Immoralité absolue

Après deux week-ends olympiques, le troisième et dernier étant devant nous, la Suisse affichait une santé réjouissante à Tokyo. Avez douze médailles, peut-être plus à l’heure actuelle, elle surpassait déjà l’objectif de faire aussi bien qu’à Rio, soit monter sur sept podiums. Ces belles performances se produisent cependant dans des stades déserts, le coronavirus étant passé par là. Dans ces conditions, vibrons-nous vraiment devant notre petit écran à des heures indues?

Ce malaise figuré par le vide évoque l’affliction du Japon qui se souvient des 6 et 9 août 1945. Hiroshima et Nagasaki traumatisent le roman Pluie noire de Masuji Ibuse, cinquième volet de notre série Les mondes d’avant. Cette lecture renvoie à une réalité terrifiante: depuis septante-six ans, l’humanité a la capacité de plonger la Terre dans un hiver nucléaire pire qu’un nouvel âge glaciaire. En avons-nous conscience?

A l’époque, peu s’en sont émus. A la une de Combat, Albert Camus prévenait: les êtres humains allaient devoir trancher «entre le suicide collectif et l’utilisation intelligente des conquêtes scientifiques». L’auteur de La Peste n’aurait probablement pas imaginé que «le club atomique» de neuf Etats disposerait de près de 14’000 ogives nucléaires en 2021. Camus n’en estimait pas moins qu’Hiroshima était «sans doute» la «dernière chance» de l’humanité de «choisir définitivement entre l’enfer et la raison».

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«Choisir définitivement entre l’enfer et la raison.»L’enfer demeure toujours possible. Et la raison reste dépassée par cette sidérante éventualité. L’esprit humain se refuse à voir que nous vivons sur un volcan atomique. C’est ce «décalage prométhéen», comme il le baptisa, qui marque la pensée du philosophe allemand Günther Anders: nous sommes incapables de relier notre imagination à la réalité de ce que la toute-puissante technoscience engendre. Plus encore que par la Shoah, Anders était hanté par la bombe A. Selon lui, Hiroshima est partout – c’est le titre d’un de ses ouvrages – parce que cette menace potentielle rend la destruction de l’humanité réalisable. Il estimait qu’il aurait fallu laisser les ruines d’Hiroshima et de Nagasaki telles quelles. A la manière du temenos, l’enceinte sacrée qui entourait les temples de la Grèce antique. Afin de marquer le tabou absolu: l’annihilation de la vie par le feu nucléaire.

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Anders n’a pas été écouté. Aujourd’hui, l’humanité préfère le culte mémoriel coiffé de cendres victimaires. Pour quel résultat? On n’a cessé de clamer «Plus jamais ça!» et le pire est arrivé. Certes, il n’y a pas eu un autre Hiroshima, mais il y eut Three Mile Island, Tchernobyl et Fukushima. Rien n’a donc changé. La conscience humaine n’est pas plus éveillée. Et le pape François a définitivement raison de clamer l’immoralité absolue de l’arme nucléaire. 

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