Un nouveau Simenon romand

Francis Niquille et Laurent Eltschinger, dans la cuisine de ce dernier. Francis Niquille et Laurent Eltschinger, dans la cuisine de ce dernier.

L’éditeur montreusien d’adoption Francis Antoine Niquille qualifie l’auteur fribourgeois Laurent Eltschinger, de «nouveau Simenon romand». Son polar Le combat des Vierges à peine sorti et écoulé à plus de 1000 exemplaires en quelques semaines, deux autres opus sont en préparation. Rencontre.

Employé de commerce reconverti en documentaliste multimédia, Laurent Eltschinger est un homme de communication. Epicurien, le presque cinquantenaire quitte volontiers son bureau et son ordinateur pour se mettre aux fourneaux. C’est d’ailleurs dans sa cuisine qu’il nous reçoit en compagnie de son éditeur et désormais ami, Francis Niquille, créateur et directeur des dynamiques Editions Montsalvens (voir encadré).

Tout en dégustant un excellent repas, les deux hommes s’enthousiasment face au succès rencontré par la collection Vanil Noir, polar des terroirs, dans laquelle est édité le premier roman du Fribourgeois, Le combat des Vierges.

«Le genre a le vent en poupe. Il n’a rien à envier aux thrillers nordiques. Nicolas Feuz et Marc Voltenaueur jouent un rôle de locomotive, mais plein d’autres auteurs romands viennent derrière», affirme Laurent Eltschinger. Lui-même s’est lancé en participant à concours sur un thème imposé organisé par les Editions Montsalvens. En deux mois, sans faire de plan, il rédige son premier polar. Ce sont les recherches historiques qui lui prennent le plus de temps dans cette course effrénée.

LES DÉS ÉTAIENT JETÉS

27A EM38Durant les trois ans de maladie de son papa, Laurent Eltschinger l’a conduit deux fois par semaine à l’hôpital. A chaque trajet, ce dernier n’a cessé de l’encourager à prendre la plume. Le déclic s’est produit lors de la messe de trentième dans la chapelle de Posat, dans la Sarine. «Devant un vitrail de saint Pierre Canisius et une statue de la Vierge prétendument miraculeuse, j’ai inscrit les mots `le combat des Vierges’ sur un bout de papier sans savoir que ça deviendrait le titre de mon premier ouvrage. Le lendemain, je tombai sur une annonce pour un concours littéraire. Les dés étaient jetés. » L’inspecteur Jean-Bernard Brun, JiBé, était né.

En pleine Semaine sainte, dans la région de Posat (FR), les cadavres se suivent et se ressemblent. On les retrouve dans des lieux bien singuliers comme le barrage de Rossens ou les ruines d’Illens. Ils portent d’étranges pendentifs datant de plusieurs siècles. L’inspecteur Brun et son équipe sont confrontés à des crimes à caractère surnaturel et à des événements mystérieux et pas toujours très catholiques même si la chapelle du village est devenue un lieu de pèlerinage sur la route de Saint-Jacques-de-Compostelle. Quatre chapitres sur les trente et un que compte le livre remontent le temps, à différentes époques. Roman catholique, ésotérique ou fantastique? L’auteur se revendique du polar.

Téléchargez gratuitement
l'Echo de cette semaine!

Cette semaine, l'Echo Magazine vous
est offert au format PDF en inscrivant
votre adresse email ci-dessous.


LARGE PLACE AUX CROYANCES

Il s’agit bien d’une enquête policière avec du suspense, des fausses pistes, des rebondissements, des interrogatoires,... L’auteur connaît la région comme sa poche. L’intrigue se déroule entre l’Auberge de la Croix d’Or et la chapelle de Posat, sur la commune du Gibloux. «J’ai choisi un angle historique et religieux pour me démarquer et sortir du lot. Il est vrai que cette région est bercée par bien des croyances», précise l’auteur. Résultat: le texte est finaliste 2020 du Prix Vanil noir du polar des terroirs. Ce qui lui vaut d’être publié aux Editions Montsalvens en 2021.

Les passages historiques sont basés sur un fond de vérité. L’écrivain a contacté le Service des biens culturels et a consulté les archives. A l’époque, les jésuites ont réellement hérité de la chapelle de Posat et de vignes dans le Lavaux, ce qui leur a permis de financer le collège Saint-Michel à Fribourg. «Dans le canton de Fribourg, le terroir ne se limite pas à la paysannerie ou à la gastronomie. La foi catholique et la confiance accordée aux guérisseurs et aux rebouteux en font aussi partie, poursuit Laurent Eltschinger. Je laisse le lecteur décider: soit il croit aux miracles soit il y a des erreurs quelque part...»

NEWSLETTER

Inscrivez-vous à la newsletter de l'Echo et recevez
nos contenus et promotions en exclusivité!



Le combat des Vierges est un polar efficace qui se lit facilement. A un rythme soutenu, on suit les pérégrinations de l’inspecteur JiBé au fil des rebondissements de son enquête et on remonte le temps en espérant trouver des réponses à nos questions. Arrivé à la dernière page, on se réjouit de sa prochaine enquête. Car, c’est certain, on va vite retrouver l’inspecteur dans une nouvelle enquête locale. «Laurent est le nouveau Simenon romand, clame son éditeur. Deux autres livres sont déjà prévus.»

26B EM38Laurent Eltschinger, Le combat des Vierges, Montsalvens, 240 pages.

  

 

 

 

 

Un éditeur de proximité

27B EM38 logoAmoureux des livres et des mots, le Gruyérien Francis Antoine Niquille, domicilié à Montreux, a lancé les Editions Montsalvens, une maison d’édition valdo-fribourgeoise de proximité, en 2016. Sa ligne éditoriale est simple: l’auteur doit habiter en Suisse romande ou le texte doit avoir un lien avec cette région. Particularité éditoriale: tous les livres sont entièrement réalisés et produits en Suisse. La vente se fait en librairie, dans les bureaux de poste, sur internet et en direct avec l’aide des auteurs. Passionné de scrabble et de mots, Francis Antoine Niquille aime les gens et les rencontres. «Je suis un ‘connecteur’. Tous mes auteurs bénéficient de mon réseau. On est une grande famille», explique-t-il. Les animations et les événements culturels n’ont plus de secrets pour lui. Il accompagne ses auteurs, les réunit et les promeut avec ferveur. Pour mener à bien ses projets, il a constitué une association qui finance ses activités au moyen des cotisations de ses adhérents, de dons, de mécénat, de subventions et du produit de la vente des livres. Grâce à des concours littéraires, dont le Prix Vanil noir du polar des terroirs, l’éditeur – par ailleurs grand spécialiste de Tintin en Suisse – découvre régulièrement de nouvelles plumes et de nouveaux talents. A son catalogue: des essais dont Mon Syllabaire, des polars dont Crìme double en Gruyère, des romans historiques dont Mort sur la Jogne, des recueils de nouvelles, des cahiers de mots croisés et des thrillers dont Angoisse mortifère.

dpz

 

Articles en relation


La rentrée littéraire

La rentrée littéraire de la fin de l’été et de l’automne n’offre aucune tendance particulière. Le nombre de livres publiés, 521, reste élevé, mais pas autant qu’il y a quelques années. Tout reste ouvert. Avec bien des découvertes – à lire, forcément!


Immoralité absolue

Après deux week-ends olympiques, le troisième et dernier étant devant nous, la Suisse affichait une santé réjouissante à Tokyo. Avez douze médailles, peut-être plus à l’heure actuelle, elle surpassait déjà l’objectif de faire aussi bien qu’à Rio, soit monter sur sept podiums. Ces belles performances se produisent cependant dans des stades déserts, le coronavirus étant passé par là. Dans ces conditions, vibrons-nous vraiment devant notre petit écran à des heures indues?


Les mondes d’avant: Le Guépard

En 1958 paraît à titre posthume Le Guépard, l’unique roman de Giuseppe Tomasi di Lampedusa. Puis Luchino Visconti en a fait une splendeur cinématographique. Le prince de Salina est le vieux fauve le plus lucidement mélancolique de l’histoire de la littérature.

Téléchargez gratuitement
l'Echo de cette semaine!

Cette semaine, l'Echo Magazine vous
est offert au format PDF en inscrivant
votre adresse email ci-dessous.


NEWSLETTER

Inscrivez-vous à la newsletter de l'Echo et recevez
nos contenus et promotions en exclusivité!



concours echo