Le pasteur et les chapelets

L’équipe qui gère le kiosque se compose, outre des Fasel, de deux couples protestants et du propriétaire du bâtiment, catholique. www.kiosquepelerin.ch L’équipe qui gère le kiosque se compose, outre des Fasel, de deux couples protestants et du propriétaire du bâtiment, catholique. www.kiosquepelerin.ch

A Bourguillon, sur les hauts de Fribourg, depuis février, ce sont des évangéliques qui proposent aux pèlerins et passants des statuettes de saints et des crucifix. A quelques mètres d’un sanctuaire marial.

Il y a, sur une étagère, une colonne de petits saints Antoine de Padoue avec leur bure, leur lys et l’Enfant Jésus dans leurs bras. Ils côtoient une cohorte de figurines aux traits de saint Joseph. «Je le reconnais à son lys», glisse Olivier Fasel. Qui s’interroge, avec son épouse Tabitha, sur une petite représentation de la Vierge: laquelle est-ce? Celle d’Einsiedeln, indique une étiquette dans son dos. Tous les symboles des saints catholiques ne sont pas encore pleinement familiers pour ce couple d’évangéliques.

TRAVAIL OECUMÉNIQUE

Ce matin, les deux quinquagénaires ont balayé les alentours du Kiosque du Pèlerin et nettoyé les vitres après quelques jours de fermeture qui ont permis d’achever de rafraîchir la façade du bâtiment. Il a été une ferme et une boulangerie avant de devenir, dans les années 1920, un magasin d’objets de piété sur la rue menant à Notre-Dame de Bourguillon, une église du 15e siècle, lieu de pèlerinage aimé des Fribourgeois. «Ce fut aussi un haut lieu de la Contre-Réforme», précise, amusé, le pasteur Olivier Fasel. Alors que le nouveau propriétaire des lieux cherchait un repreneur pour le petit commerce fermé en 2018, Tabitha Fasel y a vu une opportunité d’en faire une succursale du Centre Horizon, une librairie chrétienne installée en ville de Fribourg. Mais cela ne s’est pas concrétisé. Les locaux risquaient alors d’être transformés en appartements. «Bourguillon aurait encore perdu un lieu de rencontre, ce qui aurait été dommage», relève l’enseignante. Le couple crée alors une association pour reprendre l’exploitation des lieux avec la bénédiction du propriétaire, catholique.

Le Kiosque du Pèlerin ouvre ses portes en février 2021. Pour le faire connaître et trouver du soutien – il ne vise pas la rentabilité –, un premier événement est organisé à la Toussaint 2020 suivi d’une Saint-Nicolas. Des dates qui ne figurent pas en gras sur le calendrier des protestants. «Pour nous, il y avait là une démarche très oecuménique», souligne Olivier Fasel.

DES UNIVERS DIFFÉRENTS

Tabitha Fasel se documente, sur le chapelet notamment. «J’ai découvert les mystères et les différentes sortes de chapelets. Je me suis informée sur sa signification, sur ce qu’il apporte. Il est aussi très intéressant de voir combien les gens y sont attachés.» Son mari revoit son jugement sur cet objet: «Evangélique, je le regardais comme un moyen d’entretenir une forme de superstition». Il questionne des religieux qui le rassurent: «Il n’y a pas d’idolâtrie chez les catholiques. Ces objets de piété sont un support, un soutien pour la foi».

33A EM33Les clients, très majoritairement catholiques, ne sont nullement dépaysés dans ce magasin où la présence protestante se révèle discrètement à travers quelques croix sans Christ et des ouvrages de maisons d’édition protestantes. L’échange se fait naturellement. «Il n’est pas marqué sur notre front que nous sommes évangéliques», sourit Tabitha Fasel, convaincue que ce qui rapproche catholiques et protestants est plus évident que ce qui les sépare.

Tout se passe dans le respect des valeurs des uns et des autres. «Un jour, une dame est venue acheter un chapelet pour sa fille, un geste important pour elle qui en avait reçu un de sa maman, se souvient Olivier Fasel. Je me suis bien gardé de critiquer: au contraire, je me suis réjoui de cette transmission de la foi de génération en génération.» Il a depuis peu à sa disposition des chapelets des JMJ à remettre gratuitement. Il ne le fait pas systématiquement, mais lorsque les conditions lui semblent propices. Et, signale-t-il, «c’est quelque chose, un pasteur évangélique qui offre un chapelet»!

INFORMER SANS PROSÉLYTISME

Il arrive aussi que des promeneurs s’arrêtent le samedi et le dimanche, attirés par les glaces, sucreries et boissons que propose également le kiosque. «Ceux qui s’arrêtent ici se laissent interpeller», affirme Olivier Fasel qui a installé dans un coin une table et quatre chaises. «C’est aussi une occasion de parler de la foi et de prier. Une occasion d’évangéliser», ajoute-t-il. «Pas pour changer de religion, mais pour parler du Christ et de ce qu’on vit avec Dieu», complète son épouse.

Que le Kiosque du Pèlerin soit une opportunité pour le visiteur de découvrir la foi ou d’être encouragé spirituellement, c’est la prière que demande le pasteur à sa communauté comme aux religieux qu’il rencontre pour alimenter le magasin en produits monastiques. «Cet engagement est une mission. Si on peut informer les gens, les intéresser, cela en vaut la peine. On ne le fait pas pour nous, mais pour faire avancer le Royaume de Dieu.»

NEWSLETTER

Inscrivez-vous à la newsletter de l'Echo et recevez
nos contenus et promotions en exclusivité!



 

Une demande réelle

33B EM33A 11 heures ce mardi matin d’août, la librairie Saint-Augustin, au centre de Fribourg, a déjà vendu deux chapelets et un dizainier. «J’ai le sentiment qu’on en vend davantage qu’il y a dix ou quinze ans, relève la responsable, Brigitte Voisard-Good. Il y a plus de gens qui prient qu’on ne l’imagine, certains en marchant ou dans le bus.» L’enseigne, que l’on trouve aussi à Saint-Maurice (VS), vend avant tout des livres. Mais aussi des icônes, des crucifix – les objets les plus demandés avec les chapelets –, des statuettes, des crèches et des souvenirs de première communion ou de confirmation qui ont un grand succès. «On ne pourrait pas se passer de ces objets. Ceux qui en cherchent pensent à venir ici, car ils ne sauraient pas où en trouver ailleurs», explique la gérante. Qui connaît certains clients depuis des années sans les avoir jamais vus: établis sur la Riviera, à Neuchâtel ou dans le Jura, par exemple, ils passent leurs commandes en ligne ou par téléphone; les magasins de ce genre sont peu nombreux.

JeF

 

 

 

Articles en relation


Une question à la foi: N’était-il pas saint?

En préparant des obsèques, tout récemment, j’entends cette phrase surgir tout à coup tel un diable de sa boîte: «Oh, vous savez, ce n’était pas un saint». Eh bien… je n’en suis pas si sûr. Si l’on prend le terme dans le sens où trop de gens semblent encore l’entendre – saint signifiant personne parfaite –, alors effectivement le défunt en question n’était pas un saint. Moi non plus d’ailleurs. Et chaque lecteur, chaque lectrice peut en dire autant.


La première en chemin

L’Assomption? Qu’est-ce que c’est? Ça existe encore? Dans un monde en perte de repères religieux, Noël ou Pâques passe encore – au mieux, nous nous retrouvons en famille pour célébrer la naissance de Jésus et la Résurrection, avec des vacances à la clé –, mais l’Assomption… d’autant que cette fête tombe en plein été, synonyme de vacances.


Religion: ouvrir des horizons

Les vocations se raréfient, l’Eglise cherche sa place dans un monde critique, voire hostile. Supérieur du séminaire Saint Beat, à Lucerne, Agnell Rickenmann s’investit dans sa charge avec optimisme et confiance: cette crise peut être bénéfique.

NEWSLETTER

Inscrivez-vous à la newsletter de l'Echo et recevez
nos contenus et promotions en exclusivité!