Hérémence: une «cathédrale de béton»

Il y a cinquante ans, le petit village valaisan d’Hérémence se dotait d’une nouvelle église alliant audace et solidité. Dédiée à saint Nicolas de Myre, elle fait la fierté des paroissiens et attire les touristes.

Au-dessus de Sion (VS), le val d’Hérémence aboutit au lac des Dix, vaste étendue d’eau retenue par le célèbre barrage de la Grande-Dixence. Les habitations et autres raccards sont construits sous les ordres des charpentiers et des maçons de la vallée. Les matériaux sont locaux: le bois et la pierre. Pourtant, quand il s’agit de construire une nouvelle église, dans les années 1960, le béton s’impose. Il faut dire que la construction de barrages a rythmé la vie des Hérémensards: le béton fait désormais partie du paysage. Construite au milieu du village, serrée entre les constructions en madrier, l’église dessinée par l’architecte bâlois Walter Maria Förderer en impose. Comme un rocher qui se serait détaché de la montagne et qui se serait posé là. Comme un rocher dans lequel on aurait sculpté une église. L’édifice épouse le terrain et regroupe plusieurs espaces communaux (salle de sport, école, bibliothèque, commerce, etc.) en plus de l’église. Une oeuvre monumentale.

ENTRER DANS LE MONDE DU SACRÉ

33A EM45L’église Saint-Nicolas n’est accessible que de l’une des deux rues passantes. Pour accéder à l’esplanade, située à mi-hauteur entre la rue Principale et la rue de l’Eglise, le visiteur doit emprunter l’un des trois escaliers qui parcourent l’édifice. Des décrochages et des espaces vides offrent des coups d’oeil uniques sur le village, la vallée et les sommets avoisinants. Une fois franchie la porte principale, le fidèle quitte le monde extérieur pour rejoindre celui du sacré, pénétrant dans un espace pouvant accueillir jusqu’à mille personnes. L’espace liturgique a été conçu selon les exigences de la nouvelle liturgie dont le curé de l’époque, l’abbé Marius Charbonnet, aussi ferme que visionnaire, disait: «L’Eglise vivait le concile Vatican II. La réforme liturgique était à l’étude. Elle allait dans le sens d’une participation de l’assemblée à la célébration eucharistique». Partout le bois se mélange au béton dans une belle harmonie. «C’est mon père, menuisier, qui a fabriqué les bancs disposés en hémicycle, raconte, ému, Grégoire Seppey, président de la paroisse d’Hérémence. On attend la fin de la pandémie et de l’usage du désinfectant pour les mains avant de les restaurer.» Au plafond, des cadres en bois absorbent le bruit et abritent les tableaux de l’ancienne église. Le béton structure l’espace et délimite les circulations. Le bois attire l’attention sur les éléments utiles aux célébrations. Enfin l’éclairage, également pensé par l’architecte, met en valeur le tout grâce à la lumière naturelle qui entre durant la journée par les fenêtres et les espaces vides et la lumière artificielle, intelligemment répartie dans les murs et les plafonds. Le bâtiment peut donc être considéré comme une oeuvre d’art totale, comme le voulait l’architecte.

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GÉNIE DU BÉTON

Selon Narcisse Seppey, l’ancien président d’Hérémence, Walter Förderer est un sculpteur de génie. «Un génie du béton aussi», a-t-il affirmé dans Le Nouvelliste à l’occasion du jubilé organisé le dernier week-end d’octobre en présence de l’évêque de Sion, Mgr Jean-Marie Lovey, cinquante ans jour pour jour après la consécration de l’église, le 31 octobre 1971. Pourtant, à l’époque, personne ne pensait que cette nouvelle maison de Dieu allait devenir le symbole de la vallée. «Aujourd’hui classée monument historique, l’église est indissociable de notre village, relève Grégory Logean, président d’Hérémence. «Elle fait partie de l’ADN de notre région», ajoutent fièrement des enfants et petits enfants du lieu. Monument historique d’importance nationale, l’ouvrage, emblématique d’une certaine modernité, est un trait d’union entre tradition et innovation.

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L’ancienne église

Dans les années 1960, l’abbé Marius Charbonnet constate que l’ancienne église d’Hérémence, construite vers 1780, devient trop petite et trop vétuste. Le tremblement de terre qui a frappé le Valais en 1946 a fragilisé l’édifice. Il faut bâtir une nouvelle grande et belle église! Un concours est ouvert aux architectes valaisans ou suisses résidant dans le canton. Quinze projets sont soumis au jury. Celui du Bâlois Walter Förderer arrive en deuxième position avant de l’emporter après que l’architecte a revu sa copie. En vue de sa destruction, l’ancienne église est vidée de ses oeuvres avec l’aide de tous les paroissiens, qui restent après les offices pour mettre la main à la pâte. Puis elle implose en septembre 1967. Tout le village assiste à l’événement le coeur serré, mais heureux d’imaginer la nouvelle construction.

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Un guide multimédia

33C EM45A l’occasion du jubilé, la Société d’histoire de l’art en Suisse (SHAS) sort un nouveau guide, L’Eglise Saint-Nicolas d’Hérémence, dans la collection Guides d’art et d’histoire de la Suisse. L’ouvrage, signé Anne-Fanny Cotting et Carole Schaub, existe en plusieurs langues et, grâce à un code QR, s’ouvre au multimédia. Ainsi le visiteur a accès aux plans du bâtiment, il peut jouir d’une vue à 360 degrés et écouter les témoignages de plusieurs Hérémensards qui s’expriment dans des vidéos sur l’ancienne église et le projet de construction, le chantier et ses grandes figures et la nouvelle église, qui fait beaucoup parler d’elle. On découvre les témoignages d’anciens ouvriers, d’habitantes plus ou moins âgées du village, d’un ancien sacristain et de l’ancien président de commune. «Le multimédia permet de développer un lien affectif avec la culture et le patrimoine pas seulement intellectuel» affirme, convaincue, Nicole Bauermeister, directrice de la SHAS et initiatrice du passage au multimédia. C’est pourquoi il existe aussi une application qui offre la possibilité aux touristes de visiter le site de l’étranger. Les vidéos ont été tournées par des petits-enfants du lieu devenus cinéastes et journalistes. Elles sont empreintes de sensibilité et d’émotion. «Cette église fait partie de ma vie! J’y viens régulièrement avec mes grands-parents et mes parents. Quand on est de la vallée, c’est pour la vie. C’est dans mon ADN» explique une journaliste.

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