de campagne genevoise par le Service de l’air, du bruit et des rayonnements non ionisants (SABRA) ont montré que seuls 3% des véhicules dépassaient le seuil de 80 décibels. Les motos tiennent le haut du pavé avec plus de 10% de véhicules trop bruyants pour cette catégorie.

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Stéphane Herzog

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