Le temps de l'Avent

La première des quatre bougies de la couronne de l’Avent invite à ralentir et à se mettre à l’écoute. La première des quatre bougies de la couronne de l’Avent invite à ralentir et à se mettre à l’écoute.

Plusieurs dizaines de feux seront allumés en Suisse romande le 28 novembre pour marquer l’entrée dans le temps de l’Avent. La préparation à Noël n’est pas une question de décorations, de repas et de cadeaux: cette période est avant tout un appel à se réveiller.

A Martigny (VS), les fidèles des paroisses catholique et protestante se rendront en procession de la chapelle de la Bâtiaz au château du même nom, situé sur une colline en surplomb de la petite église. Puis ils se rassembleront autour du feu, un symbole qui parle au curé Jean-Pascal Genoud, chanoine du Grand-Saint- Bernard: «Il annonce le début d’un chemin orienté vers une lumière qui sera pleinement accueillie la nuit de Noël».

Se réunir de nuit autour d’un feu, cela rappelle la vigile pascale. S’agit-il du même feu?

33A EM47Jean-PascalGenoud: – Pas tout à fait. Ici, c’est un feu annonciateur d’un événement plus lointain alors que la vigile se vit dans un temps concentré, avec la mort la veille, la célébration de la vie et de la résurrection le lendemain et ce moment de bascule entre les deux. La vie chrétienne se déploie sur une année avec les deux grands rendez-vous que sont la Pâque, historiquement centrale et première, et Noël qui s’y est progressivement ajoutée au fil des siècles. Elle passe aujourd’hui pour la fête première, mais elle célèbre en fait la condition de Pâques: il fallait une incarnation. On a sanctifié la fête païenne du soleil invaincu pour en faire la fête du Christ qui se fait nôtre. Et dans sa sagesse, la liturgie prévoit des chemins préparatoires: le carême pour Pâques et l’Avent pour Noël.

Peut-on assimiler ce feu à la lumière du Christ?

– C’est plutôt une anticipation. On marque le début d’un temps qui nous mène à un rendez-vous quatre semaines plus tard. Ce n’est pas l’immédiateté de la bénédiction du feu de la Pâque ou du soir de Noël quand une messe nocturne fête la venue de Dieu dans l’histoire un peu ténébreuse de l’humanité. C’est le peuple qui se met en chemin, qui s’oriente, qui avive son désir de lumière.

Un désir qui se situe entre la réjouissance et l’attente?

– On a le réconfort de deviner où se trouve la lumière et on chemine vers elle. On n’est pas encore comblé: ceux qui se mettent en route avec la joie de partir ne sont pas arrivés. La couleur liturgique de l’Avent, le violet, marque plutôt un temps de pénitence, de critique de nos dispersions. C’est une occasion de se recentrer, de se réveiller, de cultiver un désir qui pourrait se perdre. C’est le temps de l’approfondissement et du long désir.

L’Avent semble pourtant plutôt festif avec les illuminations, les sapins décorés, la préparation des fêtes...

– Spirituellement – et le violet le montre très clairement, ce n’est ni le blanc ni l’or de la fête – c’est un temps de réveil, de conversion, de recentrement sur l’essentiel. Le problème est que nous sommes parasités par de nombreuxmessages ambiants qui orchestrent une autre fête. Elle n’est pas que commerciale, il y a probablement un désir de faire plaisir et de mettre l’amitié et la relation au coeur de la vie, mais elle passe beaucoup par une consommation accélérée. Cela nuit un peu à la qualité presque monastique, intérieure, plus ascétique qui devrait caractériser le temps de l’Avent avant la fête qui va nous combler. Nous sommes pris par un besoin humain d’être rassurés alors qu’il fait noir, qu’il fait froid. Nos impôts servent à mettre beaucoup de décorations qui répondent peut-être à une peur du vide et de la nuit. Mais la force de Noël se révélerait davantage si nous vivions véritablement ce vide et cette nuit.

Nos contemporains n’osent-ils plus le silence?

– L’être humain est complexe, paradoxal. Il vit dans un monde de bruit et d’agitation et il sent que ce n’est pas la bonne piste, que ce n’est pas nourrissant, pas constructif. Certains veulent faire une pause, prendre de la distance, marcher en forêt, partir en montagne, se donner du temps; il y a des aspirations à résister à l’emballement, presque l’affolement, général. Il y a un regret, l’impression qu’on n’est pas très heureux avec ce fonctionnement- là. Mais on est tiraillés. La force dominante est de revenir à ce bruit qui n’est pas satisfaisant, on le sait, mais a priori moins dur à vivre dans l’immédiat que d’affronter un certain vide qui fait un peu peur quand même.

Pour mieux augmenter ce contraste durant l’Avent, faut-il se consacrer au jeûne, à l’aumône et à la prière?

– Ça, c’est le chemin du carême. Ce qui serait typique de l’Avent, ce serait plutôt une attention à ce qui nous distrait. Nous sommes dispersés, occupés par toutes sortes de choses et nous risquons d’oublier le centre de tout et de passer à côté de ce qui vient. Durant l’Avent, nous sommes dans un chemin prophétique avec Isaïe, avec Jean le Baptiste, ces voix qui nous demandent ce que nous faisons, qui nous montrent que nous passons à côté de ce qui est le plus beau et qui nous invitent à nous réveiller, à ouvrir nos coeurs. L’Avent est la lutte contre ce qui nous distrait de ce qui nous est promis: Dieu qui seul peut nous combler. Ça, c’est à recevoir. Et on recevra à la mesure de notre ouverture. C’est donc un temps où il faut s’ouvrir, avoir une attention et un désir plus développés. C’est ainsi que nous serons préparés à vraiment accueillir ce qui vient.

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Quatre dimanches rythment cette période avec aussi la tradition des bougies de l’Avent. Est-ce un bon appui?

– Un tel compte à rebours donne une dynamique: un pas en amène un autre, puis un autre, dans un temps qui n’est pas trop long. C’est un petit moteur qui semet en route. Ces quatre semaines offrent des possibilités fortes de se préparer. Les dimanches permettent une écoute attentive, en particulier de la vigueur prophétique d’Isaïe qui utilise des verbes au futur, tendus vers une réalisation. Il y a aussi une possibilité concrète de se mobiliser pour des choses essentielles. Il n’est pas étonnant que nombre d’actions de solidarité se réalisent durant l’Avent. Ce temps stimule le souci du partage et de la charité active. Car Noël ne doit pas être une fête pour les riches et les privilégiés.

Quels textes peuvent accompagner les croyants durant cet Avent?

– Je crois vraiment que ce sont les textes des dimanches, des messages particuliers, prophétiques qui marquent ce temps comme des interpellations puissantes à se réveiller, à préparer la voie au Seigneur. Tout s’orchestre et se construit autour de cela.

 

Compte à rebours

Le calendrier et la couronne sont des éléments très populaires de la période de l’Avent. Leur rôle n’est pas anodin: marquant les jours ou les semaines, ils donnent conscience du temps qui passe et matérialisent l’attente tout en maintenant éveillé celui qui attend. Chose essentielle si l’on songe à l’appel du Christ dans l’évangile du premier dimanche de l’Avent: «Restez éveillés et priez en tout temps» (Lc, 21,36). Les psychologues estiment que le calendrier de l’Avent apprend en outre à l’enfant la patience et la conception linéaire d’un temps «qui se déroule lentement. Un temps différent du nôtre, éclaté, zappé. Nous sommes en permanence dans le présent, l’instantané. Le calendrier de l’Avent, lui, inscrit l’enfant dans le futur et lui permet de suspendre son désir», confiait une spécialiste à l’hebdomadaire La Croix. Comme le calendrier, la couronne de l’Avent trouve son origine dans l’Allemagne protestante. On trouve différentes interprétations symboliques des quatre bougies. L’une d’elles en fait les représentations des grandes étapes du salut: le pardon accordé à Adam et Eve, la foi des patriarches en la Terre promise, la joie de David célébrant l’alliance avec Dieu et l’annonce prophétique d’un règne de justice et de paix.

JeF

  

Attendu comme le missel

Rien ne change à la messe! Il était prévu que célébrants et fidèles utilisent, dès le premier dimanche de l’Avent, la nouvelle traduction du Missel romain, mais la Conférence des ordinaires de Suisse romande (COR) a décidé le 19 novembre de repousser l’introduction de ces textes modifiés pour se rapprocher de l’original latin. La raison de ce nouveau report (ce missel aurait déjà dû être introduit l’an dernier, avec retard sur le calendrier originel) est matérielle: on manque d’exemplaires. Les Editions Mame l’expliquent par des «difficultés logistiques et de main-d’oeuvre» touchant tant l’imprimeur que le distributeur. La filiale suisse de Dargaud, propriétaire de l’éditeur du missel, n’a reçu en fin de semaine dernière que 550 des 700 ouvrages commandés. Toutes les librairies qui en avaient demandé ont pu être livrées, «mais malheureusement pas dans les quantités souhaitées», nous écrit-elle. A Saint-Maurice, la librairie Saint-Augustin, en accord avec ses paroisses clientes, a procédé à une répartition permettant à chacune d’obtenir quelques missels. Mais, sans certitude que toutes les paroisses de Suisse romande en disposeraient, la COR a préféré reporter son entrée en vigueur pour tout le monde, ce qui laisse plus de temps aux prêtres et aux agents pastoraux pour se préparer aux nouvelles formules. On ne sait quand ces dernières seront prononcées dans nos églises. Certains évoquent le carême 2022, mais ce ne sera pas le cas si la COR attend la distribution de tous les exemplaires commandés: Dargaud Suisse ne prévoit la livraison des 150 missels manquants qu’en mai ou juin prochain. Dans l’intervalle, les fidèles resteront invités au «repas du Seigneur » – qui deviendra ensuite le «repas des noces de l’Agneau» – et le Christ, qui demeure «de même nature que le Père» en attendant de lui être consubstantiel, continuera d’enlever «le péché du monde» plutôt que ses péchés.

JeF

 

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Lui faire une place

L’Avent, qui s’ouvre dimanche, est un temps pour nous préparer à Noël, «Dieu mêlé à notre vie, l’inaccessible, l’inconcevable glissés dans l’étroitesse de notre chair», écrit Philippe Mac Leod dans Sens et beauté (Ad Solem). Ce temps nous tourne vers celui qui vient nous rejoindre dans l’épaisseur et l’obscurité de nos vies, au coeur de nos questions et de nos joies. L’enfant de la crèche, c’est en nous qu’il vient allumer sa lumière et répandre sa chaleur pour dilater nos existences étriquées, privées d’horizon à force d’incertitudes et de doutes.


Bible: au seuil d’une nouvelle année

Nous pourrons nous souhaiter «bonne année» le 27 novembre, car ce dimanche-là, le premier de l’Avent, ouvrira une nouvelle année liturgique. Il nous mettra en marche vers Noël, la naissance de Jésus en notre chair.

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