image003

Des patients privés d’aide spirituelle

Dans les services de soins palliatifs, le coronavirus éloigne de plus en plus le spirituel des patients. Aumôniers confinés, bénévoles à distance: l’accompagnement subit des contraintes inédites.

Face aux mesures de distanciation sociale, chacun est invité à prendre son mal en patience. Mais comment accepter ces restrictions sanitaires dans les soins palliatifs, précisément là où on ne peut pas se permettre d’attendre patiemment un retour à la normale? Les aumôniers sont souvent en première ligne pour accueillir et accompagner les patients dans leurs ressentis. Or, la pandémie actuelle restreint l’aide spirituelle dans les hôpitaux. «Macron a raison, c’est un peu un temps de guerre», lâche Anne-Sylvie Martin, responsable du Service cantonal santé et solidarité de l’Eglise évangélique réformée vaudoise (EERV). «Pendant une période pareille, il est très difficile d’installer un accompagnement spirituel entre un aumônier et un patient tout simplement parce que cela demande du temps, un dialogue et une écoute qu’on n’a pas l’occasion de faire durer comme on voudrait», fait-elle observer. Elle constate avec préoccupation la difficulté particulière que rencontre l’aide spirituelle et religieuse dispensée par des professionnels dans les unités de soins palliatifs des établissements de santé romands.

On fait une exception

Depuis que les mesures de confinement ont été adoptées en Suisse, les personnes en fin de vie subissent en effet de gros changements dans les habitudes de leur séjour médical bien qu’on fasse une exception pour ces patients un peu particuliers. Si les visites sont désormais prohibées dans les principaux hôpitaux et établissements romands, les soins palliatifs, notamment à la Fondation Rive-Neuve à Blonay (VD), bénéficient d’un léger traitement de faveur. «Les amis et connaissances ne sont plus admis auprès de nos patients, mais nous acceptons les visites de la famille très proche. Par contre, une seule personne à la fois peut visiter un proche soigné chez nous, et en respectant évidemment toutes les mesures de prévention», explique Nicolas Büchler, responsable des services hôtelier et administratif de la fondation. Il déplore que le coronavirus ait mis à distance l’aumônier protestant du lieu, François Rosselet. «Il reste disponible pour des appels téléphoniques si la demande est faite par l’un des patients. Un prêtre catholique fidèle à un patient est venu à plusieurs reprises déjà, car cet accompagnement, s’il fait l’objet d’un désir clair, doit pouvoir continuer pour les personnes en fin de vie.» La présence des bénévoles, qui assurent d’ordinaire une compagnie essentielle auprès des malades, est également prétéritée: «Tout contact superflu est suspendu», informe Pauline Gaugler, cheffe des bénévoles au sein de la fondation. «Il n’y a plus d’accès aux chambres, simplement la possibilité d’aider le service hôtelier au moment des repas, qui ne sont plus pris collectivement mais individuellement, ce qui pèse considérablement sur l’ambiance du lieu de vie que Rive-Neuve a toujours su être.»

Au bout du fil

Du côté du CHUV, on est à peu près dans la même situation. François Rouiller, chef du service d’aumônerie, déplore que sa collaboratrice habituellement dévolue aux soins palliatifs soit «confinée depuis plusieurs jours». Les aumôniers ne sont plus autorisés à se balader de chambre en chambre afin de proposer spontanément leurs services. Même chose à l’Hôpital de Lavaux à Cully (VD), comme nous le confie l’aumônier catholique, Hans-Rüdi Meier: «J’ai négocié une sorte de garde à distance. A travers les soignants, je suis et reste disponible, mais sur demande uniquement».

Pour Anne-Sylvie Martin, qui déplore que de plus en plus de professionnels soient personnellement touchés par le virus, l’accompagnement spirituel est malheureusement ce qui passe en premier à la trappe dans les services proposés par les hôpitaux.

«La présence de la famille, remise en cause par les directives sanitaires, devient la vraie priorité pour la majorité des malades», relève-t-elle.

Heureusement, il y a le téléphone, qui peut être crucial dans certaines situations d’urgence: «Au bout du fil, la voix peut apaiser les patients. Le simple fait de savoir qu’on peut allumer une bougie à distance peut faire beaucoup. Certaines personnes ressentent tout à coup le besoin d’un petit rituel même si ce n’est pas vraiment une réalité protestante. Parfois, alors qu’on n’a jamais vu leur visage, certains patients peuvent se satisfaire d’une promesse simple: celle qu’on pensera à eux après avoir raccroché».

Lucas Vuilleumier/Protestinfo

Articles en relation


Au moindre rhume

Pour que le déconfinement réussisse, il faut dépister. Encore faut-il ne pas confondre les différents tests. Et pouvoir les payer. Quant aux anticorps...


Comment ménager son dos

Nuque crispée, dos douloureux: ce ne sont pas des symptômes du coronavirus, mais du télétravail. Huit conseils pour ménager son corps loin de sa chaise de bureau.


Cette épidémie tue aussi

La vague de surpoids et d’obésité qui frappe l’humanité ne vient pas de nulle part. Elle est le résultat d’une grande arnaque alimentaire.

Téléchargez gratuitement
l'Echo de cette semaine!

Cette semaine, l'Echo Magazine vous
est offert au format PDF en inscrivant
votre adresse email ci-dessous.

NEWSLETTER

Inscrivez-vous à notre newsletter et recevez nos contenus et promotions en exclusivité!