La rentrée littéraire

Kafka, Mariana Enriquez, Richard Ford, Gwenaëlle Aubry, Catherine Cusset, Matthieu Mégévand et Claudio Magris participent à cette rentrée littéraire copieuse. Kafka, Mariana Enriquez, Richard Ford, Gwenaëlle Aubry, Catherine Cusset, Matthieu Mégévand et Claudio Magris participent à cette rentrée littéraire copieuse.

La rentrée littéraire de la fin de l’été et de l’automne n’offre aucune tendance particulière. Le nombre de livres publiés, 521, reste élevé, mais pas autant qu’il y a quelques années. Tout reste ouvert. Avec bien des découvertes – à lire, forcément!

Du drame humain, des problèmes familiaux, des angoisses sur le devenir de la Terre, toujours de l’histoire parce que c’est plus stable que les incertitudes actuelles, des auteurs stars, d’autres qui plafonnent, la littérature étrangère toujours dominée par les auteurs anglo-américains, des classiques réédités, exhumés... Mais encore?

La rentrée littéraire 2021 ne présente pas de tendance dominante. On est loin de la période, il y a peu, à peine dix ans, où les polars nordiques se dupliquaient comme par miracle et où l’auto-roman était une lame de fond même si Christine Angot, qui sera à Morges (voir encadré), revient sur l’inceste qu’elle a subi dans Le Voyage dans l’Est (Flammarion). On risque fort de reparler des abus sexuels après les révélations de Camille Kouchner à la rentrée précédente, celle de janvier-février.

27C EM35Discutera-t-on aussi de littérature? Espérons que oui! Parmi les 521 titres que le magazine spécialisé Livres Hebdo a eu le courage de compter, il y a bien entendu l’Amélie Nothomb annuel, son trentième (Premier sang, Albin Michel). Un autre poids lourd éditorial, plutôt un super-lourd, Guillaume Musso, s’invite autrement qu’au printemps avec son nouveau polar (L’Inconnue de la Seine, Calmann-Lévy).

NOUVELLES DE RICHARD FORD

L’Américain Richard Ford, valeur sûre, revient avec un recueil de nouvelles (Rien à déclarer, l’Olivier) tandis que ses compatriotes Joyce Maynard, Richard Powers et William Boyle écrivent pour la première, sur le New Hampshire rural (Où vivaient les gens heureux, Philippe Rey), fait, pour le second, dans l’écologie familiale (Sidérations, Actes Sud) et trace, pour le troisième, une fresque du Brooklyn des années 1990 (La Cité des marges, Gallmeister).

27D EM35En plus de proposer l’intégrale du Journal de Kafka pendant que La Divine Comédie entrera dans «La Pléiade » grâce à la traduction de référence de Jacqueline Risset – cette édition bilingue célèbre les 700 ans du décès de Dante –, Gallimard propose notamment quatre romans particulièrement intéressants d’auteurs reconnus: le lien mystérieux entre deux femmes selon Catherine Cusset (La définition du bonheur), le livre le plus personnel de Marc Dugain, portant sur son père (La volonté), l’indispensable prix Nobel Patrick Modiano (Chevreuse) et un autre nobélisé, le Péruvien Mario Vargas Llosa, qui se plonge dans le renversement par les Etats-Unis du président Jacobo Arbenz, d’origine zurichoise, dans le Guatemala de 1954 (Temps sauvages).

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27D EM35Ce drame nous ancre dans l’histoire avec une biographie d’Henri IV de Jean-Christian Petitfils (Perrin) qui poursuit son cycle sur les Bourbons. Et surtout avec ce que certains qualifient parfois d’«exofiction», cette manière de s’inspirer d’un personnage réel d’aujourd’hui ou de jadis en se permettant des libertés – quelle nouveauté, Alexandre Dumas faisait déjà ça en 1840! Le Genevois Matthieu Mégévand s’intéresse ainsi à Mozart (Tout ce qui est beau, Flammarion) et le Vaudois Michel Layaz retrace l’existence passionnante de Louis Chevrolet, le constructeur malheureux des voitures du même nom (Les Vies de Chevrolet, Zoé). Cela fait plusieurs bons écrivains suisses à suivre dem ême que Damien Murith qui raconte sa jeunesse difficile (Dans l’attente d’un autre ciel, Editions d’en bas).

27D EM35Côté art, Gwenaëlle Aubry redécouvre Niki de Saint Phalle, le grand amour de notre Tinguely national (Saint Phalle:monter en enfance, Stock) tandis que Michel Bernard s’intéresse à un grand classique de la modernité en sculpture, Auguste Rodin (Les Bourgeois de Calais), à La Table Ronde, qui publie le quatrième tome de La Saga des Cazalet d’Elizabeth Jane Howard: pour les anglophiles au goût rétro, c’est un must romanesque!

TAHITI, ARGENTINE, RUSSIE

Le mot «exofiction» évoque forcément l’exotisme lui aussi. Or force est de constater que celui-ci n’est pas au beau fixe... Hormis Patrick Deville, présent à Livre sur les quais, qui met cette fois le cap sur la Polynésie française (Fenua, Seuil), et l’excellent Triestin Claudio Magris, qui s’aventure en Patagon27B EM35ie (Croix du Sud, Rivages), il n’y a guère d’horizons lointains à (re)découvrir. Une mauvaise conséquence supplémentaire du confinement? On peut cependant voyager vers d’autres espaces littéraires. Ils se profilent comme saisissants du côté de l’Argentine avec le roman-fleuve gothique Notre part de nuit de Mariana Enriquez (Editions du Sous- Sol) et de la Russie avec Les Enfants de la Volga du Tatar Gouzel Iakhina (Noir sur Blanc).

ÉTRANGETÉ ET SACRÉ

27D EM35Du lointain, revenons au proche avec ses bizarreries. C’est vraisemblablement celle d’Eric Chauvier qui signe avec Plexiglas mon amour (Allia) un ovni entre satire sur notre temps et dystopie de fin du monde. Céline Minard va également au-devant du cauchemar dystopique (Plasmas, Rivages). Mort aux girafes de Pierre Demarty (Le Tripode) se déroule en une seule phrase. Le Vaudois Laurent Schlitler erre autour d’un court de tennis en périphérie urbaine (Un samedi au club, Hélice Hélas). Quant à Quentin Tarantino, le cinéaste barré de Pulp Fiction, il s’essaie au roman en adaptant son film Il était une fois à Hollywood (Fayard). Pour une fois que ce n’est pas dans l’autre sens... Une simple curiosité?

27D EM35Et Dieu là-dedans? Pistant de près les faits criminels depuis L’Appât, Morgan Sportès, que nous avions interviewé pour le glaçant Tout, tout de suite sur le crime d’Ilan Halimi, revient sur l’attentat islamiste de l’épicerie casher en 2012 (Les djihadistes aussi ont du coeur, Fayard). Surtout, quarante-quatre ans après Le Christianisme va-t-il mourir? de Jean Delumeau, Guillaume Cuchet se demande: Le catholicisme a-t-il encore de l’avenir en France? (Seuil). C’est l’essai qui ressort de cette rentrée où on éprouve un soulagement: ne pas voir des journaux intimes sur le confinement comme l’an dernier. C’est déjà ça de non lu.

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Thibaut Kaeser

 

 

521 nouveaux livres

Référence du genre, la magazine spécialisé Livres Hebdo recense 521 romans qui paraissent entre août et octobre. C’est beaucoup, mais 130 de moins qu’il y a dix ans, quand le plafond de 650 livres était atteint. Depuis, il y a eu une lente décrue et surtout une stabilisation autour de 500 parutions, un nombre qui semble vouloir subsister pour un certain temps. D’autant que les éditeurs, dont les parutions ont été chamboulées du fait du déclenchement de la pandémie en 2020, n’ont pas chargé le bateau alors qu’ils ont des réserves. Sur 521 titres, 379 sont écrits par des auteurs francophones avec une prédominance de Français. 75 sont des premiers romans. La littérature étrangère stagne à 142 traductions avec une prédominance d’auteurs anglophones, d’abord américains, ensuite anglais devant le Commonwealth. Souvenons-nous: en 2011, on en était à plus de 200 titres écrits dans la langue de Philip Roth au point que l’on se demandait si l’édition parisienne n’était pas en train de devenir une annexe des maisons d’édition new-yorkaises. C’est donc un bon rééquilibrage, d’autant qu’on a la sensation d’à nouveau mieux sentir la présence des écrivains italiens, slaves, scandinaves, latinoaméricains et asiatiques.

TK

 

A morges sur les quais

28A EM35Pour la Suisse romande, Le livre sur les quais est le raout incontournable de la rentrée littéraire. Sa 12e édition se tient du vendredi 3 au dimanche 5 septembre à Morges sous la présidence d’honneur du romancier et chroniqueur à El Pais l’espagnol Javier Cercas (Les soldats de Salamine). 150 écrivains, dont 12 qui signent leur premier ouvrage, participeront à 157 événements répartis sur trois jours. Ceux-ci, en accès libre dans la mesure du possible – exceptés ceux au Casino et les ateliers nécessitant une inscription préalable – seront accessibles sur présentation d’un certificat Covid valable et d’une pièce d’identité. en revanche, la librairie sur les quais ainsi que les rendez-vous programmés à la bibliothèque municipale et à la Coquette seront ouverts à tous sans pass sanitaire, mais avec masque.

D’AMÉLIE NOTHOMB À ETIENNE BARILIER

Séances de dédicaces, tables rondes et lectures musicales permettront d’écouter des écrivains comme Amélie Nothomb, Eric-Emmanuel Schmitt, Olivier Truc, Thomas B. Reverdy, Leïla Slimani, Frédéric Beigbeder et Christine Angot. Coté suisse, relevons la présence de Catherine Safonoff, Katja Schönherr, Michel Layaz, Paul Nizon, «le bernois de Paris», et de notre chroniqueur Etienne Barilier. Parmi les étrangers, on pourra rencontrer le Cubain Leonardo Padura, l’Argentin Santiago Amigorena et l’Américaine Jean England, dont l’Echo vous a déjà dit grand bien lors de la parution de Dans la forêt il y a quatre ans. Les éditions de l’Olivier sont l’éditeur invité de cette cuvée 2021. L’hôte d’honneur? Les Pays-bas, avec une délégation de neuf auteurs emmenés par Adriaan van Dis (Dunes coloniales). Pour plus d’informations, appeler le 021 801 40 40, écrire à info@lelivresurlesquais. ch ou consulter www.lelivresurlesquais.ch. La maison du Tourisme (2, rue du Château) informe aussi les visiteurs et les lecteurs.

TK

 

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