Le coeur de Cosey

A quoi reconnaît-on la valeur d’un engagement, plus encore d’un amour? A la fidélité dans la durée. C’est le cas de Cosey, gloire discrète et attachante de la BD. Depuis plus de quatre décennies, la passion du dessinateur vaudois pour le Tibet n’a pas varié d’un iota. Elle a commencé en 1975 avec les premiers pas de Jonathan. Elle s’achève aujourd’hui avec la dix-septième aventure – avant tout intérieure – de son héros qui n’a pas grand-chose d’héroïque, mais tout d’un de ces pèlerins du 20e siècle: un Européen idéaliste de l’après-1968, un Occidental éternellement jeune qui doute et qui cherche, en quête de sa propre voie spirituelle.

La sienne l’a fait regarder vers les traditions orientales de l’Asie ancestrale. Elle l’a invité à prendre la route loin de son terreau d’origine, le protestantisme vaudois à la glaise calviniste. Mais Jonathan l’amnésique n’a jamais oublié la Suisse, ne serait-ce qu’en raison des Alpes, qui sont à plus d’un égard les cousines européennes de l’Himalaya. Le bouddhisme l’a aimanté. La culture tibétaine l’a émerveillé. Cosey est tombé totalement sous le charme esthétique, spirituel et humain de sa seconde patrie. Son autre pays de coeur.

La cause tibétaine a perdu de son aura à mesure que la Chine s’est affirmée.Le Vaudois ne s’est pas pour autant illusionné sur ce qu’il a découvert là-bas: la domination outrancière de la Chine sur le Tibet. Une nation opprimée que le bédéaste a contribué à faire connaître grâce à sa ligne claire comme de l’eau de roche alpine. Une cause qu’il est encore un des rares artistes à soutenir. On ne peut pas en dire autant de ceux, nombreux, qui, à mesure que le gigantesque marché chinois s’ouvrait à leur cupidité, ont décroché de leur balcon les drapeaux de prières bouddhistes.

Le temps passe vite sous le ciel ingrat de la géopolitique. En à peine vingt ans, le dalaï-lama, certes toujours une superstar de la spiritualité, est devenu indésirable dans les antichambres des chancelleries. Ce renversement est proportionnel à la montée en puissance inouïe de la Chine. Un Empire du Milieu qui fascine toujours autant, mais qui inquiète aussi de plus en plus. Notamment les analystes, qui craignent un affrontement avec les Etats-Unis en invoquant «le piège de Thucydide».

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Le sinologue franco-suisse Jean-Pierre Cabestan apporte justement son éclairage à cette angoisse qui colore de rouge – la couleur de l’alerte comme celle du drapeau du régime communiste – la plupart des enjeux internationaux. A nouveau, il faut un intérêt cultivé sur le long terme pour comprendre un pays, un peuple, une telle civilisation. Une attirance qui est aussi un savoir soutenu par une vision réaliste du monde. Un réalisme qu’on aime voir cheminer sur le toit du monde non loin de l’idéalisme de Jonathan. Sous peine de chuter dans de désespérants cauchemars.

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