Mariage pour tous: Ce qu’un oui changerait

Véronique, Isabelle et Baptiste Rey. Véronique, Isabelle et Baptiste Rey.

Des personnes homosexuelles partagent leur vécu et leur avis sur le «mariage pour tous», soumis au vote populaire le 26 septembre. Droit à l’égalité, préservation de la vie privée, désir d’enfanter: elles sont en faveur de la loi, qu’elles soient croyantes ou non, en partenariat ou non.

Catholique pratiquante, Clémentine, 27 ans, a grandi et vit à Sion (VS). Elle habite depuis deux ans avec sa compagne, Audrey, protestante.

16A EM36Pour moi qui suis juriste de formation, il est important que les mêmes termes soient utilisés, sans quoi les droits ne sont pas les mêmes. Lorsque le peuple suisse a voté pour le partenariat enregistré en 2005, je me suis dit qu’on créait un sous-mariage pour nous. Et je ne suis pas une sous-personne!

Un oui le 26 septembre permettrait à mon attirance pour les femmes et à mon désir de me marier d’être reconnus par la loi et ne changerait rien pour les hétérosexuels. Pourquoi les opposants s’acharnent-ils sur un projet qui n’affecte pas leur vie? Je ne suis pas active dans la communauté LGBT, mais je m’engage au quotidien en vivant mon amour et ma foi avec Audrey. Nos proches voteront oui, car ils voient notre mode de vie et veulent nous offrir les mêmes droits. Il y a quinze ans, ma mère, catholique pratiquante, n’aurait pas été favorable à cette loi. Aujourd’hui, elle connaît mon parcours et veut que sa fille soit heureuse.

Adolescente, j’avais fait le deuil de me marier et d’avoir des enfants. Le curé de ma paroisse disait que si on acceptait le mariage de deux personnes de même sexe, alors on accepterait bientôt celui entre un être humain et un animal. C’est un point de vue intolérant. J’essaie de vivre ma foi dans la tolérance et l’ouverture, en essayant de comprendre, car je ne saisis pas tout. J’ai fait mon chemin au sein de l’Eglise: on me disait que je ne pourrais pas aimer une femme et être heureuse. Ma compagne, elle, avait connu des couples qui avaient eu recours à la PMA et elle m’a montré que c’était une voie possible.

J’en ai beaucoup discuté avec ma soeur et mon beau-frère, catholiques très pratiquants. Ils estiment que recourir à la PMA est contre nature; ils ne le feraient pas. A mon avis, il faut profiter de l’évolution scientifique. Je me rends compte que cela peut être considéré par certains comme un acte égoïste. Mais la question ne se pose-t-elle pas aussi pour les couples hétérosexuels? D’un point de vue légal, la PMA existe déjà pour eux. On ne peut pas donner ce droit à certains et pas à d’autres. Ma mère me demande parfois: quand nous ferez-vous un petit? Elle veut que nous soyons heureuses. L’adoption serait plus simple. Il y a tellement de jeunes en souffrance, nous pourrions donner notre amour et un foyer à quelqu’un qui est déjà sur Terre et en a besoin.

SOUS LE SIGNE DE LA FOI

Je pense qu’un enfant peut grandir sainement avec un couple de même sexe. L’absence de figure paternelle ne pose pas de problème: nous avons tous une part de féminin et de masculin en nous. Si un jour l’enfant nous questionnait sur son père, il serait important de l’accompagner dans ses recherches. Les racines génétiques sont importantes. Mais les valeurs transmises le sont davantage. Avec Audrey, nous ne pensons pas encore toutefois à devenir parents. Vivre avec un enfant en Valais ne serait pas simple à cause du regard des autres. Je ne me suis jamais sentie jugée par Dieu à propos de mon amour pour les femmes. Quelle que soit la forme que prendra mon mariage, un prêtre sera présent. Notre union aura lieu sous le signe de la foi. Elle ne sera pas reconnue par l’Eglise catholique, mais par Dieu: pour nous, c’est l’essentiel.

Véronique et Isabelle Rey, 37 et 45 ans, vivent en partenariat depuis 2018. Elles habitent Avenches (VD) avec Baptiste, dix mois, issu d’une PMA réalisée en Belgique. Véronique a porté le bébé.

Isabelle: Si la réforme passe, nous nous marierons. Légalement, cela changerait beaucoup de choses, comme par exemple l’accès à l’adoption conjointe et à la PMA en Suisse. Et, surtout, le mariage éviterait de devoir faire un coming out chaque fois que l’on remplit un document administratif.

Véronique: Si je coche la case du partenariat enregistré, on sait que je suis en couple avec une femme. Lorsque je postule pour un emploi, les ressources humaines peuvent par exemple se dire qu’il y a peu de chance que je demande un congé maternité. Le mariage civil réglera la question. Que je veuille avoir un enfant ou pas, cela ne regarde que moi.

Isabelle: Dans le cas où la PMA serait acceptée en Suisse, si nous voulons un deuxième enfant, cela permettrait aussi de régulariser sa situation et d’inscrire deux mamans sur l’acte de naissance. Le lien entre notre premier enfant et moi n’est pas reconnu: je dois faire une demande d’adoption de l’enfant de ma partenaire. Le mariage démontrerait la pérennité de notre couple pour la procédure. Concernant la PMA, nous serions sur un pied d’égalité avec les couples hétérosexuels qui reçoivent un don de sperme.

Véronique: En Suisse, la PMA est très chère. Elle peut revenir à 15’000 francs alors qu’à l’étranger le coût peut être de 2’000 francs seulement, mais il faut y ajouter les frais de voyage. Et rien n’est pris en charge par l’assurance. Avoir cette possibilité en Suisse serait tout de même un avantage pour ceux pour qui des démarches à l’étranger seraient trop fastidieuses.

Isabelle: Nous avons choisi la Belgique plutôt qu’un autre pays pour une PMA, car l’anonymat du donneur y est obligatoire. En Suisse, si la loi passe, l’identité du donneur sera accessible aux enfants nés d’une PMA qui le souhaitent. Je n’y suis pas opposée.

Véronique: C’est à double tranchant. Parfois on se dit que c’est mieux de ne pas savoir du tout, parfois que l’enfant a besoin de connaître son origine exacte. Nous avons choisi l’anonymat, peut-être au détriment de notre fils qui voudra connaître le donneur plus tard. Il s’agit d’un donneur et pas d’un père, car notre fils a déjà deux parents aimants.

Michel, 27 ans, vit à Genève. En couple depuis quatre ans et demi, il a emménagé avec son compagnon il y a un an.

Cette loi est une très bonne chose, c’est un pas de plus vers l’égalité. Le terme de «mariage» est important pour moi même si, pour l’instant, nous ne pensons pas nous marier. Nous n’y avons pas vraiment réfléchi. Nous vivons notre vie et sommes bien ainsi; nous n’avons pas besoin du mariage pour nous aimer et nous sentir unis. C’est toujours une question de sens: qu’est-ce que cela nous apporterait de nous marier ? Est-ce d’abord un acte administratif ou une célébration de notre amour? Un peu des deux sûrement. En tout cas, le fait de pouvoir le faire si un jour nous le souhaitons nous est nécessaire pour nous sentir intégrés dans la société. Actuellement, nous ne pensons pas non plus avoir d’enfants, mais si nous changeons d’avis, cette possibilité serait alors inscrite dans la loi.

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