Spécial Toussaint: Parler de la mort à son enfant

Il faut aborder franchement la question de la mort avec les enfants, selon les spécialistes. Il faut aborder franchement la question de la mort avec les enfants, selon les spécialistes.

Avec la Toussaint, la commémoration des défunts ou encore Halloween, le thème de la mort s’invite dans les foyers. Bien des parents se sentent démunis au moment d’aborder ce sujet, tabou dans notre société. En parler est pourtant essentiel.

La Toussaint est l’occasion de rendre hommage aux proches disparus. Aller au cimetière, allumer une bougie: nombreux sont les rites qui permettent de faire le lien entre les anciens et les vivants, entre la mort et la vie. Inévitablement, en évoquant le papy ou la tata décédés, la question du trépas et du deuil va venir sur la table. Et il ne faudra pas louvoyer! Car les enfants sont avides de réponses, en particulier sur ce sujet. Balayer leurs interrogations avec des explications vagues aura un effet contraire à celui souhaité. Seul avec le non-dit, l’enfant va probablement échafauder des hypothèses erronées qui pourraient être néfastes pour lui. Mais comment s’y prendre? Etre franc tout en faisant preuve de tact, voilà ce que conseillent à l’unisson les experts. L’enfant a besoin de concret. Même s’il s’agit de peser ses mots, il faut lui présenter la réalité. Et pratiquer l’écoute active afin de l’aider à formuler ses propres idées. Enfin et surtout, il vaut mieux éviter les allégories.

IMAGES CONTRE-PRODUCTIVES

Souvent les adultes recourent aux métaphores afin de préserver l’enfant de la souffrance et de l’angoisse. C’est une erreur, car celui-ci prend tout au pied de la lettre, du moins tant qu’il croit au Père Noël. Ainsi, si on lui indique que grand-maman «vit au ciel», il risque d’avoir peur qu’elle en tombe s’il y a du vent ou soit électrocutée en cas d’orage. Ou simplement d’entretenir l’espoir de la revoir lors d’un vol en avion... Et si on lui dit qu’elle est «une étoile», il croira qu’elle peut désormais le voir tout le temps, même la nuit. Il se sentira nu, sans intimité.

De même, certaines expressions utilisées lors de l’annonce du décès d’un proche, soi-disant pour l’adoucir, sont dangereuses. Dire que tonton «est parti pour un long voyage» sous-entend qu’il va revenir un jour. L’enfant va donc l’attendre, avec anxiété. Et si l’oncle s’est tout simplement «endormi», le petit risque d’avoir désormais peur d’aller au lit, par crainte de mourir lui aussi.

«C’est difficile pour un adulte de dire les vrais mots. De dire la mort en vérité et en simplicité. Cela nous paraît cru et choquant et peut nous mettre mal à l’aise. Mais c’est ce dont l’enfant a besoin», assure la thanatologue vaudoise Alix Noble-Burnand dans son livre Au secours! Mon enfant me pose des questions sur la mort (en autoédition: alixraconte.ch).

L’enfant réagit de manières différentes selon son âge.Parler de la mort avant qu’un décès ne survienne dans l’entourage est essentiel. Voilà un autre point sur lequel les experts s’accordent. «Une façon simple d’aborder le sujet avec votre tout-petit est de partir du cycle de la vie dans la nature », indiquent la psychologue spécialisée dans le deuil Josée Jacques et son équipe sur le site Naître et grandir (https://naitreetgrandir.com). Les bourgeons qui arrivent au printemps, les feuilles qui grossissent durant l’été avant de tomber à l’automne et de s’étioler au fil des mois, insectes, poissons, mammifères, humains: tous naissent, grandissent, vieillissent et meurent, le corps étant trop usé pour fonctionner. C’est aussi l’occasion d’aborder les fins de vie prématurées: il y a parfois des accidents ou des maladies si graves que les êtres ne peuvent plus rester en vie. Toutefois, la plupart du temps on guérit.

LA MORT ET LE CORPS

Les conséquences physiques de la mort doivent être exposées. «Notre coeur arrête de battre et notre corps ne fonctionne plus. Il n’y a plus de vie dans notre corps. Ça veut dire qu’on ne respire plus, que notre sang ne circule plus, que notre cerveau ne marche plus. On ne sent plus rien», donne en exemple l’équipe de Josée Jacques. Ensuite l’enveloppe disparaît. En Suisse, le plus souvent, c’est la crémation qui est pratiquée. Le corps est brûlé et les cendres peuvent être gardées dans une urne. Généralement, une cérémonie d’adieu est organisée. Et après? Il reste le souvenir de l’être aimé. «Si vous croyez en la vie après la mort, parlez de vos croyances avec précaution», prévient l’équipe de Josée Jacques.

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COMPRÉHENSION ÉVOLUTIVE

Même si l’on reste terre-à-terre, discuter de la mort est évidemment difficile. En plus des émotions qu’il peut susciter, ce sujet soulève des questions auxquelles il n’existe pas de réponse unique. En outre, la compréhension de la mort évolue avec le développement intellectuel. De 3 à 5 ans, le temps est circulaire pour l’enfant: on vit, on meurt, on revit. Entre 5 et 7 ans, il commence à saisir que la mort est irréversible, mais il croit encore qu’elle ne le concernera pas. Son aspect universel ne devient envisageable qu’à partir de 8 ou 9 ans.

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Face à un décès, l’enfant réagit donc de manières différentes selon son âge. Le tempérament, l’éducation et la qualité du lien qui l’unissait à la personne décédée ont aussi une influence. Tout en étant constructives, les célébrations organisées durant la période de la Toussaint peuvent réveiller son chagrin. Et ceci même de nombreuses années plus tard. Il est important d’accepter ses émotions et de lui apporter du réconfort, par exemple en l’invitant à parler de son ressenti et à raconter des bons souvenirs.

Caroline Briner

A voir: «Même pas peur», spectacle de contes par la Cie Raconte! le samedi 6 novembre à 15h au Centre culturel des Terreaux, à Lausanne, dans le cadre du Toussaint’S Festival.

 

«Le silence augmente les angoisses»

24A EM43Conteuse et thanatologue, Alix Noble Burnand a créé le Toussaint’S Festival à Lausanne. Militant ardemment pour que la société redonne une place à la mort «afin d’éviter qu’elle ne prenne toute la place», elle livre ses pistes pour accompagner les enfants durant ces prochains jours.

La mort est devenue un véritable tabou pour les parents. Comment l’expliquez-vous?

Alix Noble Burnand: – Depuis la révolution industrielle, la société a vécu de grands changements. Avant, la valeur principale était le clan. Les codes et les croyances étaient basés sur la religion. Ensuite, avec l’éclosion du modèle bourgeois, la famille a pris la place du clan. Et, depuis les années 1960, l’individu est au centre. Il peut choisir ses rites, mais il est aussi plus fragile face à la contrainte. La mort, qui ne dit jamais ni où ni quand elle frappe, lui est insupportable. Moins il y pense, mieux il se porte, croit-il. Les parents évitent donc d’en parler, craignant que l’enfant en soit «hanté». Mais c’est faux: le silence augmente les angoisses. Toute la société est touchée par ce déni. Même organiser un festival sur la Toussaint est compliqué. On n’a aucun soutien politique ou culturel! De manière générale, nos contemporains ne savent plus gérer la séparation. Ils n’arrivent plus à l’accepter et ne parviennent donc pas à évoluer. Pourtant, comme dit la Bible, «il y a un moment pour tout» (Ec 3,1).

Peut-on forcer son enfant à se rendre sur la tombe de ses ancêtres s’il n’a pas envie d’aller au cimetière?

– Les enfants adorent les cimetières. Donc, généralement, si l’un d’entre eux ne veut pas s’y rendre, c’est soit parce qu’il a peur que ses parents soient traversés par une émotion déstabilisante pour lui, soit parce qu’il a peur d’être attrapé par le défunt qui serait soi-disant fâché contre lui. Il faut donc le rassurer. Lui dire qu’il a sa place parmi eux car il fait partie de la famille et que, s’il est vraiment mal à l’aise, il peut jouer dans un coin du cimetière. Confectionnez une couronne avec lui pour aller la déposer sur la tombe! Le cimetière est une leçon de vie et la Toussaint permet de se relier aux défunts à travers des gestes, des paroles et une communauté. Depuis toujours les cultures organisent une fête des morts. C’est bien la preuve que l’humain en a besoin!

Célébrée le 31 octobre, Halloween est une autre fête qui permet d’apprivoiser le monde des morts. Même si elle puise son origine dans la Samain des Gaulois, elle a été récemment importée des pays anglo-saxons et reste mal comprise par la plupart des parents. Que leur conseillez-vous?

– Halloween est un rite intéressant car il donne une forme à la mort. Cette image va évidemment faire peur. Mais elle permet de canaliser l’angoisse de la mort qui est, elle, omniprésente. En se glissant dans la peau d’un fantôme pour faire peur, l’enfant peut incarner sa crainte du macabre et ainsi l’exorciser. On peut le photographier une fois grimé et lui dire: «Maintenant, c’est toi le cauchemar des gens».

Avez-vous un conte sur la mort à conseiller?

– Il n’y en a pas un, mais plein! Cela va dépendre de l’âge et du contexte. Le livre que je viens de publier, L’Automne, Contes de la mort (en autoédition: alixraconte.ch), en comprend 44! 

Recueilli par Caroline Brinner

 

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