Sport: quand arrêter?

Mi-juin à Halle (D), Roger Federer s’est incliné au deuxième tour devant le Canadien Félix Auger-Aliassime, qui a 19 ans de moins que lui jour pour jour. Mi-juin à Halle (D), Roger Federer s’est incliné au deuxième tour devant le Canadien Félix Auger-Aliassime, qui a 19 ans de moins que lui jour pour jour.

Depuis son retour sur le circuit, Roger Federer n’est plus lui-même. Rebondira-t-il à Wimbledon? D’autres champions évoquent le moment si difficile où ils ont décidé de prendre leur retraite.

Cette semaine, Roger Federer retrouve Wimbledon, son jardin où il a triomphé huit fois et ce gazon où son jeu a toujours fait merveille. Parviendra-t-il enfin à rivaliser avec les meilleurs, ce qu’il n’a pas réussi à faire depuis qu’il a retrouvé le circuit voilà quelques mois, après une absence d’une année due à une blessure au genou? A presque 40 ans, le 8 août prochain, c’est son grand objectif. Après ses éliminations prématurées à Doha et Genève, il a passé trois tours à Roland-Garros avant de se retirer. Plus inquiétant, mi-juin à Halle (D), sur ce gazon qu’il aime tant, il a été battu au deuxième tour par le jeune Canadien Félix Auger-Aliassime, de 19 ans son cadet, et laissé poindre pour la première fois une forme d’amertume, comme s’il n’y arrivait plus, comme s’il ne se reconnaissait plus. «Je n’ai pas eu la bonne attitude, j’ai été très négatif. Je dois relever la tête, regarder vers l’avant.»

Soif de grandes victoires

«L’heure de la retraite approche. Je sais que le circuit me manquera, je me donne encore une chance de profiter du tennis. J’ai encore soif de grandes victoires. Je suis prêt à suivre le long chemin qui y mène. J’aimerais jouer au tennis à vie», disait-il peu avant son retour. On sait que l’homme aux vingt titres en Grand Chelem est une icône intouchable et que toute critique à son égard relève du blasphème. Mais, vu ce qu’il a montré récemment, une question se pose: cet immense champion n’est-t-il pas en train de faire la saison de trop? Ne risque-t-il pas, si cela continue ainsi, de gâcher son image? N’aurait-il pas mieux valu raccrocher en pleine gloire, après son dernier titre en Grand Chelem en Australie en 2018?

Pour un champion, la retraite est la décision la plus douloureuse qui soit. C’est tourner la page d’une première vie pleine d’adrénaline, de passion, de sensations uniques devant des foules en pâmoison. C’est retourner à une forme d’anonymat, à une vie plus normale. L’ombre après la lumière.

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Autre légende du sport suisse, le skieur valaisan Pirmin Zurbriggen (57 ans), champion olympique de descente à Calgary en 1988, multiple champion du monde, avait fait ses adieux à 27 ans déjà, en 1990, après avoir remporté une quatrième fois le classement général de la Coupe du monde. «Contrairement à Roger, nous glisse-t-il, je pratiquais un sport dangereux et mon épouse attendait notre premier enfant. J’étais usé dans mon corps, dans ma tête. J’ai senti que c’était le moment, surtout que je voulais finir en beauté. Se retirer est une décision très personnelle, très intime.» Propriétaire de plusieurs hôtels à Zermatt et Saas-Almagell, ce père de quatre enfants a parfaitement réussi sa reconversion, mais il avoue que le retour à la vraie vie n’a pas été facile. «Tu es le centre de tout quand tu es un champion, alors tu peux vite devenir égoïste. Après, tu dois apprendre à changer, t’adapter. Tu dois trouver de l’intérêt ailleurs.»

Manque d'adrénaline

«Qu’on lui foute la paix, à la fin. Pourquoi devrait-il arrêter s’il a encore envie de jouer?»Fort de l’une des plus belles cartes de visite du football suisse, le Fribourgeois Stéphane Henchoz (46 ans) avait notamment joué six saisons, de 1999 à 2005, avec Liverpool dans l’un des stades les plus mythiques du monde: Anfield Road et son ambiance à nulle autre pareille.

«Quand chaque dimanche, tu sors du tunnel et que tu entends 60’000 personnes entonner , ce sont des sensations que tu ne retrouveras plus jamais. Tu peux tout faire: du saut en parachute, du rallye, mais rien ne sera jamais pareil en matière d’adrénaline. Anfield m’a énormément manqué et me manque toujours»,raconte celui qui a entraîné Sion et Xamax ces dernières années. Que Federer continue, il le comprend «totalement»: «Même s’il n’est plus numéro un mondial, Roger joue encore à un très bon niveau. Pourquoi arrêterait-il s’il a encore du plaisir? S’occuper de sa famille, partir en vacances et jouer au golf, il aura tout le reste de sa vie pour le faire. Se retirer, c’est arrêter d’un coup ce qu’on a toujours adoré faire», relève celui qui avait fini à 34 ans aux Blackburn Rovers, en première division anglaise.

Psychologue du sport, Mattia Piffaretti travaille avec de nombreux champions. L’âge avançant, il leur conseille toujours de préparer cette fameuse transition afin qu’elle ne soit pas trop brutale le jour venu.

«Le plus important pour un champion, c’est d’avoir en parallèle un projet pour plus tard afin de pouvoir relever un nouveau défi, trouver un nouveau sens à sa vie.» Et d’ajouter au sujet de Federer: «Le tennis est le sport où il y a le plus de come-back. Prenez Agassi, Borg, Hingis, Clijsters,... Ce n’est peut-être pas un hasard. Au-delà de la lumière, de cette vie d’éclat, il y a dans ce sport un côté jeu de balle très ludique, très enfantin. C’est ce plaisir-là, de toute évidence, que Federer continue à rechercher».

Autre figure historique du football suisse, le Valaisan Gelson Fernandes (34 ans) a raccroché ses crampons au printemps 2020 suite à une énième blessure après 17 saisons passées dans les plus grands championnats européens. «Il ne faut passe le cacher: c’est comme un deuil, une vie qui finit. Heureusement, Covid oblige, j’ai joué tous mes derniers matchs à huis clos, ce qui m’a un peu désintoxiqué. Car se produire dans des stades pleins, c’est une drogue.» Polyglotte, entreprenant, il fourmille de projets et vient d’être nommé viceprésident du FC Sion par Christian Constantin.

Un état d'esprit

Le judoka vaudois Sergei Aschwanden avait définitivement quitté les tatamis au lendemain de sa médaille de bronze aux JO de Pékin en 2008, à 33 ans. «J’avais atteint ce que je voulais, j’étais arrivé au bout de mon histoire. Le sport de haut niveau exige un investissement à 200% et je n’étais plus dans cet état d’esprit.» Aujourd’hui, à 45 ans, il coiffe de nombreuses casquettes: directeur général de la Porte des Alpes, député au Grand Conseil, président de la Fédération suisse de judo.

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«Pour un ancien champion, il est important d’exercer des activités qui comportent de l’imprévu, de la tension, de la nervosité, comme en compétition.» Federer qui s’obstine? Il le défend avec véhémence. «Qu’on lui foute la paix, à la fin. Pourquoi devrait-il arrêter s’il a encore envie de jouer? Il n’a plus rien à prouver, c’est son problème. Et nous, comme spectateurs, profitons encore de le voir jouer.»

Bertrand Monnard

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