Une colère constructive

C’est par une belle histoire que s’ouvre l’Echo Magazine cette semaine: une histoire qui encourage à explorer des chemins inattendus. Nous sommes en Israël. Mai 2021. Des violences intercommunautaires déchirent le pays.

Emeutes, destructions de synagogues et lynchages débouchent sur des tirs de roquettes et des frappes aériennes, maritimes et terrestres entre la bande de Gaza et Israël. Les morts se comptent par centaines, les blessés par milliers, avant le cessez-le-feu du 21 mai.

Dans ces circonstances surgit sur les réseaux sociaux une chanson – un clip, plutôt – qui électrise les foules. Il n’a pas de refrain. Il ne donne envie ni de danser ni de chanter. Il ne fournit pas de solutions, ne prend pas position. Mais il dit la colère. Et balance les préjugés, les idées toutes faites, les frustrations que ruminent l’une et l’autre communauté. Dans un langage cru et authentique, le tout sur un air de hip-hop. Le Juif commence, explique pourquoi il n’aime pas les Arabes. L’Arabe répond et énumère tout le mal qu’il pense des Juifs. Une fois qu’ils ont fini, ils partagent un morceau de pain et entament les mezze posés sur la table entre eux.

En Israël, la chanson a touché tout le monde, sans distinction de culture ou de religion, par son authenticité. C’est simple, direct, violent: le Juif et l’Arabe se prennent en pleine figure la colère de l’autre. Sans volonté de résoudre quoi que ce soit, mais juste de dire et d’écouter. Dans un décor neutre, les deux rappeurs se mettent à nu. Ils font ressortir leur humanité et apparaissent non plus comme des catégories – Juif, Palestinien, Arabe israélien –, mais comme des hommes avec des émotions et des ressentiments qui prennent aux tripes.

Quoi de plus courageux que de reconnaître l’humanité de l’autre et de la laisser s’exprimer?Que peut une simple chanson face à l’une des situations les plus inextricables au monde? Pas grand-chose. Mais dans un conflit qui rattache les individus à des catégories, quoi de plus courageux que de reconnaître l’humanité de l’autre et de la laisser s’exprimer?

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C’est en cela que l’arrivée de cette chanson est une belle histoire. En donnant de la place à l’humain, elle fait naître une prise de conscience chez ses auditeurs, change leur regard, leur donne l’opportunité de se laisser toucher par le sort de l’autre. C’est peut-être par là, avant les négociations, les conférences pour la paix, la recherche de solutions – à deux Etats ou autres, qu’il faut commencer. 

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