Engagement des Eglises en question

L’image de la bannière de l’église réformée Saint-Paul, à Berne, a fait le tour du pays à l’automne 2020. L’image de la bannière de l’église réformée Saint-Paul, à Berne, a fait le tour du pays à l’automne 2020.

La campagne pour l’initiative «Entreprises responsables» laisse des traces. L’implication des Eglises et les drapeaux sur les tours et clochers (EM47 2020) fâchent encore certains. Une table ronde à Berne le 2 décembre n’a pas permis de trouver un consensus.

«Opposé à l’initiative, je me suis demandé si j’étais un mauvais chrétien», explique un jeune protestant. «On parle de nous comme si nous ne pouvions pas réfléchir: je ne laisse pas mon intelligence hors de l’église», critique une femme plus âgée. Sur scène, la conseillère nationale Elisabeth Schneider-Schneiter (Le Centre, BL), «protestante et chrétienne convaincue», reproche aux Eglises leur «ton de missionnaires». «L’Eglise a été autoritaire», ajoute Matthias Müller, catholique engagé et président des Jeunes libéraux-radicaux Suisse. «C’est une question qui touche les coeurs», constate Mgr Felix Gmür, évêque de Bâle, à l’issue de la discussion, plus d’un an après le scrutin (voir encadré).

On ignore si le statut juridique particulier des Eglises et le droit qu’elles ont de percevoir un impôt dans certains cantons leur imposent d’être neutres. Le Tribunal fédéral ne s’est pas prononcé sur les recours contre les interventions des paroisses, les ayant déclarés «sans objet» après le rejet de l’initiative.

LEÇONS À TIRER

«La question n’est pas de savoir si nous avons le droit de prendre position, mais si cela fait sens», a estimé Mgr Gmür durant l’échange. Pas question pour lui de se prononcer sur des sujets de politique courante comme le port du masque, a-t-il illustré. Cela dit, si «l’Eglise n’est pas un parti, elle prend parti», a-t-il lancé à Matthias Müller selon qui l’Eglise doit se financer elle-même et non par le biais d’un impôt si elle entend se mêler de politique. «Lorsque le sujet touche la dignité de la vie humaine, la maison commune comme dit Laudato si’, la justice ou les personnes marginalisées, ça nous concerne», confiait-il plus tard à l’Echo Magazine.

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Il n’en demeure pas moins que des fidèles ont eu l’impression d’être de mauvais chrétiens en raison de leur vote négatif. Présidente de l’Eglise évangélique réformée de Suisse, Rita Famos leur a présenté des excuses. On peut apprendre de cette expérience, nous a-t-elle ensuite dit. Les pasteurs doivent réaliser que, lorsqu’ils s’expriment devant une assemblée, il n’est pas possible de répliquer. Et les banderoles sur les tours étaient peut-être de trop «parce que ces bâtiments ont une position dominante».

La pasteure souligne que politiciens et entrepreneurs ne s’opposent pas à tout engagement des Eglises. Mais quelle forme celui-ci doit-il prendre? «C’est une question de sagesse», répond Mgr Gmür en précisant que cela dépend aussi du thème. Il a reçu un certain nombre de courriers d’entrepreneurs mécontents. «Les entreprises qui paient un impôt ecclésiastique dans leur canton se sentent traitées injustement», confirme Rita Famos qui voit là l’explication de la forte polémique de l’automne dernier.

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L’initiative

Refusée par une majorité de cantons, l’initiative «Entreprises responsables – pour protéger l’être humain et l’environnement» avait échoué dans les urnes le 29 novembre 2020 malgré un vote populaire positif (50,7% de oui). Elle demandait que les entreprises ayant leur siège en Suisse, leurs filiales et sous-traitants respectent les droits humains et les normes environnementales internationales à l’étranger.

JeF

 

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