L’abandon des aînés, une perte pour tous

La relation grand-parent-petit-enfant permet un enrichissement mutuel, évite la solitude et soulage les parents. La relation grand-parent-petit-enfant permet un enrichissement mutuel, évite la solitude et soulage les parents.

Le 25 juillet, l’Eglise a prié pour les grands-parents et les personnes âgées à l’invitation du pape François. Une initiative qui s’inscrit dans sa volonté d’aller aux périphéries et de ne laisser aucun «compagnon de route» à l’écart.

Elle peut être un cliché, cette grand-maman qui fait les meilleurs gâteaux, coupe les pommes à la juste taille, tempère l’eau du thé et prie le chapelet, offrant ses journées au Seigneur pour ses petits-enfants. Mais elle est aussi, pour certains, une réalité ou un bon souvenir. Pour le Saint-Père, par exemple: «J’ai eu la grâce de grandir dans une famille dans laquelle la foi se vivait de façon simple et concrète; mais c’est surtout ma grand-mère qui a marqué mon chemin de foi. C’était une femme qui nous expliquait, qui nous parlait de Jésus, elle nous enseignait le catéchisme ».

CHERCHER LE DIALOGUE

34ASans doute cela a-t-il contribué à la décision du pape d’instaurer cette Journée mondiale des grands-parents et des personnes âgées le quatrième dimanche de juillet. En pleine période de vacances, ce moment n’a pas été choisi au hasard: c’était, cette année, la veille de la fête de sainte Anne et de saint Joachim, les grands-parents du Christ. L’Evangile ne dit rien d’eux. Il faut consulter le protévangile de Jacques pour découvrir que le couple était stérile jusqu’à ce que le Seigneur entende les prières d’Anne et fasse d’elle la mère de la Vierge Marie. On sait bien peu de choses des grands-parents de Jésus, on n’en sait parfois pas davantage sur ses propres grands-parents. Le pape en semble conscient, lui qui, en 2017, donnait ce conseil à un jeune Romain: «Parle à tes grands-parents, pose des questions à tes grands-parents». François répétait trois mois plus tard à des jeunes réunis pour une veillée de prière: «Ecoute l’ancien. Parle, demande les choses». A l’instar de François, l’abbé François- Xavier Amherdt utilise une comparaison végétale pour souligner l’importance de ce dialogue. «Grâce aux personnes du troisième, du quatrième et du cinquième âge, nous pouvons puiser à notre arbre familial, sociétal et ecclésial une nourriture spirituelle et rester ainsi capables de produire des fleurs et de donner des fruits, développe le professeur de théologie pastorale à l’Université de Fribourg. C’est aux branches que l’on s’accroche, mais sans racines il n’y a pas d’arbre.»

TRANSMISSION DE LA FOI

34B«Jeunes gens et vieilles gens tous ensemble», dit saint Jean (3,13).Les aînés sont la «mémoire d’un peuple», dit le pape qui compte sur eux pour transmettre la foi. Ce qu’ils font déjà. «Les parents renvoient souvent aux grands-parents parce qu’eux-mêmes n’ont pas le temps ou sont décalés par rapport à ces choses», note l’abbé Henri Roduit, 72 ans, qui a été curé en Valais durant plus de trente ans. Responsables de la pastorale de la famille dans le diocèse de Sion, Florence et Casimir Gabioud sont eux aussi convaincus du rôle des plus âgés. Ils évoquent ces grands-parents qui ont emmené leurs petits-enfants à Lourdes ou leur ont offert le voyage aux Journées mondiales de la jeunesse. Et, plus simplement, qui les emmènent «au cimetière ou à l’église, parfois pour aller à la messe, parfois simplement pour mettre une bougie». «Jeunes gens et vieilles gens tous ensemble», dit saint Jean (Jn 3,13), rappelle François-Xavier Amherdt. «Beaucoup d’enfants apprennent à prier sur les genoux de leur grand-mère, dégustent les histoires bibliques avec leur grand-père», dit-il, confirmant l’actualité des propos du pape. Une complicité existe avec ces grands-parents, peut-être gâteaux, qui ne sont pas chargés de fixer un cadre. «Les enfants raffolent bien souvent d’eux, ajoute le prêtre valaisan. Lors de funérailles d’aînés, les témoignages des petits-fils ou petites-filles sont régulièrement les plus poignants.»

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EN ÉGLISE AUSSI

Tous les grands-parents n’ont toutefois pas la possibilité d’être proches de leurs petits-enfants (ci-dessous). «Le risque est que les personnes âgées s’enfoncent dans la solitude. Et la question du sens se pose de manière particulière chez elles, souvent confrontées au deuil, à la mort d’amis. L’Eglise a tout un travail à faire pour les accompagner», souligne Henri Roduit, aumônier du comité valaisan du Mouvement chrétien des retraités (MCR). «Rome nous rappelle que la catéchèse, c’est pour toute la vie. Mais l’attention est mise sur les enfants et si on touche les adultes, c’est en tant que parents», regrette-t-il. Le Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie, créé par François en 2016, le rejoint sur ce point; la pastorale familiale a encore trop de mal à s’intéresser aux personnes âgées et à leurs relations avec leurs enfants et petits-enfants. Mais, assure François-Xavier Amherdt, des choses se font déjà dans plusieurs cantons. Il cite en exemple le MCR – qui a pris le relais de Vie montante – et signale que des aînés s’engagent aussi en catéchèse et dans la pastorale. Que chacun trouve sa place dans l’Eglise et dans la société, tel est le voeu du pape: «Il est mauvais de voir des personnes âgées mises au rebut, c’est quelque chose de mauvais, c’est un péché», déclarait-il en 2015. D’autant plus que l’échange intergénérationnel ne peut que bénéficier à tous, concluent Florence et Casimir Gabioud: «Souvent les personnes âgées, ayant traversé les épreuves de la vie, sont plus compréhensives et habitées par une force tranquille qui enrichit les plus jeunes. Qui, à leur tour, enthousiastes, spontanés et insouciants, font rejaillir leur joie sur les aînés».

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Dans les EMS aussi

33AFrançois n’a pas consacré cette journée mondiale aux seuls grands-parents, mais aux personnes âgées en général. Une bonne chose pour Agnès Chavanne Angiolini, théologienne-accompagnante spirituelle et responsable du service d’aumônerie EMS dans le canton du Jura: «Le pape voit quelles sont les périphéries de la société et où se situent les lieux du plus grand isolement ». «Accompagner ses petits-enfants à la messe, leur transmettre la foi, ce n’est pas possible pour les personnes en EMS», ajoute la Jurassienne. Qui appelle à une initiation intergénérationnelle pour faciliter les rencontres avec des personnes parfois désorientées. Des expériences qui peuvent être difficiles, également «parce que les âgés sont un miroir: on peut devenir comme eux», remarque la théologienne: «Les transformations liées au grand âge peuvent faire peur. D’un point de vue humain, et donc chrétien, elles appellent à cultiver et soutenir la dignité de la personne».

UNE VIE QUI A DU SENS

La dignité, un mot-clé pour Agnès Chavanne Angiolini qui oeoeuvre dans une perspective oecuménique, voire interreligieuse. «La dignité d’une personne, c’est être un humain avec un horizon de sens», définit-elle, confrontée à des personnes vulnérables, émotives, qui en viennent parfois à se demander à quoi elles servent, si ce n’est à coûter de l’argent. «Notre rôle est de permettre à la personne de tirer le fil d’or de sa vie pour nouer la gerbe de toutes ses branches et ses fleurs pour en tirer du sens dans l’aujourd’hui. Reconnaissance et offrande de sa vie…», ajoute-t-elle, heureuse que le service se développe: un collègue lui sera associé à partir du 15 août pour accompagner les personnes âgées en EMS. Et parfois à domicile, avec l’équipe mobile de soins palliatifs.

JeF

 

Privilège familial

34C«C’était une grande joie de devenir grands-parents, se rappelle Agnès Jenny. Ce d’autant que, de mes neuf frères et soeurs, j’étais pratiquement la dernière à ne pas être grand-mère…» Agnès et André Jenny se marient en 1972 et s’installent à Fribourg en 1976. Tandis qu’André travaille à plein temps à La Poste, Agnès cesse son activité d’infirmière assistante pour se consacrer à l’éducation de leurs trois enfants. Elle s’engage toutefois dans une garderie et effectue des veilles à l’Hôpital cantonal (HFR). Le couple s’investit dans la vie de sa paroisse, Sainte-Thérèse. André dans le Choeur mixte et le groupe des Messagers qui distribue au domicile des paroissiens les invitations aux événements paroissiaux. Agnès dans le Conseil de communauté et la diaconie. Ensemble, ils oeuvrent longtemps pour la colonie de vacances de Sainte-Thérèse.

TRANSMETTRE L’AMOUR

En 2004, alors qu’André fête ses 60 ans et pense gentiment à la retraite, un poste de sacristain-concierge se libère à Sainte-Thérèse. Sans hésiter, le couple s’installe dans le logement de fonction. Après la fin du mandat en 2015, il peut conserver l’appartement et André continue à faire quelques remplacements. «L’arrivée des petits-enfants n’a pas chamboulé notre quotidien puisque nous étions déjà disponibles et que nous avons ici suffisamment d’espace», indique André en montrant les balançoires installées sous les arbres du jardin. «Nous avons la garde d’une des petites-filles tous les mardis. Et les deux autres viennent régulièrement dîner les mercredis avec leurs parents», détaille Agnès. Le pape l’a rappelé, les grands-parents jouent un rôle important dans la transmission de l’histoire et des valeurs. Catholiques pratiquants et engagés, les Jenny en sont bien conscients. Mais les habitudes et les sensibilités changent d’une génération à l’autre. «Deux de nos petites-filles sont orthodoxes, suivant la confession de leur maman, et la troisième n’est pas baptisée car les parents préfèrent qu’elle choisisse elle-même plus tard, explique Agnès. Ce n’est pas toujours évident de savoir ce que nous pouvons faire et comment bien faire. C’est pourquoi, ce qu’il est le plus important de transmettre, c’est l’amour qu’on leur porte.» «Etre grands-parents, c’est un privilège, ajoutent conjointement les Jenny, et ça remplit la vie. Si nous n’étions pas grands-parents, il nous manquerait quelque chose. Sans compter que ça nous renouvelle. Nous avons appris la vie du 20e siècle à nos enfants. Et ce seront nos petits-enfants qui nous apprendront celle du 21e». 

G.Roth/cath.ch/JeF

 

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