Noël au monastère

La communauté prie l’office du milieu du jour dans l’église. La communauté prie l’office du milieu du jour dans l’église.

Comment des religieuses célèbrent-elles Noël? Quel sens revêt cette fête pour elles? Pour le savoir, nous avons rencontré deux moniales dominicaines d’Estavayer-le-Lac (FR), Soeur Isabelle, archiviste, et Soeur Anne-Sophie, prieure. Noël? Nous en avons besoin tous les jours.

Noël approche. Que signifie cette fête pour vous?

10A EM51 52«A Noël, je prie spécialement pour ceux qui vivent des situations difficiles.»Soeur Isabelle: – Notre monde ne va pas très bien, il est plein de détresse, de misère. Souvent je dis au Seigneur: «Ecoute, on ne peut pas s’en sortir sans toi. Viens!». Jésus est venu il y a 2000 ans et cela a changé le cours du monde; il va revenir le 25 décembre et cela va changer quelque chose aussi. Les nuits de Noël ont d’ailleurs apporté beaucoup de grâces au cours de l’histoire: la conversion de Paul Claudel, la force que Thérèse de Lisieux avait perdue à la mort de sa mère qui lui est redonnée, le dialogue de Christian de Chergé à Tibhirine avec un chef musulman, la vocation du Père Antoine Chevrier, fondateur du Prado, à bâtir «une Eglise pauvre pour les pauvres». Je prie pour que Noël soit un temps de grâce et de conversion pour notre monde.

Ayant vécu trois ans seule aux Etats-Unis – je faisais de la recherche en biologie –, j’y ai passé trois Noëls particuliers. Après avoir entendu des chants de Noël pendant tout l’Avent dans les rues et les magasins, je me disais que je ne serais pas en famille pour la fête. La première année, j’étais toute seule; la deuxième, je me suis fait inviter; la troisième, j’ai invité des gens qui autrement auraient été seuls! A Noël, je prie donc spécialement pour ceux qui vivent des situations difficiles.

10B EM51 52Soeur Anne-Sophie, prieure: – Noël, c’est Dieu qui vient nous rejoindre dans notre humanité en respectant notre liberté. Un Dieu qui se fait si petit qu’il ne s’impose pas, nous invitant à la même délicatesse pour le percevoir. Cela, qui nous a été transmis par l’Eglise au long des siècles, me bouleverse de plus en plus. Et le sens de notre présence à nous, moniales, est d’inviter au recentrement et à l’écoute qui permettent de sentir la présence de Dieu.

Noël, Dieu qui vient en notre chair, cela change-t-il quelque chose pour vous?

SoeurAnne-Sophie: – Ça change tout! En revanche, Dieu ne suit pas toujours le calendrier liturgique... Souvent, on attend des grâces particulières au moment des fêtes; et elles ne viennent pas toujours à ces moments-là. Mais la venue de Dieu en notre chair, nous en avons besoin tous les jours!

Noël, c’est aussi la grâce de s’émerveiller – grâce particulière de l’enfance –, les illuminations, le temps des cadeaux et des crèches qui rend Dieu plus sensible au coeur. Tout le monde se laisse toucher, d’une manière ou d’une autre, par le temps de Noël avec un désir d’intimité, de chaleur humaine: autant de grâces annexes du mystère de l’Incarnation à ne pas mépriser.

Comment vivez-vous le temps de l’Avent et de Noël en communauté?

Soeur Anne-Sophie: – Nous avions une belle tradition: nous fermions les panneaux du triptyque le premier dimanche de l’Avent pour les rouvrir solennellement aux vigiles de Noël. Aujourd’hui ce n’est plus possible puisque le retable est protégé par une vitre. C’est vraiment dommage! Au 16e siècle, il était derrière l’autel et visible par la communauté et l’assemblée. Installé au fond de l’église, il est inséré cette année dans l’itinéraire des crèches, qui traverse la cité, ce qui permet aux gens de l’admirer.

Le 24 décembre à 23h, nous prions l’office des vigiles qui se termine par le Te Deum et la lecture de la généalogie du Christ dans saint Matthieu. Le célébrant prend l’Enfant Jésus et le dépose dans la crèche; les soeurs et les fidèles le suivent en procession avec des lumignons qu’ils installent devant la crèche. Puis vient la messe de minuit suivie d’une agape.

Soeur Isabelle, vous venez de publier un petit ouvrage intitulé La lectio divina pas à pas. Avec Abraham, le père des croyants. D’où vient-il?

Soeur Isabelle: –Après un week-end au monastère, un groupe de jeunes filles est resté pour vivre une lectio divina. Je me suis rendu compte qu’elles étaient un peu perdues. J’ai voulu leur donner des conseils pour mieux lire la Bible et se l’approprier, pour qu’elle leur soit une aide dans leur vie de tous les jours. Alors j’ai commencé à rédiger ce petit livre.

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Qu’est-ce que la lectio divina?

– C’est la lecture de l’Ecriture en présence de Dieu, un dialogue avec lui au travers de sa Parole. Celle-ci nourrit notre prière et nous accompagne tout au long de nos journées. Il s’agit d’écouter la Parole de Dieu et d’en méditer les résonances dans notre coeur.

Didactiques et simples, ces pages donnent envie de s’y mettre...

«Ce livre, c’est un peu un Guide du routard biblique. Ou une bouée de sauvetage.»– Je prends le lecteur par la main, je suis un compagnon de route pour un voyage à travers l’Ecriture. Ce livre, c’est un peu un Guide du routard biblique pour tous ceux qui ont envie de s’y mettre. Ou une bouée de sauvetage. Il peut aussi aider des personnes expérimentées à se renouveler dans leur lecture.

Il expose plusieurs méthodes et fournit des outils pour aborder la Bible, car c’est un texte vivant qui doit être interrogé pour révéler ses trésors. Ce n’est pas un livre à regarder de l’extérieur!

Vous présentez différentes manières d’approcher le texte biblique en les appliquant à l’histoire d’Abraham dans le livre de la Genèse. Une belle diversité...

– Chacun a sa manière d’aller à Dieu. Je propose plusieurs entrées dans le texte biblique, plusieurs façons d’entrer en dialogue avec lui. Chacun est invité à trouver la sienne et à s’y tenir s’il veut progresser. Au début, on peut en essayer quelques-unes et dès qu’on se sent bien dans l’une d’elles l’adopter.

On n’aborde pas la Bible de la même manière selon qu’on débute ou qu’on en est familier... Par où commencer?

– A un débutant, je conseillerais de commencer par les évangiles. Si on connaît déjà un peu la Bible, on peut la lire du début à la fin en ne se laissant pas arrêter par les livres les plus ardus, le Lévitique par exemple, qui ont peu de pertinence pour nous qui vivons au 21e siècle. Il ne faut pas les sauter pour autant: ils nous donnent une vue d’ensemble qui peut être fort utile. Mais il faut passer plus de temps là où nous avons plus de goût. L’essentiel est de trouver Dieu et ce qu’il veut nous dire à travers le texte.

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Quelles conditions requiert la pratique de la lectio divina?

– La lectio divina nous met en présence de Dieu et cela requiert un certain calme. Il faut trouver un lieu silencieux, une pièce appropriée; un temp spécifique, de 20 à 30 minutes au moins, qui permettra une certaine fidélité. Je recommande de lire à voix haute et de ne pas hésiter à copier, recopier, entourer des mots, les souligner, les colorier... La lectio divina est active: elle est une conversation avec Dieu au travers du texte biblique, elle a pour but de vous rapprocher de lui.

Quel texte choisir?

– Si vous êtes habitué à une traduction, gardez-la. La meilleure bible est celle que vous utilisez, celle dans laquelle vous vous sentez bien. Si vous pensez acheter une bible, je vous conseille la Traduction oecuménique de la Bible (TOB) ou la Bible de Jérusalem, fruits d’un travail sérieux, avec des introductions et des notes qui peuvent être précieuses. Et après, lancez-vous! Qu’il vous résiste ou vous inspire, le texte biblique vous surprendra toujours.

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13B EM51 52Soeur Isabelle Lepoutre, La lectio divina pas à pas. Avec Abraham, le père des croyants (Centre Saint Jean de la Croix, 154 pages).

 

Prêcher par sa vie

Isabelle Lepoutre naît à Draveil, en région parisienne, en 1967 d’un père du Nord et d’une mère pied-noir. Après des études de biologie à Lyon, elle travaille trois ans à Providence, aux Etats-Unis. Avant le Nouvel An 1990, lorsqu’un collègue prie pour elle, elle est touchée par cette parole de Jésus: «Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime» (Jn 15, 13). «Ça vaut le coup de s’y mettre, avec tous les gens qui désespèrent en ce monde!», se dit-elle.

UNE SPIRITUALITÉ OUVERTE

De retour en France, elle qui s’est éloignée de la foi à l’adolescence suit un jour son père, proche de la communauté du Chemin Neuf, à Paray-le-Monial, et elle est «très touchée» par une messe à la Visitation. Plus tard, dans un foyer du Chemin Neuf à Lyon, elle rencontre des étudiants chrétiens qui respirent la joie de vivre. «C’était à la fois curieux et enthousiasmant de les écouter chanter des chants de Noël dans un restoroute. J’ai alors entendu résonner en moi cette parole de l’Evangile: ‘C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que l’on reconnaîtra que vous êtes mes disciples’» (Jn 13, 35). Pourquoi les dominicaines? «Au moment de m’engager, je connaissais peu les ordres religieux, et la spiritualité dominicaine m’a plu parce qu’elle est très ouverte, qu’elle va un peu dans tous les sens. Nous sommes appelées à prêcher par notre vie, à faire retentir la Parole de Dieu dans nos mots humains et nos actes quotidiens. Ce que je m’efforce de faire.» Elle y réussit très bien, Soeur Isabelle, dans la simplicité et une joie communicative!

GdSC

  

Péripéties d’un triptyque

Le triptyque d’Estavayer-Blonay est commandé au début du 16e siècle au sculpteur Hans Geiler, originaire du Haut-Rhin mais installé à Fribourg, par une religieuse du monastère, Soeur Maurice de Blonay, entrée veuve et déjà âgée. Elle est aidée financièrement par son cousin, Claude d’Estavayer, évêque de Belley et abbé commendataire de Hautecombe. Elle mourra sans pouvoir admirer le retable, fabriqué en 1527 en bois de tilleul par Geiler et ses assistants.

Doré à la feuille d’or, il orne le maître-autel de l’église du monastère pendant près de deux siècles. En 1702, suite à la reconstruction de l’église, il est placé au fond, en face de la porte d’entrée. En 1882 la communauté, qui a besoin d’argent pour financer une nouvelle rénovation de la chapelle, le vend à un antiquaire de Lausanne pour une bouchée de pain. Il perd alors deux anges et la couronne de la Vierge. L’antiquaire le cède à la famille de Blonay qui le place dans son château de Grandson. En 1958, il est racheté par la fondation Gottfried Keller avec l’aide d’amis de la communauté. Il est complètement restauré et replacé dans la nef de l’église en 1961.

Avec les années et les variations d’humidité de l’édifice, le triptyque se dégrade à nouveau. A l’occasion de l’exposition Sculpture 1500 au Musée d’art et d’histoire de Fribourg, en 2011-2012, il fait l’objet d’une nouvelle restauration. La chapelle assainie, le retable est exposé dans une vitrine qui le préserve des variations de température et de l’humidité ambiante. Son retour, le 15 août 2020, est marqué par des vêpres solennelles, des discours des autorités et une agape.

NAISSANCE ET ADORATION

Dans le panneau central, Marie – patronne du monastère – est représentée comme la Vierge de l’Apocalypse, la lune sous les pieds, avec dans ses bras l’Enfant Jésus qui tient un globe dans une main et bénit de l’autre. A droite de Marie, saint Dominique serre le livre des évangiles contre sa poitrine et de lamain droite tient son bâton de pèlerin (manquant): c’est l’attitude du prédicateur parcourant le monde pour enseigner la Parole. A gauche de Marie, saint Thomas d’Aquin porte un ostensoir (disparu) et montre du doigt le Christ présent dans l’hostie. Le panneau de gauche est un haut-relief représentant la Nativité. Celui de droite décrit l’adoration des mages guidés par un ange.

GdSC

 

Savons et sticks

13A EM51 52Les moniales dominicaines sont 2450 réparties en 186 monastères dans 43 pays. Cette année, un monastère du Nigeria a été agrégé à l’ordre. Celui d’Estavayer-le-Lac a été fondé en 1316. Il compte aujourd’hui 11 moniales de 51 à 93 ans. Ses ressources proviennent de l’accueil de personnes ou de groupes pour des sessions ou des retraites au centre La Source – qui offre 40 places – et de la confection de savons et de sticks à lèvres maison. Les soeurs vendent aussi des bougies, des icônes, des chapelets et des livres.

GdSC

 

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