Loi covid: grogne des anti-pass

Le rassemblement à Fribourg, sur la place Georges- Python le 6 novembre, a surpris par son ampleur. Le rassemblement à Fribourg, sur la place Georges- Python le 6 novembre, a surpris par son ampleur.

En plus des initiatives sur les soins infirmiers et la justice, la Suisse votera dans dix jours sur la loi Covid-19. Rarement un objet aura autant mobilisé la rue. Analyse d’une campagne tendue qui pose de nombreuses questions, notamment sur la presse.

DES MANIFESTATIONS MASSIVES?

«C’est du jamais vu depuis le mouvement antinucléaire il y a plus de trente ans.»C’est certainement l’élément le plus frappant de cette campagne: la loi Covid-19 mobilise les citoyens contre elle dans la rue depuis des mois. Parfois quelques centaines de personnes, souvent des milliers. Comme à Fribourg samedi 6 novembre où 4000 à 5000 manifestants ont rempli la place Georges-Python. Ou à Berne le 23 octobre où 10’000 personnes au moins ont garni la Place fédérale. «Nous ne sommes jamais autant et aussi souvent descendus dans la rue depuis le mouvement antinucléaire il y a plus de trente ans, affirmait Oscar Mazzoleni, politologue à l’Université de Lausanne, dans Le Matin Dimanche du 7 novembre. L’intensité, la multiplicité et l’évolution de ce mouvement ont surpris tout le monde.» L’association Les Amis de la Constitution, à l’origine du premier référendum contre la loi Covid-19 – refusé le 13 juin par 60% des votants –, a été fondée l’été dernier par quelques convaincus. Elle compte aujourd’hui près de 23’000 membres. Et le double de sympathisants, selon ses fondateurs.

EFFET D’OPTIQUE MÉDIATIQUE?

A en croire Oscar Mazzoleni, le rejet du durcissement de la loi Covid-19 aurait motivé davantage de citoyens à battre le pavé que, par exemple, la défense du climat. Ou celle de l’égalité entre hommes et femmes. Deux thèmes pourtant célèbres pour avoir mobilisé pratiquement toutes les tranches de la population suisse dont une bonne partie de la jeunesse et des femmes. Les images de la militante suédoise Greta Thunberg entourée d’une foule de sympathisants à la Riponne en 2020 et de Jacques Dubochet, prix Nobel de chimie, en marche avec des jeunes pour le climat, sont gravées dans toutes les mémoires. Comment expliquer, dès lors, ce décalage entre perception et réalité? La presse romande, qui a largement soutenu la lutte contre le réchauffement climatique et pour l’égalité des genres, mais qui ne partage pas le point de vue des opposants aux restrictions sanitaires, aurait-elle ignoré ou sousestimé la grogne des anti-pass? Parfois dérangeante car comprenant des adeptes de théories douteuses, voire abracadabrantes – «le virus n’existe pas» –, leur mobilisation semble avoir été moins couverte et analysée que d’autres de moindre envergure.

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QUI SONT LES PROTESTATAIRES?

Les reportages et enquêtes dressant leur profil ne sont pas nombreux si l’on considère l’ampleur du phénomène. Depuis le lancement du premier référendum contre la loi Covid-19, le 6 octobre 2020, c’est surtout le terme de complotistes, adeptes de fake news, qui revient dans les médias. Bien que quelques nuances soient apparues avec le temps. Le Matin Dimanche, toujours dans son édition du 7 novembre, répartissait les manifestants en six catégories: adeptes des médecines naturelles (coaches de vie, naturopathes et guérisseurs opposés à la médecine traditionnelle), Suisses primitifs (sonneurs de cloche représentants de la Suisse centrale), complotistes (la pandémie n’existe pas), politiques (l’UDC, qui n’a pas soutenu le premier référendum, est cette fois le seul parti à défendre le rejet de la loi Covid), modérés (ils dénoncent raisonnablement et pacifiquement la Big Pharma et les lobbys) et populistes (l’individu libre et le peuple opposés à l’establishment et aux pouvoirs publics). «La contestation, résumait le journal dominical, ne se réduit pas au cliché d’un petit groupe d’illuminés irréductibles.»

TOUS DANS LA RUE?

La plupart des non-vaccinés – on a tendance à l’oublier – n’ont pas défilé pour autant. S’ils l’avaient fait, ce ne sont pas des dizaines, mais des centaines de milliers de personnes que l’on aurait vu protester à Fribourg, à Genève ou à Lausanne. Difficile donc de dire à quel point les uns partagent les idées des autres. Bien qu’en toute logique, tous rejettent le pass sanitaire... Côté vaccinés, certains s’opposent aussi au certificat Covid! Mené entre autres par Frank Scheffold, professeur de physique à l’Université de Fribourg, et le Parti Pirate, un comité a lancé le 8 novembre sa campagne «pour la vaccination et contre le certificat ». «Si quelqu’un a peur de tomber malade, c’est mieux qu’il se fasse vacciner, estime Frank Scheffold. Mais les autres doivent être libres de leur choix, en particulier les jeunes de moins de 30 ans, qu’un médecin et non les autorités devrait conseiller.» Si le comité appelle la population à se faire vacciner, en particulier les personnes à risques et celles de plus de 50 ans, et soutient les aides économiques (voir encadré), il estime que le certificat donne un faux sentiment de sécurité, incitant à relâcher les gestes barrières en plus de présenter des failles informatiques ouvrant les portes à une possible surveillance de masse.

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QUE DISENT LES SONDAGES?

Que les personnes opposées à la loi Covid-19, bien qu’ayant massivement investi la rue depuis un an, restent minoritaires. Soutenu par la totalité des partis au gouvernement – UDC excepté –, le Conseil fédéral, les cantons et une nette majorité du Parlement, le oui à la loi devrait l’emporter largement. A 69% des voix, selon le dernier sondage de Tamedia.

 

Pas d’aides financières sans pass

Pourquoi doit-on à nouveau voter sur la loi Covid-19? Parce que celle-ci – entrée en vigueur en septembre 2020 avant d’être attaquée par un référendum et acceptée par 60% des voix en juin 2021 – a été modifiée en mars 2021 pour s’adapter à la situation sanitaire. Un changement qui a poussé les opposants à lancer un nouveau référendum. Sur lequel les citoyens se prononceront le 28 novembre en répondant à cette question: Acceptez-vous la modification du 19 mars 2021 de la loi fédérale sur les bases légales des ordonnances du Conseil fédéral visant à surmonter l’épidémie de COVID-19 (loi Covid-19) (cas de rigueur, assurance chômage, accueil extrafamilial pour enfants, acteurs culturels, manifestations)? En plus de valider l’adoption du certificat Covid, les votants devront dire s’ils acceptent de prolonger les aides financières débloquées pour venir en aide aux victimes de la crise sanitaire. Et s’ils permettent l’amélioration du traçage des contacts dans le but de briser les chaînes de contamination tout en encourageant le dépistage du virus à travers la prise en charge de certains coûts. A noter qu’il est impossible de s’opposer au certificat tout acceptant les aides ou l’inverse. 

CeR

 

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