Grossesses anxiogènes

La réalité n’est pas si idyllique que cela: en raison des restrictions sanitaires, les pères ne peuvent pas toujours être présents. La réalité n’est pas si idyllique que cela: en raison des restrictions sanitaires, les pères ne peuvent pas toujours être présents.

Attendre un enfant durant la pandémie est source d’angoisse. Entre les risques qu’elles encourent, les craintes pour leur bébé et les avis médicaux contradictoires, les futures mères se sentent démunies. Et les pères un peu seuls.

«Cette grossesse a clairement constitué une mauvaise période dans ma vie», témoigne Juliette, une trentenaire résidant à Genève. La pandémie a lourdement contribué à cette souffrance: en plus des restrictions habituelles – en termes d’alimentation et de pratique sportive notamment –, de légers problèmes d’hypertension et des douleurs, la jeune mère a dû concilier son quotidien avec la peur de contracter la Covid-19.

Juliette a été informée que le risque de complications est plus élevé chez les femmes enceintes atteintes de la Covid. Elle sait qu’il arrive que des accouchements soient provoqués pour sauver la vie de la mère – et de l’enfant si possible. Et elle a lu l’histoire d’une femme qui n’est sortie du coma que deux mois après la naissance de son bébé. «Quand on est concernée par ces risques, on a un petit radar qui se met en marche», 18 confie la Genevoise. Résultat: une vie sociale en retrait et, surtout, une anxiété qui ne la quitte pas. «L’impact psychologique est très important », confirme Begoña Martinez de Tejada, cheffe du service d’obstétrique des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). «Avant la pandémie, 63% des femmes ressentaient de la joie durant leur grossesse. Depuis, 40% d’entre elles ressentent majoritairement de la peur», poursuit la spécialiste, citant une récente étude italienne.

Car si la Covid provoque des complications chez la mère, le risque d’une naissance prématurée apparaît. Dans la majorité des cas, elle est provoquée parce que la mère rencontre de fortes difficultés respiratoires. Et si le bébé vient lui aussi à manquer d’oxygène, une césarienne est rapidement pratiquée. Mais qu’on se rassure: ces situations malheureuses sont rares. Au point d’ailleurs qu’elles n’ont pas provoqué de hausse des taux de naissances prématurées et par césarienne en un an aux HUG.

CRAINTES NON FONDÉES

Les angoisses qui habitent les mères voguent au gré des connaissances sur la maladie.Sage-femme dans le canton de Neuchâtel, Aline Béguin a aussi relevé que la Covid-19 suscite des inquiétudes chez les femmes enceintes, surtout en ce qui concerne la croissance du foetus. A ce niveau, les risques ont heureusement pu être écartés: aucune malformation n’a été observée et les retards de croissance sont quasiment inexistants. Il est de toute manière extrêmement rare que le bébé soit infecté, le placenta accomplissant généralement son travail de filtre. Qu’elles soient justifiées ou non, les diverses angoisses qui habitent les mères voguent au gré des connaissances sur la maladie. «En hiver dernier, la Suisse était fortement touchée par le virus. Il n’y avait pas encore de vaccin. Et les informations sur les risques concernaient principalement les personnes âgées», regrette Juliette.

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La professeure Begoña Martinez de Tejada déplore aussi que les femmes enceintes ne soient pas suffisamment prises en considération, dans cette crise sanitaire et de manière générale. La spécialiste rappelle que, faute de données, le vaccin n’était pas recommandé, initialement, aux femmes enceintes par l’Office fédéral de la santé publique. Regrettant une pharmacovigilance qui peut coûter cher aux femmes concernées, elle appelle à «inclure les femmes enceintes dès le début des études». Aujourd’hui encore, de nombreuses femmes enceintes ne sont pas vaccinées contre la Covid-19. La plupart d’entre elles hésitent. «Elles souhaitent des informations et du temps pour réfléchir», observe la professeure Martinez de Tejada. Pour Amandine Lavril, dont la grossesse arrive à terme, la vaccination, ce sera pour une autre fois. Durant plusieurs mois, son médecin lui a déconseillé de se faire vacciner faute de connaissances quant aux effets secondaires. Désormais, il lui recommande la vaccination, mais elle préfère décliner. «C’est une décision difficile à prendre. Il y a tellement d’avis différents», confie la jeune femme.

 

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DUR POUR TOUT LE MONDE

Pour les pères aussi, l’arrivée d’un bébé est difficile à vivre en ce temps de pandémie. Tous n’ont pas pu assister aux échographies. «J’ai filmé toutes les consultations. Mais la première fois qu’il a enfin pu s’y rendre, cela l’a aidé à comprendre qu’il allait devenir père», se souvient Amandine Lavril.

Sauf exception, les pères peuvent assister à la naissance. Mais dès que l’enfant est là, cela se complique. Juliette a finalement accouché en clinique, le temps de visite des pères étant trop limité à l’hôpital public. «Les HUG accueillent toutes les femmes enceintes, qu’elles aient la Covid ou non», indique la responsable de la maternité pour expliquer ces précautions supplémentaires. A Neuchâtel, les mères sont conviées à rester à l’hôpital un ou deux jours plutôt que trois ou quatre afin de retourner plus rapidement dans le nid familial. Avec ce changement, la demande en consultations du post-partum à domicile a augmenté, constituant un véritable défi pour l’association de sages-femmes indépendantes Né-Sens.

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«Cette crise sanitaire a aussi eu des effets positifs», tient à souligner Aline Béguin. Les femmes ont subi moins de pression sociale durant leur grossesse. Et la réduction drastique des visites après la naissance a permis aux mères de mieux se reposer, ce qui a notamment favorisé la mise en route de l’allaitement.

Caroline Briner

 

 

Accoucher avec la Covid ?

Une femme enceinte testée positive au coronavirus garde le droit à ses consultations de suivi et à un accouchement à l’hôpital. Aux HUG, pour limiter les risques de propagation, la future mère doit préalablement informer l’hôpital qui la recevra dans des espaces dédiés aux cas Covid (couloirs, salles de soins, ascenseurs). Le personnel bénéficie de mesures de protection renforcées (gants, lunettes et surblouse) et se protège pendant l’accouchement afin de permettre à la patiente d’enlever son masque. Le conjoint n’est admis que sous condition. Dans la majorité des cas, le bébé se porte bien. La mère peut l’allaiter, le lait maternel ne transmettant pas le virus. En revanche, le port du masque et une désinfection régulière sont conseillés.

CB

 

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