Pollution: le plastique est partout

En juin, Summit Foundation a prélevé des échantillons dans les torrents glaciaires des dix-huit plus grands glaciers du massif du Mont-Blanc. Ils seront analysés afin d’y détecter la présence d’éventuelles microparticules de plastique. En juin, Summit Foundation a prélevé des échantillons dans les torrents glaciaires des dix-huit plus grands glaciers du massif du Mont-Blanc. Ils seront analysés afin d’y détecter la présence d’éventuelles microparticules de plastique.

La pollution au plastique augmente partout, et elle n’épargne pas la Suisse. Des spécialistes de l’environnement et de l’industrie ébauchent des solutions.

Chaque année, l’humanité produit son propre poids en plastique et la courbe ne fait que croître. On s’attend à ce que la production double dans les dix ou quinze ans à venir. Ce matériau solide, polyvalent, multiforme et bon marché a su se rendre irremplaçable. On le trouve partout: dans nos objets et nos maisons, dans les fibres de nos vêtements, dans nos cosmétiques et même dans nos corps – on ingèrerait au moins 50’000 particules de plastique par an et on en respirerait lamême quantité.

AUSSI DANS LE LÉMAN

«Quand on imagine la pollution plastique, on pense toujours aux dépôts immédiats: aux bouteilles en PET et aux sacs abandonnés dans la nature », explique Olivier Kressmann, directeur exécutif de Summit Foundation, un organisme veveysan qui se donne pour mission de diminuer l’impact environnemental des activités humaines dans des lieux à forte fréquentation. «Or, l’air est lui aussi pollué par le plastique, qui se déplace par les courants atmosphériques de la même manière que le sable du Sahara. Cela explique pourquoi on trouve des particules de plastique jusque dans les glaciers alpins ou le Grand Nord.»

Ainsi la Suisse, pays dont les habitants sont éduqués à ne pas abandonner leurs déchets dans la nature, n’est pas épargnée par cette pollution. Les eaux du lac Léman contiennent par exemple la même proportion de microplastiques que celles des océans. Que peut-on y faire?

«On doit prendre conscience que le plastique a totalement envahi nos vies, estime Olivier Kressmann. Mais on peut tous agir en repensant sa place dans notre quotidien. On peut remplacer les bouteilles de shampooing et de gel douche par des blocs de savon, opter pour des brosses à dents en bois, remplacer les planches à découper en plastique, qui libèrent des microplastiques à chaque entaille de couteau, par des planches en bois. Même si ces petits gestes peuvent paraître vains à l’échelle individuelle, ils ont un impact à l’échelle globale. Surtout s’ils contribuent à faire réfléchir les responsables d’achats des grandes entreprises qui, elles, ont un impact réel.»

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DU PLASTIQUE BIO

«Il nous faut revenir aux objets à longue durée de vie quelle que soit la matière dont ils sont faits.»Les responsables de Bloom Biorenewables, une start-up suisse fondée en 2019 et spécialisée dans le développement de bioplastiques, reconnaissent eux aussi la nécessité de limiter la consommation de plastique. «Cependant, le grand public a tendance à oublier que ce matériau présente aussi beaucoup d’avantages: il permet de diminuer le poids des voitures, et donc leurs émissions de CO2, de conserver les aliments plus longtemps et, ce faisant, de réduire le gaspillage alimentaire. Il a drastiquement amélioré nos vies dans de nombreux domaines », constate Rémy Buser, son directeur général, qui estime que «le futur contiendra du plastique».

Leur entreprise, basée à Marly (FR), travaille donc non pas à supprimer le plastique de nos vies, mais à résoudre les problèmes qu’il pose. A quoi ressemble un plastique bio? Il s’agit d’un plastique fabriqué à base de végétaux et non de pétrole. Mais cela ne suffit pas, pointe Florent Héroguel, le directeur des opérations de l’entreprise.

«Contrairement à d’autres producteurs de bioplastiques, nous employons des parties des plantes qui ne peuvent pas être utilisées pour autre chose. Nous limitons autant que possible l’énergie nécessaire à leur transformation et nous nous assurons que leur fin de vie n’a pas d’impact sur l’environnement. Nos plastiques, dont la structure reproduit des structures présentes dans la nature, parviennent à s’hydrolyser. Ils se décomposent aussi bien dans des composts domestiques qu’industriels.» Florent Héroguel et Rémy Buser visent à produire des plastiques qui se dégradent en six à douze mois: «Il faut qu’ils durent assez longtemps pour faire leur office et protéger les produits qu’ils emballent, mais aussi qu’ils soient rapidement compostables quand on n’a plus besoin d’eux. C’est un compromis à trouver». L’entreprise investit aussi dans le recyclage.

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Cependant, pour Olivier Kressmann, il importe surtout de s’affranchir des objets à usage unique. «Il nous faut revenir aux objets à longue durée de vie quelle que soit la matière dont ils sont faits. On doit réfléchir globalement: en Suisse, le bilan écologique d’un sac en plastique est 80 fois moindre, s’il est correctement éliminé, que celui d’un sac en coton. Cela signifie qu’il faut utiliser son sac en coton 80 fois pour qu’il devienne plus écolo qu’un sac en plastique. Cela ne veut pas dire qu’il faille privilégier le sac plastique, mais qu’il est contre-productif de s’acheter un nouveau sac en coton chaque semaine parce qu’on a oublié le sien à la maison! Idéalement, il faudrait avoir un sac en coton qu’on utilise toute sa vie et adopter la même démarche pour les autres objets du quotidien: là, ça devient écologique.»

 

Des morceaux de pneus

D’après les projections réalisées par la Confédération, 14’000 tonnes de plastiques se retrouveraient chaque année dans la nature en Suisse. Et quelque 8000 tonnes proviendraient de la circulation routière: en frottant la chaussée, les pneus des voitures s’abrasent, libérant des particules de caoutchouc synthétique. Celles-ci se répandent dans l’environnement par l’air et les eaux de ruissellement. Contrairement aux microplastiques issus d’autres sources, qui flottent, ces microparticules ont tendance à se déposer au fond de l’eau. On ne connaît pas encore leurs effets sur l’environnement et les organismes vivants. Mais aux Etats-Unis, une étude a prouvé que le décès régulier de nombres importants de saumons après de fortes pluies est dû à une substance retrouvée dans les particules des pneus. Pour lutter contre cette forme de pollution, deux solutions: cesser de rouler ou filtrer les eaux de chaussées. Différents fabricants travaillent aussi à rendre leurs pneus biodégradables et moins toxiques, mais c’est de la musique d’avenir.

AuP

 

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