Eglise: accepter le changement

Mgr De Kesel défend une Eglise solidaire, impliquée et présente dans les débats de société. Mgr De Kesel défend une Eglise solidaire, impliquée et présente dans les débats de société.

Quelle place et quel rôle pour l’Eglise dans la société actuelle? Quelle mission? Quel avenir? Ces questions forment la trame de Foi & religion dans une société moderne du cardinal Joseph De Kesel, archevêque de Malines-Bruxelles. Un livre réaliste, tonique et riche d’espérance.

L’Eglise «doit repenser sa façon d’accomplir sa mission et de se positionner dans la société», car son statut a changé, écrit le cardinal Joseph De Kesel, archevêque de Malines-Bruxelles, dans Foi & religion dans une société moderne. Des pages dynamiques au fil desquelles il livre une analyse pertinente de la situation de l’Eglise catholique dans la société occidentale contemporaine.

Quelle place, quel rôle, quelle mission dans une société moderne et sécularisée et dans le débat public? Ces questions traversent ce livre qui se décline en deux parties. Dans la première, «Comprendre la situation», l’auteur donne des clés pour mieux cerner les rapports entre l’Eglise et le monde; dans la seconde, «Pourquoi l’Eglise?», il élabore une réflexion théologique sur le nouveau positionnement de l’Eglise dans la société.

UNE SOCIÉTÉ SÉCULARISÉE

Le cardinal, membre du Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie et du Conseil pontifical de la Culture, part d’un constat: en deux générations, on est passé d’une culture religieuse à une culture sécularisée. Le christianisme n’est plus la religion culturelle, «le cadre de référence dans lequel on pense et agit», l’âme de la culture occidentale, comme il le fut des siècles durant. La société moderne – depuis les Lumières – est pluraliste et multireligieuse et «la conviction religieuse relève de la décision libre et personnelle du citoyen». Cela signe-t-il la fin du christianisme? Non, car s’il a perdu son statut, il garde sa place dans notre société à côté des autres religions, et son avenir dépend de son attitude.33A EM26

Loin de tout esprit de reconquête, de rechristianisation, il faut «essayer de comprendre les signes des temps et accepter de plein gré le changement de situation», affirme le cardinal, car «nous ne vivons plus dans une société chrétienne». Pour Mgr De Kesel, «l’Eglise a tout intérêt à accepter la légitimité d’une société sécularisée», à s’y intégrer, mais sans valider tout ce qu’elle rend possible. Elle «est appelée à accomplir sa mission dans le monde, pas nécessairement dans un monde chrétien» en facilitant, comme le désire le pape François, une culture de la rencontre basée sur le dialogue interreligieux et le respect des convictions. La prise de conscience est progressive, et il a fallu le «véritable tournant» de Vatican II pour sortir l’Eglise de son opposition à la modernité, ouvrir «une voie à une compréhension plus exacte de la mission de l’Eglise et de son rapport au monde et à la société». Le défi est unique: l’Eglise n’a de sens que pour certains dans notre société; renonçant au passé, elle doit marcher vers un avenir «pour une large part inconnu. D’où le sentiment d’incertitude et de crise». Et si cette crise était un kairos, un moment favorable?

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LIBRES DE CROIRE

Comment le christianisme a-t-il acquis le statut de religion culturelle, puis l’a-t-il perdu? Prolongeant la tradition monothéiste juive et intégrant la culture gréco-latine, il a su préserver son identité et son originalité: la foi en un Dieu qui fait alliance avec l’homme et qui a envoyé son Fils partager «notre finitude et notre fragilité», un Dieu qui «a voulu être non seulement avec nous, mais aussi comme nous». Nouveauté inouïe dans la société de l’époque.

Puis l’Eglise s’inculture. Elle annonce l’Evangile en Occident «en réponse aux défis et aux attentes de cette culture». Au 10e siècle, le christianisme devient la religion culturelle, la religion d’Etat – ses principes informent tous les aspects de la culture: la pensée, la morale, le droit, la politique, l’art. Jusqu’à l’avènement de la modernité, préparé par la Réforme, qui conjugue le christianisme au pluriel – «on est catholique, luthérien, réformé». Les guerres de religion qui, avec les traités de Westphalie de 1648, font du choix d’une conviction religieuse une option personnelle: le citoyen «est libre de choisir telle ou telle foi, libre de croire ou de ne pas croire». Les progrès des sciences, qui rendent possible «l’exercice de la liberté et l’émancipation de l’homme».

«On a tourné une page»: «Ce n’est plus telle ou telle religion qui marquera la culture. Le souci primordial, c’est l’homme lui-même». «Il s’agit là d’un autre regard sur la réalité, d’une autre compréhension de soi, d’une autre façon d’habiter le monde et de s’y situer.»

Mais l’épanouissement, l’émancipation et le progrès ne disent pas le sens de nos vies. Pour l’auteur, «c’est la solidarité et l’engagement pour l’autre qui donnent sens à ma liberté» et «garantissent une société humaine»: ces attitude s’opposent à l’individualisme et l’indifférence. Pour Mgr De Kesel, les Eglises sont «source d’engagement, d’espérance et de sens», la foi a donc «un impact sociétal». Ne la cantonnons pas à la sphère privée: «Il n’y a pas de séparation entre foi et société, entre le chrétien et le citoyen, entre foi et vie»; le chrétien «œuvre avec tous les hommes de bonne volonté pour faire advenir un monde plus juste et plus humain».

UNE ÉGLISE EN SORTIE

Quelle Eglise dans une société sécularisée? Pour quelle pastorale? C’est à ces questions que s’attache l’auteur dans la seconde partie du livre. Mais d’abord, pourquoi l’Eglise? Elle est née du désir d’un Dieu créateur qui a voulu rencontrer l’homme et partager sa vie avec lui, un Dieu qui aime ce monde et respecte la liberté de l’homme. Ainsi, pour que celui-ci lui ouvre la porte, il suscite et rassemble un peuple, des communautés en Eglise, pour partager et vivre l’alliance: autant de «lieux où la rédemption du monde a déjà commencé», où le projet de Dieu pour l’humanité devient visible, «où on entend sa voix et où il est écouté». «Ce n’est pas par une campagne de publicité mais par son existence même que l’Eglise est signe et sacrement de l’amour de Dieu pour tous les hommes» et pour le monde, «signe de salut pour tous les peuples» par la force de l’Esprit. C’est une «Eglise en sortie», dit le pape François, appelée dans et pour le monde, «solidaire du sort de l’humanité»; «sa porte reste ouverte à chacun», «elle n’oblige personne à quoi que ce soit». Pour l’auteur, «l’Eglise n’existe pas pour elle-même, elle ne vit ni à côté ni séparée de ce monde».

Et la mission? Ni christianisation de la société ni restauration d’une civilisation chrétienne homogène ni prosélytisme, elle est témoignage, rayonnement de ce que l’Eglise vit, une Eglise appelée à «faire connaître à toutes les nations l’amour de Dieu».

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RIEN À VENDRE

«Je n’ai rien à vendre. C’est l’amitié qui évangélise», écrit le cardinal, et la mission «est l’œuvre de Dieu». Mais l’Evangile a sa place partout s’il peut «répondre aux grandes questions existentielles de l’humanité», montrer «le chemin vers une vie heureuse, bonne et humaine», être «une lumière et une espérance face aux défis de société».

Comment être missionnaire dans le respect des convictions de chacun? Pour Mgr De Kesel, les chrétiens doivent «faire entendre leur voix dans les grands débats éthiques et les débats de société pour aider à sauvegarder l’humanité de l’homme et l’avenir de notre planète». Il doivent être présents à leur manière: c’est par l’authenticité de leur vie de foi qu’ils toucheront leurs contemporains. «C’est précisément en étant Eglise que nous sommes sacrement pour le monde.» Pour le cardinal, «l’Eglise est mission», «elle est elle-même la méthode».

Ainsi, il voit dans le témoignage des moines de Tibhirine le paradigme de ce que l’Eglise peut être: «Une Eglise humble, vivant dans la diaspora. Une Eglise fidèle à sa foi, sans complexe et sans arrogance. Mais aussi une Eglise ouverte, solidaire des interrogations et des défis, des joies et des peines des hommes de notre temps. Une Eglise et des chrétiens qui s’engagent pour une société plus humaine. (...) Une Eglise qui rayonne avant tout de joie, de la beauté et de la foi et du bonheur de pouvoir vivre dans la simplicité de l’Evangile».

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34B EM26Cardinal Joseph De Kesel, Foi & religion dans une société moderne (Salvator, 139 pages).

 

 

Un visage plus humble

En conclusion de son ouvrage, le cardinal De Kesel dessine quatre pistes pour l’avenir de l’Eglise dans nos régions: elle sera plus humble, plus petite, plus confessante et ouverte. Plus humble: «Une Eglise qui accepte qu’elle n’occupe plus la même position dans la société qu’auparavant» et qui le vit «comme une évolution qu’elle désire et à laquelle elle souscrit de tout cœur», une Eglise «qui résiste à tout volonté de conquête». Plus petite: elle «ne représente plus l’ensemble de la population», d’où l’importance d’être accueillante. Plus confessante, résistant «à la tentation de l’assimilation et à la tyrannie de la pensée unique» sans renier son identité; annonçant sans imposer: «C’est ainsi qu’elle sera signifiante pour ceux qui sont en recherche de sens». Ouverte au monde, à ceux qui cherchent, faisant preuve de bienveillance.

GdSC

 

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