Rencontre avec le pape François

Le pape à l’écoute de la représentante de l’ONG Medair à la fin de l’audience générale. Le pape à l’écoute de la représentante de l’ONG Medair à la fin de l’audience générale.

«Et si on se présentait au pape?» Le rêve est devenu réalité pour l’ONG suisse Medair le 22 septembre lors d’une audience générale à la salle Paul VI au Vatican. Récit d’un voyage unique pour cette organisation d’aide humanitaire.

Il est 22h dans la capitale italienne, non loin de la fameuse piazza Navona. La plupart des quatorze membres de la délégation de Medair sont déjà couchés: ils veulent être en forme pour l’audience avec le pape! Jean-Bernard Palthey, lui, termine une pizza en terrasse tout en parlant des spécificités chrétiennes de cette ONG suisse (voir encadré). «Nous nous sentons proches du message de François, en particulier de son appel à aller aux périphéries. Nous-mêmes cherchons à rejoindre les pauvres dans les zones les plus difficiles d’accès», explique le directeur marketing et communication.

Par sa rencontre avec le Saint-Père, l’organisation souhaite aussi témoigner de son action auprès du public chrétien: «La foi dans le Christ nous pousse à être au service des plus vulnérables ». Catholique et père de cinq enfants, l’ancien responsable marketing chez Nestlé trouve un sens plus profond dans son travail chez Medair où il a été engagé au printemps 2020. «Chaque lundi, nous commençons notre comité de direction par un temps de prière. Nous remettons tout au Seigneur, par exemple les problèmes de sécurité ou les demandes de visa», raconte-t-il. A ses côtés, Jessica Tabary, responsable des grands donateurs, abonde: «La foi nous aide à mettre nos soucis de côté, car nous savons qui nous servons. C’est la compassion pour les bénéficiaires qui nous anime».

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Le lendemain à 7h30, une même excitation circule dans le groupe en marche vers le Vatican. «Je suis enthousiaste de connaître le message du pape; chaque fois que je l’entends parler, je suis émue», partage Patricia Gomez, ingénieure civile. «C’est fort de pouvoir demander au Saint-Père de nous bénir», ajoute Hélène Phénieux, membre de l’équipe de Medair France. C’est en effet la directrice du bureau français, Annick Balocco, qui a lancé l’idée de rencontrer le pape: c’était il y a trois ans lors d’une réunion au siège international de l’ONG à Ecublens. «Au printemps 2021, j’ai demandé à l’évêque de Valence Mgr Pierre-Yves Michel, que je connais bien, comment il fallait procéder. Il a alors écrit pour demander une audience. Nous avons reçu une réponse positive du Vatican une semaine plus tard!», se souvient Annick en attendant le métro. Pour se préparer, la protestante s’est replongée dans la lecture de Laudato sí’ et Fratelli tutti, deux encycliques qui l’inspirent dans son travail avec l’ONG. C’est elle qui aura le privilège d’échanger quelques mots avec François. «Je ne sais pas combien de temps ça va durer. Nous souhaitons qu’un jour, s’il voyage dans un pays où Medair est présente, il ait déjà entendu parler de nous.»

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IL NOUS A BÉNIS

La délégation traverse joyeusement et au pas de course la majestueuse place Saint-Pierre, invitation en main. Surprise: des centaines de fidèles font déjà la queue pour passer le contrôle. Et il ne reste plus que trois quarts d’heure avant le début de l’audience. Mais ce contretemps se révèlera providentiel: Annick Balocco trouvera un siège au dernier rang de l’espace réservé aux personnes pouvant s’entretenir avec le pape; et sera ainsi tout proche du reste de l’équipe. Sous l’oeil attentif des gardes suisses, les membres prennent place dans la salle d’audience Paul VI remplie de pèlerins de tous horizons.

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L’audience générale a lieu chaque mercredi matin quand le souverain pontife est à Rome. Aujourd’hui, comme après chaque voyage apostolique, François dresse un bilan de son déplacement en Hongrie et en Slovaquie. Après ce message et un temps de prière, traduits successivement dans une douzaine de langues, le pape se dirige vers la centaine de personnes assises en face de l’estrade. Avec un visage lumineux et souriant, il les salue une à une, accordant une parole, une bénédiction, un regard intense. La rencontre avec Annick dure quelques minutes: François l’écoute, parcourt les pages du livre sur les actions de Medair qu’elle lui remet, la bénit ainsi que toute l’équipe qui se tient, émue, à un mètre de lui, derrière la barrière.

PRIEZ POUR MOI

«Merci, vous êtes gentille, priez pour moi»: tels ont été les mots du pape en français à la directrice de Medair France. «Ce qui m’émeut encore c’est son regard, sa bienveillance et ce sourire incroyable. Je lui ai présenté l’ONG en quelquesmots, il s’est arrêté et m’a écoutée, il a dit qu’il prierait pour nous et nous a demandé de prier pour lui. Son humilité m’interpelle. »

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«C’est incroyable de voir tant d’amour dans ses yeux.»La délégation est touchée d’avoir vu de si près le «papi de bébé Jésus», comme l’appelle la benjamine du groupe, Victoria, 3 ans. «J’en ai encore des frissons, confie Jessica, à peine hors de la salle Paul VI. C’est incroyable de voir tant d’amour dans ses yeux, à quel point il est patient avec chaque groupe.» «Ses mots sont un encouragement à poursuivre notre mission. Je repars fortifié», confie quant à lui Jean-Bernard.

«Je ressens une grande joie. Son message me motive à reprendre avec assiduité la prière quotidienne avec mes collègues d’autres confessions», exprime Dominika Bednarova, responsable du pôle innovation chez Medair Suisse.

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«L’audience avec le pape encouragera aussi nos donateurs.»Près de la basilique Saint-Pierre, le groupe prend un temps de prière libre pour rendre grâce, confier les équipes sur le terrain et prier pour le pape. Malgré les émotions fortes, on ne perd pas de vue un des buts du voyage: faire connaître Medair. A peine sortie de l’audience, Annick est interviewée sur place; Jean-Bernard répond par téléphone aux questions d’un journaliste; de la terrasse d’un café, Jessica envoie des photos à une dizaine de médias qu’elle avait préalablement contactés. L’après-midi, des interviews radio et télévision sont programmées. «Jusqu’à présent, Medair a surtout concentré ses efforts sur le développement de ses compétences dans l’aide humanitaire. Nous entamons une nouvelle phase pour être plus connus auprès des Eglises. L’audience avec le pape encouragera aussi nos donateurs, sans qui rien ne serait possible», explique la directrice de Medair France.

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Pour Jean-Bernard Palthey, trois raisons poussent Medair à soigner sa communication et à chercher de nouveaux donateurs: une dépendance financière vis-à-vis des fonds institutionnels des Etats, le vieillissement des donateurs et un manque de financements privés, nécessaires pour une intervention rapide en cas de crise. «Notre objectif est de lever 20 millions de francs par an d’ici quatre ans, de doubler la levée de fonds privés et de toucher un million de personnes à travers l’e-mailing et les réseaux sociaux», explique celui qui est aussi responsable de la recherche de fonds. Mais l’ambition de cette ONG de taille moyenne (dont le budget est de près de 74 millions de francs) n’est ni de croître ni de changer le monde: «Avant de chercher de l’argent, nous souhaitons être un pont entre ce qui se passe sur le terrain et ceux qui s’intéressent à nos actions».

Et les dons sont accueillis comme des «cadeaux du Seigneur». «Par exemple, cette année, des inondations ont détruit les tentes d’un camp de réfugiés au Soudan. Nous souhaitions construire des maisons plus solides. L’équipe locale était prête, mais l’argent manquait. Après quelques mois, un don est enfin arrivé: la foi nous a aidés à y croire jusqu’au bout», témoigne Patricia Gomez, spécialisée dans la construction d’abris.

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L’ONG a obtenu un dernier rendez-vous important à Rome: avec le cardinal Peter Turkson, président du Conseil pontifical «Justice et paix». Lors d’un entretien de plus d’une heure, Medair a pu se présenter et échanger sur les réalités des pays où elle est engagée. «Le cardinal s’est montré intéressé par notre action et a apprécié notre identité oecuménique. Il nous a appris que le pape projette d’aller l’année prochaine au Soudan du Sud, où nous sommes présents», rapporte Patricia.

Si Medair a réussi à attirer l’attention de François au Vatican, elle songe déjà à son prochain rêve: l’amener à rencontrer ses équipes sur le terrain. Tout est possible à celui qui croit!

 

32 ans d’aide humanitaire

En 1988, deux médecins suisses, Erika Volkmar et Josiane André, sont appelés à soigner des personnes déplacées en Ouganda. Une mission qui donnera naissance l’année suivante à l’ONG chrétienne Medair. Ses membres, animés par les valeurs chrétiennes, représentent une grande diversité d’Eglises. Ils apportent une aide d’urgence pour répondre aux besoins essentiels que sont la santé, la nutrition, l’eau potable et le logement. L’organisation compte 1500 employés répartis entre le terrain et des bureaux en Europe et aux Etats-Unis; son siège principal se trouve à Ecublens (VD). Active dans treize pays dont l’Afghanistan, le Liban et Madagascar, Medair intervient en cas de catastrophe naturelle ou de crise lorsqu’un pays en appelle à la solidarité internationale. Des équipes envoyées sur le terrain mettent en place des solutions avec des experts locaux. L’urgence peut parfois durer des années: l’ONG est par exemple présente en République démocratique du Congo depuis 20 ans en raison de diverses problématiques (conflit armé, inondations, virus Ebola).

PrC

  

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