L’appel du cardinal

Feu la chrétienté! Le philosophe français Emmanuel Mounier le disait déjà en 1950 – c’est le titre d’un de ses livres –, invitant les chrétiens à s’ouvrir à la société de leur temps. Etonnamment moderne, il écrivait: «Nous n’avons pas à apporter le spirituel au temporel, il y est déjà. Notre rôle est de l’y faire vivre, proprement de l’y communier.

Le temporel tout entier est le sacrement du Royaume de Dieu». Des propos que le cardinal Joseph De Kesel, archevêque de Malines Bruxelles, pourrait reprendre à son compte. Réjouissante parenté entre deux esprits libres et lucides. Elle ouvre des horizons, donne une espérance à une Eglise trop souvent préoccupée par le terrain perdu et tentée de se replier sur elle-même devant l’adversité. Ce souffle traverse Foi & religion dans une société moderne du cardinal belge Joseph De Kesel. Il balaie toute volonté de rechristianiser la société et toute nostalgie d’un passé révolu: les stratégies de reconquête sentent la naphtaline dans une société moderne et sécularisée dans laquelle les chrétiens sont une voix parmi d’autres. Il est passé, le temps du christianisme comme religion culturelle – depuis les Lumières, «la conviction religieuse relève de la décision libre et personnelle du citoyen», écrit l’auteur.

Les stratégies de reconquête sentent la naphtaline dans une société sécularisée.L’heure n’est plus à la confrontation, mais à l’acceptation, non sans discernement ni esprit critique. Il faut bâtir une culture de la rencontre. Elle exige, écrit le pape François, «que nous soyons disposés non seulement à donner, mais aussi à recevoir des autres», car «nous sommes appelés à témoigner d’une Eglise qui soit la maison de tous». Une Eglise ouverte, plus humble, petite et confessante.

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L’appel du cardinal est clair: l’Eglise doit accepter de plein gré cette nouvelle situation et par conséquent repenser la manière dont elle accomplit sa mission. Elle est appelée à entrer en dialogue avec les femmes et les hommes de ce temps dans le respect et l’écoute. C’est la seule route pour les comprendre et leur proposer l’Evangile: «Je n’ai rien à vendre. C’est l’amitié qui évangélise».

Ainsi, les chrétiens ont pour mission d’être eux-mêmes, comme les moines de Tibhirine. De vivre leur foi simplement, sans complexe, en solidarité avec leurs contemporains, en s’engageant avec eux pour une société plus humaine. De faire entendre leur voix «pour sauvegarder l’humanité de l’homme et l’avenir de notre planète» dans les grands débats éthiques. Comme celui qui s’annonce dans notre pays autour de la loi sur le mariage civil pour tous. Au nom de notre foi, sachons prendre la parole dans un esprit d’accueil et dans le respect des convictions de chacun pour dire quelle vision du bien commun nous tient à cœur et quelles valeurs nous animent. Sans craindre le débat et en nous laissant questionner. C’est ainsi que l’Eglise aura un avenir.

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