Jura: Au théâtre ce soir

Une nouvelle dynamique culturelle pour toute la région. Une nouvelle dynamique culturelle pour toute la région.

Le dernier-né des cantons suisses va inscrire son nom au fronton de la culture romande en inaugurant le Théâtre du Jura à Delémont. Une aubaine pour toute la région.

On a commencé à ranger les échafaudages. Planté entre la gare de Delémont et sa vieille ville, le Théâtre du Jura pose un nouveau jalon dans l’histoire mouvementée de l’édification d’un canton qui approche dangereusement l’âge de la raison, la cinquantaine. Voilà pourquoi un enfant terrible comme le théâtre se devait d’y tenir son rang. Les 9 et 10 octobre, les trois coups retentiront sur un site où le béton prédomine, mais dédié entièrement à la création et aux spectacles. En gros: aux arts de la scène (théâtre, danse, musique, cirque). Non pour rayonner uniquement dans le canton, mais bien au-delà. Avec une dimension politique qui n’échappe à personne.

Le dernier-né des cantons veut inaugurer un théâtre à la hauteur de son ambition afin d’exister sur la carte romande. Dotée d’une capacité de 436 sièges – augmentée de 8 places pour les personnes à mobilité réduite –, la salle principale de ce nouveau lieu de convergence du Jura 17 pourra accueillir jusqu’à 850 spectateurs debout. Pour mieux danser lors de la venue d’Angélique Kidjo en décembre.

TRAVAIL SUR LE TERRITOIRE

17B EM40L’enfant de la balle de ce bateau amiral tout neuf des arts en Suisse romande, le Chaux-de-Fonnier Robert Sandoz, est un voisin de palier du Jura. Biberonné aux tribulations du Théâtre populaire romand (TPR), dont il fut jadis membre de la troupe, le directeur artistique se réjouit d’impulser un souffle roboratif à une des régions les plus périphériques du pays. Une zone où les jeunes ne s’enracinent guère, contraints, souvent, d’aller poursuivre leurs études ailleurs faute d’université sur place. A Lausanne, Genève, Fribourg ou Neuchâtel. Or, avec les retraités, c’est l’une des tranches d’âges – les 15-25 ans – qui fréquentent le plus assidûment les salles de théâtre.

«Heureusement que le Jura a déjà réalisé en amont un immense travail de sensibilisation aux arts de la scène avec la création notamment d’une maturité théâtre au lycée», explique Robert Sandoz. «Beaucoup d’apprentis sont également avides de ce genre de spectacles. Et peut-être même ici plus qu’ailleurs», note-t-il. «L’ouverture de ce lieu est le signal d’une ambition légitime pour tout le Jura», résume son mentor.

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Grâce à l’expérience acquise au TPR, Robert Sandoz voudrait y parfaire son travail sur le territoire. «A Delémont, nous ouvrons un théâtre pour tout l’arc jurassien», répète-t-il. Pour les mordus des planches venus des trois districts du canton. Mais son théâtre s’en ira également répandre lui-même ses vers et ses alexandrins dans les villages les plus excentrés, un peu comme le firent Molière et sa troupe. Robert Sandoz désire surtout partir à la rencontre de son futur public, les jeunes en priorité. Preuve que l’esprit du TPR flottera dans le Jura: des spectacles seront proposés dans les écoles. Les fameuses «scolaires» initiées en son temps par le TPR.

AU CARREFOUR DES LANGUES

17A EM40En postulant, Robert Sandoz a été immédiatement séduit par la dimension spatiale du projet. «Nous sommes placés idéalement à un carrefour. La France et la Suisse alémanique sont proches et peu de théâtres en Suisse romande offrent une telle ouverture territoriale», observe-t-il. Depuis plusieurs années, une relation de proximité spéciale est aussi cultivée entre le Jura et Bâle. «Le Theater Basel sera l’un de nos partenaires dès la première saison. Nous allons échanger des spectacles. Dans le domaine de la danse, un partenariat a aussi été conclu avec la Kaserne à Bâle.»

Des résidences et des ateliers seront offerts à des créateurs des deux régions. Danse, cirque et musique échappent à l’écueil des langues. Quant au théâtre, certaines pièces sont déjà surtitrées pour faciliter leur compréhension. Des pièces créées à Delémont pourront également, à l’avenir, être proposées aux francophones de la cité rhénane toute proche. Un ancrage régional qui a de quoi ravir Robert Sandoz. «On aime déjà à s’appeler le Théâtre francophone de Bâle», ironise-t-il. «Car la grande ville pourra nous offrir un épanouissement artistique et une fenêtre sur d’autres réseaux.»

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DEMI-TARIF COMME POUR LES CFF

C’est le week-end des 3 et 4 novembre que le Théâtre du Jura entrera vraiment dans le vif du sujet. Avec un premier spectacle qui servira de baromètre à l’entame de la saison: Encore une fois, un vaudeville loufoque qui porte un regard absurde sur l’usure des sentiments. «Une opérette au prix de dix francs la place pour que toute la population se sente la bienvenue sur le site», souligne le directeur artistique. D’autres temps forts sont annoncés: le spectacle Pixel – entre danse et hip-hop – du chorégraphe Mourad Merzouki (7 novembre) ou encore la venue dans le Jura d’Omar Porras et son univers baroque et flamboyant incarné par la pièce Le conte des contes. Sans omettre l’apparition de Laetitia Casta en février 2022 pour un hommage à Clara Haskil. Plusieurs artistes régionaux auront aussi l’honneur de figurer à l’affiche de cette saison inaugurale: Yvette Théraulaz, Eugénie Rebetez et l’Ensemble de cuivres jurassien.

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Plusieurs formules sont à l’étude pour essayer de fidéliser le public comme l’abonnement découverte pour cinq spectacles ou des abonnements demi-tarif, à l’instar de ceux pratiqués par les CFF au prix de 160 francs, ces derniers permettant d’avoir accès à tout le programme à 50% du prix normal. «Après un départ poussif, cette formule semble trouver son public», s’enthousiasme Robert Sandoz. «Les premières réservations démontrent que les spectateurs se déplaceront de partout dans le Jura, notamment des Franches-Montagnes, où une tradition de théâtre amateur perdure.» Le 28 octobre, c’est même toute la Suisse qui sera conviée à Delémont, l’Office fédéral de la culture ayant choisi le Théâtre du Jura comme écrin pour la remise des prix suisses des arts de la scène. Tout un symbole.

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Pour l’ouverture officielle, les 9 et 10 octobre, Robert Sandoz mouillera son maillot en récitant des contes pour enfants. Clou du spectacle: l’arrivée massive, le 9 octobre, de 80 danseuses et danseurs en gare de Delémont à 17h10. Ce joli monde déambulera ensuite dans une dance walk, à mi-chemin entre la danse et la marche, une initiative du Centre chorégraphique national de Franche-Comté.

Alain Meyer

 

Pour un théâtre écoresponsable

Initiateur de la Charte pour le climat des artistes, acteurs et actrices culturelles, un manifeste réalisé avec le bédéiste genevois Tom Tirabosco, Camille Rebetez occupe à Delémont un poste hybride et plutôt nouveau dans le milieu du théâtre en Suisse: médiateur culturel avec pour mission de rendre l’activité du Théâtre du Jura la plus écoresponsable possible. Camille Rebetez a malgré tout un peu mal aux yeux à la vue d’un site où le béton est omniprésent. Ainsi avoue-t-il regretter que 1500 tonnes de béton aient été nécessaires pour ériger ce lieu fruit d’un partenariat public-privé. «Nous n’avons pu maîtriser cet aspect du chantier. Le budget de construction (22 millions) aurait bondi avec l’emploi de matériaux plus nobles», dit-il. Mais, assure-t-il, tout sera mis en oeoeuvre pour freiner le bilan carbone lors de l’exploitation. «Nous voulons être un modèle en créant et produisant des spectacles sous le prisme de leur impact environnemental », explique-t-il. Le directeur artistique du Théâtre du Jura, Robert Sandoz, est lui-même signataire de cette charte. «Ce qui induit pour lui une forme d’acrobatie pour la programmation », concède le médiateur. La plupart des spectacles à l’affiche à Delémont devront ainsi s’inscrire dans le cadre de tournées. «Nous ne ferons pas venir exprès une troupe du Sud de la France pour une seule représentation! Nous voulons rester cohérents. » En matière d’infrastructure technique, du matériel neuf côtoiera du seconde main. Le mérite de cette initiative en revient aux artistes et acteurs culturels. «Ces milieux font pression aujourd’hui sur les autorités politiques pour que les choses évoluent dans le bon sens», conclut Camille Rebetez. Ce dernier a d’ailleurs proposé à Pro Helvetia de conditionner l’octroi de subventions à des projets en prenant en compte leur bilan carbone.

AM

 

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