Reprise des marchés de Noël

Les habitants de la Riviera vaudoise se réjouissent de retourner au marché de Noël, mais les touristes sont moins nombreux cette année. Les habitants de la Riviera vaudoise se réjouissent de retourner au marché de Noël, mais les touristes sont moins nombreux cette année.

Après une année blanche, la saison des marchés de Noël bat son plein en Suisse romande. Et même si l’obligation de disposer du pass sanitaire pour accéder à certaines zones vient un peu gâcher la fête et accentuer la division, organisateurs et exposants ne boudent pas leur plaisir devant ce que certains qualifient même de «retour à la normale».

La fin de l’année 2020 avait été blanche, mais malheureusement pas forcément dans le sens qu’attendaient les marchés de Noël en Suisse... Ces incontournables manifestations commerciales, conviviales et festives avaient en effet été contraintes de passer leur tour à la suite des mesures sanitaires édictées par le Conseil fédéral alors que notre pays était au coeur de la deuxième vague de la pandémie de Covid-19. Cette année «renoue avec la normale », assènent nombre d’artisans sur les marchés de Noël comme ce couple croisé sur celui de Genève sans que l’on sache s’il pratiquait là la méthode Coué... Car derrière ce vernis d’optimisme, l’angoisse n’est jamais bien loin.

21A EM48 Yves cornaro«Elle est même journalière. On scrute les nouvelles chaque soir en priant pour que la pandémie ne s’aggrave pas au point que le Conseil fédéral nous oblige à fermer. Pour nous, ce serait un scénario catastrophe au regard duquel un généralisation du masque ne serait qu’un moindre mal», confesse Yves Cornaro, emblématique président et cofondateur de Montreux Noël. Né en 1995, le marché de la Riviera vaudoise est l’un des plus gros de Suisse. Il affichait 600’000 visiteurs, 170 exposants, 6,5 millions de francs de chiffre d’affaires et 35 millions de retombées en 2019, année de tous les records. Soit pas beaucoup moins que Bâle et Zurich, deux villes pourtant incomparablement plus grandes!

20 À 30% DE BAISSE

Cet hiver, jusqu’au 24 décembre, les exposants ne seront «que» 150 à Montreux histoire de ventiler leurs stands et de favoriser l’application des fameux gestes barrières et de la distanciation sociale. Parmi eux, comme chaque année, une grosse vingtaine de nouveaux venus pour une majorité d’habitués. Certains de ces «abonnés » manquent cependant à l’appel. «Ces deux années de crise les ont obligés à mettre la clé sous la porte», déplore Yves Cornaro. Il rappelle que pour certains de ces commerçants et artisans, son marché de Noël représente parfois plus de 50% des rentrées annuelles sur un mois seulement, ce qui rentabilise plus que largement les 4’600 à 8’500 francs investis dans la location d’un emplacement sur les quais de Montreux.

Même si le premier week-end fut bon, comme nombre de leurs collègues, Yves Cornaro et son équipe tablent sur une baisse de 20 à 30% de la fréquentation cette année. Ils se basent pour cela sur les observations faites lors de manifestations suisses d’ampleur comme la Foire du Valais ou l’Oktoberfest (fête de la bière) de Bâle. La Covid complique en effet la venue de la clientèle étrangère, notamment italienne, française et allemande, habituellement très présente à Montreux où elle représente en temps normal 18% de l’affluence. Le virus effraie aussi ceux qui ont peur de le contracter dans la foule. Sur les quais bondés, on constate qu’environ un tiers des badauds portent le masque alors qu’il n’est pas obligatoire. Reste les 35% de résidents suisses non vaccinés qui pourraient bouder la manifestation même si «seule» l’entrée dans les bâtiments leur est interdite...

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20B EM48 Bo Noel Lausanne

GENÈVE CONTRE MARTIGNY

Du côté du marché de Noël de Genève, la discrimination à leur encontre est autrement plus drastique. Là, c’est l’accès au Jardin anglais, nouveau lieu de la manifestation, qui est interdite à toute personne âgée de plus de 16 ans ne disposant pas de code QR. Ces conditions sont imposées par les autorités cantonales. Du côté de Martigny, l’attitude a été diamétralement opposée puisque l’organisation du Hameau, nom donné au petit marché de Noël local, a jugé les contraintes du pass trop drastiques et contraires à l’esprit de Noël. Résultat: la manifestation a tout bonnement été annulée.

«En raison des règles cantonales et communales en vigueur, la vente et la consommation de boissons et de nourriture sur place ne peuvent pas avoir lieu sans l’obligation de présenter un pass (...). Nous avons décidé de ne pas organiser une édition contraignante, coûteuse et instaurant une séparation entre les personnes durant cette période de fête. De plus, une édition basée uniquement sur la vente d’objets artisanaux ou manufacturés ne représenterait pas l’âme du projet initial», a argumenté l’organisation, non sans courage mais un peu à la dernière minute.

Masque, gel hydroalcoolique, distanciation, pass, code QR... on a effectivement vu plus festif! Esprit de Noël, es-tu là? A l’instar de Montreux «où les gens ont la banane de pouvoir enfin se retrouver autour d’un vin chaud», du côté de «Bô Noël», le marché lausannois, la réponse est définitivement oui. Née en 2015, la manifestation a le vent en poupe puisqu’elle a enregistré une croissance de 25% chaque année depuis, à l’exception notable évidemment de 2020. En 2019, 400’000 personnes l’ont fréquentée. «Nous proposions alors une septantaine d’exposants contre dix de plus cette année. On sent chez nos visiteurs une soif d’animations, de découvertes et de divertissements. Le premier week-end s’est même clôturé sur une hausse de la fréquentation de 10% par rapport à l’excellente année 2019», se félicite Florian Schmied.

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UN BRACELET PLUTÔT QU’UN CODE QR

A en croire le directeur de «Bô Noël», la convivialité dans les «zones covid», accessibles aux seuls détenteurs d’un pass, serait plus grande, car ceux qui y pénètrent sont là pour profiter et pas uniquement pour vagabonder. Le marché et les commerces locaux ont intelligemment décidé de jouer collectif. Les vaccinés reçoivent en effet un bracelet valable toute une semaine qui leur permet de manger dans tous les restaurants lausannois sans devoir sans cesse présenter un code QR. «Cela soulage les restaurateurs et fluidifie les allées et venues», estime Florian Schmied dont la manifestation a revu son budget légèrement à la baisse cette année pour atteindre 1,5 million de francs.

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Mais la crise sanitaire a aussi eu du bon. Elle avait permis à certains marchés de Noël comme ceux de Montreux ou de Lausanne de se fédérer au sein d’un association informelle afin de défendre les intérêts de la branche auprès des autorités. Ce fut un succès! Cette manière de faire a en effet permis à ces entités d’être considérées comme des cas de rigueur et donc de bénéficier de soutiens financiers compensant en partie leur frais généraux. Mais qu’on ne s’y trompe pas: ces compensations seraient très insuffisantes au regard des pertes abyssales engendrées par l’hypothétique deuxième vague de fermeture des marchés redoutée par Yves Cornaro et ses collègues.

Laurent Grabet

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