Famille: l’anglais entre enfants

Utilisée dans les écoles de plusieurs pays, la méthode Kokoro est aussi en partie disponible pour les particuliers. Utilisée dans les écoles de plusieurs pays, la méthode Kokoro est aussi en partie disponible pour les particuliers.

Une Neuchâteloise a créé il y a quatre ans une méthode d’anglais par des enfants pour les enfants. Depuis août, un coffret de jeux permet de découvrir cette école virtuelle et, plus globalement, de s’initier à la langue de Shakespeare.

Et si on apprenait l’anglais en jouant? Telle est la proposition du coffret Kokoro Kids qui contient trois types de Memory, un domino, cinq marionnettes et… six cours en vidéo. Les jouets sont destinés à mettre en pratique les leçons fraîchement reçues. «Quand je commencerai les cours d’anglais à l’école, je saurai déjà plein de choses», se réjouit Cynthia, une Genevoise de 10 ans, après avoir testé quelques vidéos. Evidemment, l’enfant ne parlera pas couramment l’anglais grâce à cette boîte. En revanche, il devrait avoir envie de poursuivre son apprentissage. Ce que vise justement la méthode Kokoro, créée en 2017 par la Neuchâteloise Nathalie Lesselin et désormais appliquée dans une cinquantaine de pays.

TOUT EN ANGLAIS

Cette méthode se démarque par l’âge de ses «enseignants», qui sont des enfants. En adoptant le même langage et les mêmes codes que leurs «élèves», ils parviennent bien mieux que des adultes à les motiver. En outre, le pair-à-pair (échange entre pairs) offrirait un taux de rétention de 90%! Autres atouts: ces petits professeurs sont tous de langue maternelle anglaise; et s’ils résident tous à Neuchâtel, ils viennent de différents pays (Royaume-Uni, Etats-Unis, Afrique du Sud, Australie, etc.) et présentent donc une diversité d’accents. Légères et entraînantes, les vidéos sont à découvrir selon un ordre bien précis. Car attention: la méthode Kokoro cache un véritable programme pédagogique qui s’appuie non seulement sur la linguistique, mais aussi sur les neurosciences et les principes de la méthode Montessori. Elle encourage l’émotionnel, l’intuition, la participation active et le mimétisme. Les petits professeurs proposent une succession d’activités (voir encadré) en recourant à des objets du quotidien comme des jouets ou des fruits. Enfin, seul l’anglais est employé. L’élève devine la signification des mots sans passer par le français.

LE PLUS TÔT EST LE MIEUX

Tout pousse à apprendre l’anglais de manière précoce.La méthode Kokoro s’adresse aux 3 à 8 ans. En effet, avant 8 ans, l’enfant peut apprendre sans trop d’effort. Grâce à sa capacité à se passionner pour son environnement, il retient par absorption plutôt qu’en suivant un schéma mental, comme le font les enfants plus âgés. Il peut aussi entendre et reproduire plus de tonalités, les muscles des organes auditifs et linguaux non mobilisés s’atrophiant au fil du temps. Enfin, son expression verbale n’est pas encore freinée par la pudeur. Tout pousse donc à apprendre l’anglais de manière précoce. Or, en Suisse romande, en raison de la cohésion nationale, l’enseignement de cette langue à l’école publique débute après celui de l’allemand, dès la 7P, soit à l’âge de 10 ans.

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RÉGULARITÉ ET TÉNACITÉ

Mais une méthode pour 3 à 8 ans n’est-ce pas viser trop large? D’après nos observations, les vidéos sont un peu ennuyeuses pour les 8 ans et un peu laborieuses pour les 3 ans. D’un autre côté, si elles sont regardées en groupe, la motivation augmente. «La méthode avait été conçue au départ pour les 3 à 6 ans, mais on a remarqué qu’elle peut fonctionner à 8 ans. Dans les écoles, elle peut même convenir aux enfants de 10 ans», explique Nathalie Lesselin en conseillant de ne pas trop s’attarder sur les premières vidéos si elles s’avèrent trop faciles. Car chez Kokoro, en principe, chaque vidéo doit être regardée au moins trois fois durant une semaine. Des fiches d’exercices sont proposées ainsi qu’un atelier mensuel par visioconférence. Une exposition à 360 degrés est encouragée (dessins animés, reportages, livres audio, etc.). «Faire une heure d’anglais par semaine ne sert pas à grand-chose», assure Nathalie Lesselin. L’entraînement doit être régulier. Et gare aux vacances d’été! De la même manière, il ne sert à rien de regarder les vidéos plus rapidement. «La notion de répétition est essentielle», martèle la directrice. Et pour les parents, n’est-ce pas trop de travail? «Nous recommandons de mettre en place un rituel, c’est-à-dire d’activer la vidéo à des moments définis, par exemple juste avant le repas.» Un avis que partagent plusieurs mères interrogées qui y voient l’occasion de souffler un peu tout en offrant à leur enfant l’opportunité d’apprendre l’anglais. Mais Pascale, de Neuchâtel, confie avoir abandonné la méthode en cours de route faute de temps.

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PEU PRATIQUÉE EN SUISSE

Aujourd’hui, près de 130’000 enfants ont eu accès au moins une fois à cette méthode, grâce notamment à un système de parrainage automatique. En France, près de 1500 écoles l’utilisent. Contre quatre en Suisse… «Notre démarche didactique ne s’inscrit pas dans la même perspective», explique Chantal Erard, chercheuse rattachée à la formation en enseignement primaire de l’Université de Genève. L’école catholique de Neuchâtel, qui a recouru à la méthode durant quatre ans, a désormais opté pour un professeur en chair et en os. L’enseignante Rachel Monnin Gacond déplore le côté répétitif des vidéos à revoir et la dépendance à internet tout en saluant la présence d’enfants enseignants et la diversité des sujets traités. A la fin, les enfants qui suivent toute la méthode auront regardé 36 vidéos la première année (250 mots) et autant la seconde (les 3e et 4e années sont en préparation). Alors à quoi bon acheter le coffret s’il ne contient que six vidéos? «Cette boîte est une invitation à créer un lien émotionnel fort avec l’anglais pour donner envie à l’enfant de continuer», explique Nathalie Lesselin.

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Caroline Briner

 

Des vidéos en sept étapes

La méthode Kokoro Kids propose d’apprendre chaque semaine 10 à 12 mots à travers un nouveau thème. Les phrases sont toujours plus complexes. D’une durée d’une dizaine de minutes, chaque vidéo débute par des exercices de kinésiologie et des postures de yoga. Puis les enseignants en herbe prennent la parole: «Hi, my name is Emily and you?». L’élève doit imiter les sons sans forcément les comprendre. Ensuite, les petits profs répètent leurs phrases, qui sont alors écrites à l’écran. L’enfant doit les lire à haute voix. Place enfin à une chansonnette. Des exercices de relaxation closent le cours. En se calmant, l’enfant intègre mieux les notions apprises et peut retrouver la vie réelle avec sérénité.

CB

 

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