«Notre région se remettra sur pied»

Avant l’arrivée du coronavirus, l’horlogerie suisse pâtissait déjà de la crise qui s’éternisait à Hong Kong. Avant l’arrivée du coronavirus, l’horlogerie suisse pâtissait déjà de la crise qui s’éternisait à Hong Kong.

Les régions horlogères en appellent à leur esprit de résilience pour faire face au coronavirus et à ses retombées économiques. Avec l’espoir que la Chine achètera à nouveau bientôt des montres.


Le 17 mars, alors que la Suisse entière se plaçait sanitairement sous cloche après l’annonce des mesures de confinement décrétées par le Conseil fédéral, le maire de Bienne convoquait la presse pour mieux appréhender l’avenir.
«Nous autres Biennoises et Biennois, habitués depuis des décennies à lutter, notamment dans le domaine économique, saurons relever cet immense défi», expliquait crânement aux journalistes le socialiste alémanique Erich Fehr. Ce dernier évoquait, sans la nommer, la crise horlogère qui avait plombé l’atmosphère dans l’Arc jurassien – de la Vallée de Joux (VD) à la région de Granges (SO) – durant une bonne dizaine d’années (1975-1985).
Conséquences: une montée en flèche du taux de chômage, une récession tenace, un gros sentiment de déprime et des dépressions en cascade. Les fabriques avaient fermé les unes après les autres, laissant des milliers d’employés sur le carreau. En sera-t-il de même à la fin de la pandémie?
 

Plus aisément qu’avant

Du côté de Sonceboz, Tramelan, SaintImier ou Reconvilier, dans le Jura bernois voisin de la ville de Bienne, le mot résilience résonne également dans les consciences comme un acquis de longue date. Quelque chose de définitivement inscrit dans la mémoire collective. «Adaptabilité, agilité et innovation restent plus que jamais les mots d’ordre», lance Patrick Linder, le directeur de la Chambre d’économie publique du Jura bernois (CEP). Une fois la crise du coronavirus passée, «notre région se remettra sur pied», prédit-il. «Et plus aisément qu’avant.»
«Contrairement à la crise horlogère, nous avons à affronter ici une crise globale, et non conjoncturelle au sens strict du terme. L’ensemble des branches sont touchées, pas uniquement l’horlogerie.» Le secteur vient pourtant de subir l’annulation coup sur coup de deux salons de grande importance (Watches & Wonders à Genève et Baselworld à Bâle). Qu’à cela ne tienne, les observateurs du monde horloger ne donnaient déjà guère d’avenir à ces salons grandiloquents.
Au lendemain de la dernière crise horlogère, «le tissu industriel du Jura bernois s’est nettement diversifié», dépeint Patrick Linder. «Parallèlement, le secteur de l’horlogerie s’est renforcé. Vous verrez, la Chine aura bientôt à nouveau soif de nos montres», avance encore le directeur de la CEP.
S’il juge «acceptable à court terme» la réponse économique de la Confédération pour rebondir après cette crise inédite, il reproche toutefois à la Berne fédérale de faire l’impasse sur la clé de voûte de toute la microtechnique jurassienne: l’innovation. Il en appelle instamment à un soutien pour parachever la digitalisation et la numérisation des entreprises du Jura bernois. Mais également ailleurs en Suisse, évoquant un tournant.
«Le moyen terme m’inquiète bien davantage que le court terme», s’empresse d’ajouter Patrick Linder: «Les PME doivent pouvoir continuer d’innover et ne pas être entravées dans leurs projets». Tout s’est pourtant arrêté net pour l’horlogerie suisse le 17 mars dernier, lorsque «des donneurs d’ordre ont décidé de fermer les ateliers».
Ce jour-là, des marques prestigieuses telles que Rolex, TAG Heuer ou encore Audemars Piguet ont commencé à suivre à la lettre les recommandations sanitaires fédérales en préservant leurs employés de toute promiscuité malvenue. «Et comme le Jura bernois est tissé de petites et moyennes entreprises fournisseuses de composantes à ces gros groupes, c’est l’ensemble du système qui s’est grippé», précise Patrick Linder. «N’oublions pas qu’ici un emploi sur deux relève du secteur secondaire!»

Ateliers bouclés

D’autres fermetures de sites ont suivi. A La Chaux-de-Fonds, chez Sellita, spécialiste en mouvements mécaniques, le personnel, environ 500 employés, a été prié de rentrer à la maison le soir même.
Cependant, l’horlogerie suisse pâtissait de la crise qui s’éternisait à Hong Kong bien avant que le Covid-19 et ses dommages collatéraux n’enrhument toute la machine. Dès janvier et l’apparition du virus à Wuhan, dans la province de Hubei, en Chine, les chaînes d’approvisionnement ont commencé à avoir des ratés.
«La Chine ne livrait simplement plus. Outre l’horlogerie, le secteur de l’automobile a aussi particulièrement souffert de cet arrêt dans notre région», explique Patrick Linder. Et pour cause: plusieurs dizaines de sous-traitants du secteur automobile, notamment des fournisseurs de composants de moteurs, sont établis dans le Jura bernois. Dès la fin de l’année dernière, des entreprises avaient envisagé de mettre une partie de leur personnel au chômage partiel. Aujourd’hui, elles seraient des centaines à avoir recours à cette méthode douce pour amortir le choc lié au coronavirus. D’autres attendent des réponses.

Avalanche de requêtes

L’horlogerie, qui fait partie du paysage jurassien, et notamment de celui des Franches-Montagnes depuis le 18e siècle, souffre des retombées de l’épidémie, comme l’ensemble de l’appareil économique. Le 20 mars, le ministre jurassien chargé de l’économie, Jacques Gerber, alertait l’opinion publique: en deux jours seulement, ses services avaient autorisé 200 entreprises à obtenir le chômage partiel via une réduction des horaires de travail (RHT). Et les requêtes pour bénéficier de ce pis-aller n’ont cessé de s’accumuler depuis.
Le canton du Jura a finalement décidé, le 24 mars, d’accorder une aide financière unique à toutes les PME – et dans tous les secteurs d’activité – qui auront le courage, en dépit de l’état de précarité, d’engager un apprenti à l’automne. Une mesure phare pour ne pas laisser choir le tissu industriel et les compétences acquises.
A ce coup de pouce s’ajoute un autre viatique: les start-up créées récemment et sans chiffre d’affaires important seront soutenues elles aussi. Pour l’ensemble de ces mesures de redressement, le canton du Jura entend dégager 9 millions de francs. Sera-ce suffisant?

Alain Meyer

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